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Le sulfureux John McAfee, génie de l’informatique à la vie chaotique, retrouvé mort en prison

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John McAfee en août 2016. | © VCG/MAXPPP.

Société

John McAfee, inventeur de l’antivirus qui porte son nom, a été retrouvé mort en prison mercredi en Espagne. Quelques heures plus tôt, il avait été annoncé qu’il allait être extradé vers les Etats-Unis, où il était poursuivi pour fraude fiscale.

D’après un article Paris Match France de Clémentine Rebillat

John McAfee est mort. Ce sulfureux citoyen américain, créateur de l’antivirus qui porte son nom, a été retrouvé sans vie dans sa cellule mercredi en Espagne. Quelques heures plus tôt, il avait été annoncé qu’il allait être extradé vers les Etats-Unis, où il était poursuivi pour fraude fiscale. Les autorités pénitentiaires ont fait savoir que l’homme de 75 ans s’est « apparemment suicidé ».

« Les gardiens et le personnel médical sont immédiatement intervenus pour tenter de le ramener à la vie mais les médecins ont finalement certifié qu’il était mort », a-t-on annoncé. John McAfee, au cœur de nombreuses affaires judiciaires rocambolesques, avait été arrêté en Espagne en octobre 2020. Il était alors sous le coup d’un mandat d’arrêt via Interpol. Il était accusé d’avoir « oublié » de déclarer plusieurs millions de dollars de revenus entre 2014 et 2018. Il aurait en réalité fait transiter son argent, essentiellement tiré de ses conférences sur les cryptomonnaies sous de faux noms. Il aurait ensuite utilisé ces fausses identités pour s’acheter des biens. L’homme était en fuite depuis 2018 et avait d’abord débuté sa cavale sur son yacht, avant d’atterrir à Cuba, d’où il s’était même vanté de ne pas payer d’impôts.

Quelques minutes après sa mort, une mystérieuse photo a été publiée sur son compte Instagram officiel (désormais indisponible). Un « Q » qui pourrait faire référence à l’énigmatique et anonyme leader de QAnon, dont les théories du complot sont reprises dans le monde entier. Elles ont émergé durant la présidence de Donald Trump, qui était alors vu comme un sauveur qui menait une guerre secrète contre une cabale mondiale de pédophiles démocrates cannibales et adorateurs de Satan. Aujourd’hui, les conspirationnistes qui suivent QAnon se demandent si « Q » n’aurait pas pu être John McAfee. Ce dernier avait déjà affiché sur ses réseaux sociaux une certaine appétence pour les théories du complot…

Une vie chaotique à travers le monde

En 2012, cet ancien géant de l’informatique avait déjà été accusé du meurtre au Belize, en Amérique centrale, de son voisin. Il avait cependant affirmé en septembre 2013 sur la chaîne CNBC être innocent et avoir été victime d’un complot. « Je ne sais pas qui l’a tué. Vous savez, le Belize est la capitale mondiale du meurtre. Si vous regardez les statistiques, il y a plus de meurtres là-bas que n’importe où ailleurs. Des touristes disparaissent tout le temps mais personne n’en parle parce que le tourisme représente 70% des revenus du pays. Donc on se tait, mais c’est un pays très violent et très dangereux », avait-il expliqué. En novembre 2014, sur son blog, il avait déjà affirmé que le vrai tueur n’était pas assez recherché. Gregory Faull a été tué chez lui, d’une balle dans le corps. Rapidement, les soupçons s’étaient portés sur John McAfee, avec qui il était en conflit.

Selon Gizmodo.com, qui avait révélé toute l’affaire, la victime aurait déposé une plainte officielle contre McAfee au bureau du maire, où il aurait affirmé que son voisin avait tiré avec des armes à feu non loin de chez lui et qu’il serait devenu étrange. La raison de leur dispute? Les chiens du millionnaire. Interrogé par le site Wired, McAfee avait expliqué que ses voisins ne supportaient pas la demi-douzaine de bêtes qu’il conservait chez lui. Des bêtes qui auraient d’ailleurs été empoisonnées la veille du meurtre. Pendant sa cavale, il avait expliqué sur son blog comment il avait réussi à échapper à la police: « J’ai bourré mes joues de chewing-gum pour que ma tête paraisse plus grosse, je me suis noirci les dents et je me suis enfoncé un tampon dans la narine afin que mon nez ait un aspect tordu, et dégoûtant ». Lorsque la journaliste lui a demandé si à l’époque, il vendait de la drogue et en consommait, il a encore une fois répondu par la négative: « Est-ce que j’ai l’air drogué? Personne ne m’a jamais vu drogué. Je suis clean depuis au moins 30 ans. Je ne bois plus non plus. »

John McAfee était également connu pour son train de vie particulier. Ce « séducteur » accro à la gent féminine – il se vantait d’avoir plusieurs petites amies en même temps- était tombé dans les paradis artificiels, comme le racontait Gizmodo. En 2010, il se serait notamment inscrit sur un forum Internet hébergé en Russie et dédié aux stupéfiants. Sous le pseudonyme de «Stuffmonger», il y expliquait comment il produisait lui-même une drogue appelée MDPV, aussi connue sous le nom de « bath salts ». En février 2015, il avait en outre accordé une interview à USA Today dans laquelle il se disait menacé de mort. Il avait affirmé avoir reçu une mystérieuse boîte qui contenait selon lui « des explosifs ». «Nous sommes prêts à mener notre dernier combat. Je ne suis plus en fuite. Et je n’ai plus peur. Je suis en colère», avait-il lancé. «Je suis complètement préparé à défendre mon territoire. J’ai une équipe de sécurité, des armes et des pitbulls. Je suis à Lexington. Voilà où vous pouvez me trouver», poursuivait-il.

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