L’homosexualité pour les nuls : une vidéo explicative fait polémique

L’homosexualité pour les nuls : une vidéo explicative fait polémique

En voulant lutter contre les clichés, il a malheureusement contribué à les propager | © Capture d'écran @ Max Bird

Société

L’intention du Youtubeur français Max Bird était pourtant louable : lutter contre les clichés sur l’homosexualité. Mais sous couvert d’expliquer que l’homosexualité était innée, il a eu recours à une simplification qui dérange. 

Avec 308 893 abonnés sur sa chaîne Youtube, qui totalise plus de 12 millions de vues, Max Bird est coutumier des buzz sur les réseaux sociaux. Mais gageons qu’il se serait bien passé du dernier en date. En réponse aux tortures dont sont victimes les homosexuels tchétchènes, le Youtubeur a sorti une vidéo intitulée « idée reçue #24 : l’homosexualité est contre nature ? ». Objectif de la vidéo, visionnée plus de 600 00 fois : « combattre l’homosexualité scientifiquement ». Problème : les arguments avancés sont loin d’être scientifiquement prouvés.

Lire aussi > Un photographe infiltré dans l’enfer des cliniques équatoriennes pour « guérir » l’homosexualité 

Lutter contre les préjugés

D’emblée, Max Bird rappelle qu’il n’y a pas que les homophobes qui ont des préjugés sur l’homosexualité. « On en a tous, même les homosexuels ». Parmi les préjugés en question : croire que l’homosexualité est un choix (« tout le monde a compris qu’ils ne se sont pas levés un matin en se disant « faisons les intéressants »), qualifier l’homosexualité de déviance moderne (« on trouve l’homosexualité dans toutes les civilisations depuis la nuit de temps ») ou encore, croire que deux parents homosexuels influencent la sexualité de leurs enfants (« l’environnement n’a aucune influence »). Jusque là, rien qu’une volonté louable de piétiner les clichés. Mais c’est quand Max Bird veut s’appuyer sur un argumentaire scientifique que ça se complique.

Noyau dur

C’est sur les travaux du biologiste Jacques Balthazart qu’il se base pour étayer ses propos. Ainsi que ce dernier l’avance, « juste avant de naître, la majorité des animaux mâles connaissent un pic de testostérone, qui va lancer le développement d’un noyau dans le cerveau. Les femelles n’ont pas de pic, donc leur noyau ne se développe pas. Mais chez certains mâles, le noyau reste petit, et ils sont donc attirés par les hommes ». Chez les femelles, l’homosexualité pourrait elle s’expliquer par un « surplus de testostérone embryonnaire ». Un noyau qui est dur à avaler pour la communauté scientifique.

Renforcer l’homophobie

Chercheuse spécialiste en questions de sexe et de genre, Odile Fillod a fait part de son mécontentement au magazine Neon. Car chez les femmes, il n’existerait aucun lien entre l’homosexualité et ce noyau, tandis que chez les hommes, « les données disponibles sont très fragiles ». « Sous couvert de vulgarisation, Max Bird prend une hypothèse douteuse, en fait une caricature incompatible avec l’état des connaissances scientifiques, et la présente comme un fait établi. Surtout, il accrédite au passage des idées dangereuses qui renforcent des croyances sexistes, puissantes sources d’homophobie ».

CIM Internet