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Agressions sexuelles: « Nous travaillons sur la fermeture définitive du El Café et du Waff »

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Les deux militantes ne s'attendaient pas à un tel mouvement. | © D.R.

Société

Rencontre avec deux militantes à l’origine du mouvement « Balance ton bar ».

 

En octobre dernier, le monde de la nuit a été terrassé par un véritable tsunami. Le El Café et le Waff, les  deux cafés emblématiques du cimetière d’Ixelles, avaient été pointés du doigt après que l’un des barmans ait fait l’objet de plusieurs plaintes pour viol. Face à la polémique, le hashtag « Balance ton bar » avait vu le jour sur Instagram pour encourager toutes les filles victimes d’agressions sexuelles de révéler au grand jour leur histoire. Derrière ce mouvement, nous retrouvons le collectif Féminisme Libertaire, un des fronts de lutte de l’Union Communiste Libertaire, créé il y a sept ans. Sasha et Nora, deux anciennes étudiantes de l’ULB aujourd’hui investies bénévolement dans l’association, reviennent sur cet éveil de conscience presque insoupçonné.

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« Nous ne nous attendions pas à une telle ampleur. C’est l’une de nos militantes qui a partagé une story sur Instagram, déconçant le El café et le Waff. Cette dernière a été partagée très massivement et de là nous avons reçu énormément de témoignages. Les filles se sont senties en confiance pour oser parler des agressions qu’elles avaient subies dans ces établissements ou ailleurs. Nous avions tous déjà entendu parler des histoires de drogue dans les verres en soirée, mais nous étions très loin de nous imaginer qu’il s’agissait en réalité d’un phénomène si systématique. À la base, cette story avait simplement pour but de mettre en garde » , explique Sasha. Des témoignages, elles en ont reçu des centaines, de Bruxelles mais aussi de Liège, Nivelles et même de France. Elles ont dû se mettre à cinq pour pouvoir répondre à tout le monde. Des victimes d’agression sexuelle, de toutes origines confondues, qui n’ont pas réussi à trouver le soutien dont elle avait besoin. « Beaucoup de ces femmes avaient jusque-là gardé le silence parce qu’elles n’avaient pas été écoutées, pas prises au sérieux ou encore, elles avaient été accusées d’être responsables » , poursuit la militante.

Un problème ancré dans la société

« Cette histoire de bar, c’est juste la pointe immergé de l’iceberg et je pense qu’à l’avenir d’autres pointes de cet iceberg vont ressurgir » , explique de son côté Nora.  » Nous nous trouvons dans une société de la culture du viol . Il y a plein de comportements qui ne sont pas normaux, mais qui sont pourtant représentés dans les films ou les séries. C’est un cercle vicieux, on trempe là-dedans et on ne prend même plus conscience des choses. On en oublie la notion de conscentement. » Aujourd’hui, Féminisme Libertaire souhaite dénoncer le patriarcat ancré dans la société. « Nous avons eu envie de militer de part nos expériences de femmes dans la société, depuis que nous sommes petites. Que cela soit à l’école, au travail ou même au sein de notre famille. Nous voulons faire évoluer les choses à notre échelle » , confie Sasha. Pour ce faire, l’organisation a notamment créé des cours d’autodéfense et des manifestations contre les violences sexuelles. Les militantes tentent aussi de collaborer avec les autres collectifs féministes pour créer un véritable réseau.  » Nous sommes plus dans l’action que dans le soutien aux victimes. Nous ne sommes pas formées dans le suivi psychologique des personnes qui ont vécu des agressions sexuelles. Nous préférons les renvoyer vers des personnes spécialisées ».

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Les deux militantes révèlent qu’il existe beaucoup de similitudes dans les témoignages qu’elles ont reçus et qu’il est donc indispensable qu’un changement de mentalité s’opère au sein de la société. Nora dénonce notamment la confusion qu’il y a parfois entre les agressions sexuelles et la sexualité. « Dans certains témoignages, les victimes expliquaient que des policiers leur avaient demandé si elles avaient eu un orgasme. C’est un vrai mépris pour toutes ces femmes » , se désole-t-elle.

Travailler sur la responsabilisation

Un changement, qui selon les deux jeunes femmes, est en marche. « Cela ne va pas se faire en une seule fois. Cela doit passer par les médias, par les écoles pour éveiller les consciences. Mais nous sommes persuadées que ce changement est possible, nous avons reçu tellement de retours positifs. C’est une question de système dans son ensemble. Les cafés ne sont pas forcément les responsables, c’est la société qui l’est. Notre idée est justement de responsabiliser. On peut dire de nous que nous sommes extrêmes, mais ce qui est extrême ce sont toutes ces filles qui sont brisées. »

Aujourd’hui, le collectif Féminisme Libertaire lutte pour la fermeture définitive du El Café et du Waff afin de les transformer en lieu d’accueil pour toutes les victimes. « Il y a trop de plaintes qui concernent ces établissements. Ce n’est pas possible que la direction n’ait pas eu vent des incidents » . L’association organisera également une nouvelle marche le 25 novembre, à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

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