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Guerre entre automobilistes et cyclistes : « les autorités sont dans l’erreur »

« Nous sommes pour un partage de la ville entre les différents modes de transports », explique Bruno de Thibault au nom de Touring. « Mais il faut garder un peu de bon sens et éviter les prises de position dogmatiques ! Chacun a le droit de se déplacer selon le mode qu’il souhaite. » | © Credit Etienne Ansotte / ISOPIX

Société

Alors que la Wallonie vient d’inaugurer un nouveau plan pour les cyclistes, les tensions entre ces derniers et les automobilistes se multiplient. Le conflit est-il inévitable ? Le CEO de Touring, Bruno de Thibault, prend position.

Paris Match. Au cours du confinement et de la période qui a suivi, les Belges ont (re)découvert le vélo. Beaucoup de villes et communes ont, dans l’urgence, libéré de l’espace pour les deux-roues et les piétons. Mais la mise en place a manqué cruellement d’études d’impact, ce qui a eu pour conséquence de déplacer les embouteillages et d’attiser des conflits d’intérêts intermodaux. Comment éviter les frustrations engendrées chez les usagers de la route et cette regrettable bipolarisation ?
Bruno de Thibault. Nous devons tenir compte de l’évolution de la société. Avec la crise du Covid, beaucoup de personnes ont eu recours au vélo pour éviter la contamination dans les transports en commun. Il s’agit donc surtout d’un transfert d’usagers de transports en commun vers le vélo, et non d’automobilistes vers le vélo. Au contraire, ceux-ci se sentaient plus en sécurité dans leur voiture. Par contre, il est vrai qu’on avait enregistré précédemment une première émergence dans l’utilisation des deux-roues : actuellement, en Flandre, ce mode de déplacement est utilisé à hauteur de 17 %, contre 5 % à Bruxelles. La Région bruxelloise a pour objectif d’atteindre les 15 % et ne cache pas son intention de faire en sorte que les déplacements courts, dans un rayon de cinq kilomètres, se fassent majoritairement en vélo. Il ne faut pourtant pas oublier les personnes âgées qui doivent aller faire leurs courses ou qui veulent se rendre chez leur médecin. Chez Touring, nous sommes pour un partage de la ville entre les différents modes de transports. Mais il faut garder un peu de bon sens et éviter les prises de position dogmatiques ! Chacun a le droit de se déplacer selon le mode qu’il souhaite. Ce droit doit être maintenu.

Et en Wallonie, quel est le nombre de citoyens qui utilisent le vélo pour leurs déplacements ?
Aujourd’hui, ce pourcentage tourne autour de 1,8 %. Mais il faut y distinguer ceux qui utilisent ce moyen de transport pour les livraisons à domicile, ceux qui effectuent le trajet domicile-lieu de travail et ceux qui s’en servent en tant que loisir. La Wallonie peut sembler le parent pauvre de ce moyen de locomotion, mais il faut reconnaître que sa topographie ne l’y prédispose guère. À Bruxelles, on voit bien que les gens descendent volontiers à vélo vers l’avenue Louise ou vers le bas de la ville, mais ils sont moins enclins à faire le chemin inverse. Il faut également considérer que les infrastructures wallonnes sont encore déficientes. Par contre, le nouveau plan pour les cyclistes entend créer des autoroutes pour vélos le long du RER, comme il en existe, en Flandre, entre Louvain et Bruxelles. Plusieurs projets wallons sont sur les rails, l’un reliant Nivelles et Waterloo vers le sud de Bruxelles, un autre sur le tronçon Wavre-Overijse. Ils doivent aboutir d’ici 2025. À terme, on comptera pas moins de 26 grandes autoroutes dédiées au vélo, auxquelles s’ajouteront des adaptations du RAVeL. De nouvelles connexions sont également prévues afin de permettre aux navetteurs de se déplacer dans un rayon de 25 km autour de Bruxelles, mais aussi d’une ville wallonne à une autre.

Quelle est la situation à Bruxelles où la voiture a mauvaise presse, les autorités bruxelloises ne faisant pas mystère, dans leur plan de mobilité « Good Move », de leur intention d’en réduire l’usage de 24 % à l’horizon 2030 ?
Le nombre de voitures circulant à Bruxelles n’a pas diminué. Ce moyen de déplacement est utilisé à 80 % et la crise sanitaire en a même intensifié l’usage. Touring prévoit que cette situation n’aura pas varié à l’horizon 2030-2040. Or la Région entend enrayer ce phénomène. Nous, nous affirmons qu’un partage est possible et même souhaitable entre les différents moyens de transports. Il faut arrêter d’entretenir une politique qui crée du conflit entre les différents usagers. Je note d’ailleurs qu’à l’heure actuelle, à Bruxelles, le problème est bien plus aigu entre les cyclistes et les piétons qu’entre cyclistes et automobilistes. Nous devons assurer une bonne harmonie entre les uns et les autres.

 

« On ne peut pas accepter que des cyclistes roulent sur les trottoirs ! L’an passé, à Bruxelles, plus de 6 500 PV ont été dressés à leur encontre, mais la police manque cruellement de moyens. » Bikes | Velos 06/07/2021

De quelle manière ?
L’an dernier, nous avons fait appel à un bureau de consultance expert en mobilité pour étudier la création d’un réseau urbain dédié à la mobilité douce en Région bruxelloise. Un réseau constitué de routes cyclables perpendiculaires et parallèles aux grands axes routiers de la métropole qui, dès lors, restituent les bandes réservées aux voitures pour un trafic plus fluide. Nous avons présenté notre plan à la ministre de la Mobilité de la Région de Bruxelles-Capitale afin de proposer des solutions. Nous étions convaincus qu’elle allait accepter de poursuivre l’étude de notre projet afin d’obtenir le plus vite possible un climat de mobilité serein. Mais, malheureusement, il n’en a pas été ainsi. Nos propositions constructives n’ont pas eu l’écho attendu et nous avons officiellement compris que sa seule politique de mobilité est celle de l’anti-voiture. En clair, la ministre Van den Brandt persiste à vouloir que les artères principales de la ville soient accessibles aux différents modes de transports : voitures, vélos, bus, trottinettes. Nous recommandions plutôt de laisser les grandes artères bruxelloises aux automobilistes, mais en faisant en sorte que les rues parallèles soient prioritairement réservées aux mobilités douces, les voitures ne pouvant pas dépasser les 30 km/h : des « rues cyclables ». C’est à la fois une question de sécurité et de bon sens : les pistes cyclables actuelles sont étroites et fréquentées à la fois par des vélos standards, des vélos électriques, des vélos cargos et des trottinettes, certains dépassant les 30, voire les 45 km/h. Mettre tous ces types de véhicule ensemble ne peut qu’engendrer des accidents. Malheureusement, trop souvent à Bruxelles, on crée des pistes cyclables à la hâte, sans concertation, peu sécurisées, parfois même situées entre les rails des trams. Je vous laisse deviner ce que cela peut provoquer quand il pleut ! Mais il faut être de bon compte : il existe heureusement de bons projets privilégiant la mobilité douce, comme celui de la rue Franklin Roosevelt ou celui de la Petite Ceinture, qui s’étend de la porte de Namur jusqu’à la place Madou et, bientôt, jusqu’à la place Rogier.

(…) L’entièreté de l’article dans votre Paris Match Belgique de cette semaine !

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