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Après l’extradition d’El Chapo, la guerre de succession des narcotrafiquants

Des soldats près d'un feu à l'extérieur de la prison où était gardé El Chapo avant son extradition. | © AFP PHOTO / HERIKA MARTINEZ

Société

Depuis l’extradition aux Etats-Unis en janvier de Joaquin «El Chapo» Guzman, une guerre interne de succession au sein du cartel de Sinaloa ensanglante toute cette région du nord-ouest du Mexique.

Une véritable guerre de succession se déroule actuellement dans l’état du Sinaloa, depuis l’extradition d’« El Chapo », en janvier dernier vers les États-Unis. Plusieurs successeurs se mènent un combat sans merci, conduisant à plus de 760 homicides en moins d’un an : « C’est la terreur, la terreur généralisée à Sinaloa » a expliqué Alejandro Sicairos, éditeur de la revue Espejo à Culiacan. Le cartel de Sinaloa constitue une structure multinationale complexe qui pèserait environ 20 milliards de dollars, selon une estimation du gouvernement mexicain fournie à l’AFP sous le couvert de l’anonymat par un responsable.

Les candidats en lice

Qui pour remplacer le baron de la drogue, « El Chapo », extradé en janvier dernier aux Etats-Unis ? Trois clans s’affrontent pour prendre le contrôle du cartel qui brasse plusieurs milliards de dollars. Le premier est dirigé par Damaso Lopez, « El Licenciado », ancien bras droit de Guzman qui a aidé à deux reprises le baron de la drogue à s’évader de prison. Cet ancien fonctionnaire, qui connaît parfaitement les affaires du cartel, a été arrêté début mai à Mexico, mais son groupe semble toujours actif.

©EPA/El Debate de Sinaloa/HO – Depuis plusieurs années, la police et l’armée tente d’éradiquer les crimes liés au narcotrafic… sans succès.

Un autre clan est dirigé par deux des fils d’« El Chapo », Jesus Alfredo et Ivan Archivaldo, qui se considèrent comme les héritiers légitimes du cartel. Beaucoup plus discret – son nom n’est apparu qu’après la seconde arrestation d’« El Chapo » -, le frère de Guzman, Aureliano « El Guano » Guzman, dirigerait un troisième clan qui contrôlerait la zone autour de leur village natal de Badiraguato. Entre ces trois factions se produisent des affrontements atypiques « avec des armes de gros calibre, des arsenaux complets, des véhicules blindés », a indiqué Alejandro Sicairos.

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Les premiers signes du conflit

Pour José Reveles, chercheur sur le narcotrafic, les premiers signes du conflit remontent à juin 2016 lorsque la maison de la mère de Guzman a été attaquée par des hommes armés. En février 2017, la guerre de succession prenait une tournure encore plus médiatique. Dans une lettre manuscrite envoyé à une radio nationale, les fils d’« El Chapo » affirmaient avoir échappé avec Ismael « El Mayo » Zambada, le cofondateur du cartel, à une embuscade tendue par Damaso Lopez qui les avait conviés à une rencontre. « La dispute est réelle, les ‘Damasos’ ont des gens armés portant des uniformes : les Forces spéciales de Damaso (…) les fils ont l’impression d’avoir un droit du sang », analyse Reveles.

Dans cette guerre, Ismael Zambada, le leader historique du cartel, apparaît comme le seul capable de ramener le calme, mais il semblerait pour l’heure se tenir à l’écart du conflit et veiller surtout aux affaires du groupe criminel. « ‘El Mayo’ est un facteur de pacification, d’équilibre ou de négociation » souligne Sicairos. « Celui qui va décider au final c’est ‘El Mayo’ », ajoute de son côté Reveles, assurant comme l’autre expert que le conflit n’impacte pas les affaires du cartel.

©AFP PHOTO / Pedro Pardo – Des journalistes ont pris part il y a quelques jours à une manifestation après le meurtre de leur collègue Javier Valdez.

Une interview dérangeante

Le meurtre du journaliste Javier Valdez, le 15 mai, pourrait être lié à l’interview de Damaso Lopez qu’il avait réalisée en février, selon ses collègues de la revue Riodoce. Dans cette interview, Damaso Lopez avait démenti avoir tenté d’éliminer « El Mayo » et les fils d’« El Chapo ». Il réaffirmait sa fidélité au baron et à son associé, mais cachait mal son antipathie pour les fils du fondateur du cartel, décrits comme immatures.

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L’interview avait « beaucoup dérangé » confiait en mai à l’AFP Ismael Bojorquez, le directeur de la revue. Dès sa parution, des hommes avaient fait la tournée des kiosques à journaux de Culiacan pour acheter tous les exemplaires de la revue.

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