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Ce qu’il faut retenir de cette première semaine de procès des attentats de Paris

Ce qu'il faut retenir de cette première semaine de procès des attentats de Paris

Les attentats du 13 novembre 2015 auront tué 130 personnes à Paris. | © Franck Dubray / Ouest France

Société

Le procès devrait durer neuf mois.

 

C’est un procès historique qui s’est ouvert mercredi 8 septembre. Le procès des attentats du 13 novembre 2015 réunit plus de 1 800 parties civiles et 20 accusés, pour une procédure qui devrait durer neuf mois. La lecture du délibéré est prévue les 24 et 25 mai 2022, mais il se pourrait que la date soit repoussée au vu du nombre de personnes appelées à témoigner, et des éventuels rebondissements à venir.

Vingt accusés seront jugés pour leur rôle présumé dans l’organisation des attentats du 13 novembre 2015, revendiqués par l’organisation État islamique et menés de façon quasi-simultanée par trois commandos au Stade de France à Saint-Denis, sur les terrasses de cafés parisiens et à la salle de concert du Bataclan. Salah Abdeslam est le seul membre encore en vie des commandos qui ont tué 130 personnes. Les autres prévenus sont accusés d’avoir aidé les commandos dans la préparation des attentats, à différents niveaux.

Si le procès vient seulement de commencer, voici ce qu’il faut déjà retenir de ces premiers jours d’audience.

L’arrogance malvenue de Salah Abdeslam

Seul membre encore en vie des commandos, Salah Abdeslam n’a pas arrêté avec les provocations. Durant la première journée d’audience, il a déclaré à la cour : « J’ai délaissé toute profession pour devenir un combattant de l’État islamique ». Il s’est également plaint de ses conditions de détention, « ça fait six ans que je suis traité comme un chien et je ne me suis jamais plaint », avant d’être remis en place par le président de la cour pour lui avoir coupé la parole.

Ce qu'il faut retenir de cette première semaine de procès des attentats de Paris
Dessin de Salah Abdeslam durant le procès. © Benoit PEYRUCQ / AFP

Le lendemain, Salah Abdeslam a tenté de dédouaner trois de ses coaccusés : « À Molenbeek, il y a beaucoup de générosité, Mohammed Amri, Hamza Attou et Ali Oulkadi m’ont rendu services alors qu’ils ne savaient rien de ce que je faisais. Si je demande de me déposer à tel endroit, ils le font sans réfléchir et ces gens-là ils sont aujourd’hui en prison depuis six ans et ils n’ont rien fait ! » 

L’accusé est intervenu à de nombreuses reprises alors qu’il n’était pas invité à parler, obligeant même le président de la cour d’assises spéciale, Jean-Louis Périès, à couper son micro. “Ne soyez pas égoïste, Monsieur, il y a d’autres personnes ici qui veulent m’écouter”, a-t-il alors lancé au président, avant que ce dernier ne lui rappelle : « Vous avez eu cinq ans pour vous expliquer, vous n’avez pas souhaité faire de déclarations comme c’est votre droit. J’ai compris maintenant que vous vouliez le faire, et c’est très bien, mais ce n’est pas le moment ».

La dignité et la peur des parties civiles

Pour ce procès historique, plus de 1 800 parties civiles sont déjà constituées. Le président prévient que d’autres vont s’ajouter à cette liste car « on a eu beaucoup de demandes très récemment ». Et face aux remarques déplacées de Salah Abdeslam, les familles restent dignes malgré la stupefaction. « C’est une provocation, on s’y attendait et en réalité on n’en attend absolument rien », a commenté en marge de l’audience Dominique Kielemoes, dont le fils a été tué dans la fusillade du bar La Belle Equipe, rapporte Les Echos.

Certains craignent tout de même de voir ce procès instrumentalisé par les terroristes à des fins politiques, souligne France Info. « J’ai la crainte qu’un prévenu se serve de ce procès comme un étendard pour servir ses propres convictions religieuses. C’est un des pièges de ce procès », raconte Gaëtan Honoré, un des rescapés de l’attentat du Bataclan. « Je pense que la cour veillera à ce que la liberté de parole soit respectée », témoigne Julien Pouget, un autre rescapé de l’attaque du Bataclan.

Une organisation exceptionnelle

Avec plus de 1 800 parties civiles, 20 accusés, 330 avocats, et neuf mois de procédure, ce procès est sans précédent en France. Une salle d’audience de 550 places a été construite spécialement pour la tenue de ce procès au palais de justice de l’Île de la Cité, à Paris. Un an et demi de travaux aura été nécessaire à la construction de la salle des « Grands Procès ».

Ce qu'il faut retenir de cette première semaine de procès des attentats de Paris
La salle des « Grands Procès ». © Olivier Corsan / Photo PQR

Pour accéder à cette salle, un parcours spécial a été pensé. Chaque jour, les accusés seront amenés sous très haute sécurité dans leur box. Ils seront escortés par la police et la gendarmerie, dans des fourgons blindés, depuis leurs prisons franciliennes, avec un hélicoptère à l’appui, relate France Inter. C’est notamment à cause de ce dispositif de sécurité très lourd que les audiences ne commencent pas le matin, mais à 12 h 30. Cet horaire permettra également aux avocats et parties civiles de bénéficier de la matinée, pour travailler ou se reposer, alors que le procès s’annonce éprouvant.

Pour éviter d’importuner inutilement les victimes qui ne souhaitent pas s’exprimer à la presse, un système ingénieux a été mis en place. Lorsqu’ils reçoivent leur badge à l’entrée du tribunal, les participants peuvent choisir un tour de cou vert (s’ils acceptent de parler à la presse), ou rouge (s’ils ne le souhaitent pas). Dans les couloirs, circulent aussi douze psychologues et cinq accueillants en gilets bleus, membres de l’association Paris aide aux victimes.

Un procès filmé pour l’histoire

Tout comme pour les attentats de Charlie Hebdo et de L’Hyper Cacher, ce procès sera également filmé. Dix caméras ont été placées dans la salle. Les bandes-vidéo ne seront visibles que dans cinquante ans, précise Les Echos.

Une webradio sécurisée a également été mise en place pour permettre aux victimes, qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas se rendre sur place, de suivre les débats à distance.

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