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Corée du Sud : une « chasse aux gays » dans l’armée

Le 24 mai dernier, un capitaine sud-coréen fut condamné à six mois de prison par le tribunal militaire pour avoir eu des relations sexuelles avec un militaire du même sexe que lui. | © EPA/JEON HEON-KYUN

Société

Des douzaines de soldats ont été arrêtés dans le cadre d’une « chasse aux gays » menée par l’armée sud-coréenne.

Il pourrait bien s’agir d’une traque. Petit à petit, des rangs de l’armée sud-coréenne sont expulsés les homosexuels.

C’est en tous cas ce que déclarait Amnesty International fin mai dernier, après qu’un soldat fut déclaré coupable d’avoir eu des relations sexuelles avec un militaire du même sexe.

L’armée sud-coréenne doit immédiatement mettre un terme à la traque intolérante qui vise à expulser de ses rangs les homosexuels.

« Pour que la communauté militaire reste saine »

Le 24 mai dernier, ce capitaine sud-coréen fut condamné à six mois de prison par le tribunal militaire pour avoir enfreint une clause de l’armée qui interdit les relations homosexuelles dans ses rangs. L’armée avait dès lors assuré qu’elle traiterait ces « conduites désordonnées » conformément à la loi. « Le code pénal militaire interdit l’activité homosexuelle avec l’article 92-6 ‘pour que la communauté militaire reste saine’”, écrivait CNN dans une récente enquête. Et d’ajouter : « La loi estime que les relations sexuelles entre les soldats sont des ‘comportements honteux’, semblables à des agressions sexuelles. »

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Depuis cette arrestation, largement dénoncée par Amnesty International réclamant l’annulation immédiate de cette « condamnation injuste », plusieurs dizaines de militaires auraient été inculpés en raison de leur homosexualité. « L’armée aurait même utilisé des applications de rencontres pour vérifier l’orientation sexuelle de ses soldats », ajoute le site CNN.

En avril dernier, une ONG sud-coréenne de défense des droits humains au sein de l’armée (MHRCK) déplorait également cette « disposition archaïque et discriminatoire du Code pénal militaire ». Dans la foulée, l’ONG publiait une enquête démontrant que le chef d’État-major de l’armée avait ordonné la traque et l’identification des militaires homosexuels, indiquant que l’armée aurait établi une « liste de gays » contenant environ 40 ou 50 noms de militaires en service.

Il est temps pour la Corée du Sud d’abroger cette disposition archaïque et discriminatoire dans le code pénal militaire, et se mettre à jour en ce qui concerne les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transexuelles ou intersexes.

Monnaie courante

Si pour les citoyens, l’homosexualité n’est pas illégale en Corée du Sud, la société sud-coréenne n’en demeure pas moins conservatrice. Notamment depuis la déclaration choc du nouveau président Moon Jae-In, élu au début du mois de mai dernier. « Je n’aime pas ça », avait-il déclaré à propos de l’homosexualité lors d’un débat face à un rival conservateur. Celui qui se déclare progressiste avait cependant stipulé – lors de ce même débat télévisé – qu’il n’aurait « aucune intention » de légaliser le mariage pour tous.

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Depuis lors, même si le nouveau président sud-coréen est revenu sur ses propos, il estime qu’il est encore « un peu tôt » pour autoriser l’homosexualité dans l’armée, jugeant que la société sud-coréenne n’était pas « prête », relate le site Slate. Par ailleurs, « le gouvernement ne fait preuve d’aucun empressement pour respecter et protéger les droits des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles, transgenres et intersexes », rappelle Amnesty International. Et d’ajouter qu’en 2015, le Comité des droits de l’homme des Nations unies soulignait déjà que « les violences et les discours de haine visant les personnes LGBTI restent monnaie courante dans le pays ».

 

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