Paris Match Belgique

Reportage exclusif : plongée dans les entrailles de Bruxelles

Sous la rue de Stalle, à Uccle, deux égoutiers nettoient le tunnel d’accès au bassin d’orage qui s’étend jusqu’à l’avenue de Fré. Un véhicule de la taille d’une camionnette pourrait facilement y circuler. | © Roger Job

Société

Égoutiers bruxellois, travailleurs de l’ombre. Chaque jour, sous les pieds des Bruxellois, des hommes sillonnent le circuit souterrain d’égouttage dont la gestion est confiée à Vivaqua. Opérateur du cycle de l’eau dans la capitale, la société coopérative associe les dix-neuf communes de l’agglomération, quatre autres en Wallonie et une intercommunale du Brabant wallon. Outre la fourniture d’eau potable, Vivaqua est également en charge de la maintenance de près de 2 000 kilomètres de réseau d’égouts ainsi que d’une trentaine de bassins d’orage.

 

Reportage de Frédéric Loore et Roger Job

Les égoutiers font partie des 1 425 collaborateurs de l’entreprise publique. Mal connu, leur métier est aussi souvent mal perçu. Synonyme de « sale boulot », il ne fait pas rêver. Néanmoins, sans ces travailleurs de l’ombre, Bruxelles serait complètement insalubre. Pour comprendre qui ils sont et ce qu’ils font, Paris Match les a suivis sous terre.

L’égoutier, en tenue de protection orange, ôte la taque d’un égout de l’avenue des Croix de Guerre à Laeken. La lumière du petit matin fait soudain refluer les ténèbres tapies dans le réseau souterrain d’évacuation. Des remugles s’en échappent et l’on devine le léger babillage des eaux usées qui s’écoulent au fond du boyaux trois mètres sous la chaussée.

Casqué, masqué, botté et ganté, nous emboîtons le pas à Jérémy Benoît, égoutier expert, en charge de l’inspection pédestre du jour. Accompagné de son collègue, Jérémy s’apprête à parcourir une section d’une soixantaine de mètres de long. « Pour des raisons de sécurité, on ne va que très rarement au-delà de cette distance », explique-t-il. « En cas de problème, nous devons pouvoir regagner rapidement les points d’accès. Il arrive cependant qu’on tombe sur une taque asphaltée ou scellée, ce qui nous oblige à poursuivre jusqu’à la suivante, mais jamais au-delà. »

À tous les endroits où l’état de la structure des égouts l’autorise, les techniciens de Vivaqua ont recours à des coques. Plutôt que de refaire la maçonnerie d’un tronçon détérioré, ils chargent les égoutiers de glisser à l’intérieur une sorte de seconde peau, sous la forme d’une coque en résine très robuste.  ©Roger Job

Les quatre autres membres de l’équipe se postent par paire au niveau des sas d’entrée et de sortie, l’un en surface, l’autre au bas de l’échelle qui descend dans la conduite. Le binôme qui progresse à l’intérieur ne dispose d’aucun moyen de communication externe, d’où la nécessité de maintenir le contact visuel avec les équipiers. La canalisation, entièrement maçonnée en briques, mesure 1,80 m de haut sur 1,20 m de large et autorise donc une reconnaissance à pied. Pour les égouts plus étroits, les hommes utilisent l’hydrozoom, une caméra mobile grâce à laquelle une exploration vidéo est rendue possible sur un tronçon d’une cinquantaine de mètres.

« Le danger, c’est l’affaissement ou la noyade »

L’obscurité devient totale à mesure que l’on s’enfonce dans les entrailles de la ville et seul le pinceau lumineux de la lampe frontale parvient à balayer les ombres. La chaleur ambiante constante – autour des 15°C toute l’année – nous enveloppe. Une eau relativement transparente cascade entre nos bottes. Les effluves qu’elle charrie sont moins incommodantes que ce qu’on pouvait redouter. C’est que cet égouttage est plutôt propre et en bon état, en comparaison de certains autres qui composent l’inextricable labyrinthe bruxellois, long de 1 907 kilomètres.

Des années d’exploration souterraine

A trois mètres sous terre, la température moyenne des égouts est de 15 degrés toute l’année. ©Roger Job

Jusqu’au début des années 2000, l’entretien des égouts incombait aux dix-neuf communes de la région de Bruxelles-Capitale. Chacune devait en principe y veiller pour son propre territoire. Graduellement, l’intercommunale Vivaqua a repris cette compétence. Depuis 2011, l’entreprise publique gère de manière intégrée la totalité du réseau, ce qui comprend la maintenance (débouchage, curage, dératisation), les travaux de réparation et d’extension, ainsi que la cartographie hydrologique et la surveillance.

« Nous avons hérité d’un réseau globalement en mauvais état à cause de son ancienneté », constate Laurence Bovy, la directrice générale de Vivaqua. « Certains égouts ont 70, 80, voire 100 ans, et parfois même au-delà. Leur vétusté a du reste été aggravée par le sous-investissement, mais aussi par l’accroissement de la population. En quinze ans, Bruxelles a gagné quelque 300 000 habitants. Le charroi de voitures, de camions, de bus, de trams, etc. a donc augmenté en proportion et cela pèse sur les infrastructures souterraines, qui souffrent. »

La CEO souligne en outre le fait qu’avant que Vivaqua ne se lance dans l’exploration approfondie de cet inframonde, la connaissance qu’on avait du réseau d’évacuation était très lacunaire : « Il était très mal documenté, parce qu’autrefois, on ne se souciait pas de la traçabilité comme aujourd’hui. Voilà donc plus de dix ans que nos égoutiers l’inspectent de façon à dresser un état des lieux précis. Et en raison de sa longueur et de sa densité, ce n’est pas une mince affaire, car aux égouts et collecteurs s’ajoutent les branchements de chaque immeuble. Or, en Région bruxelloise, 99,5 % des habitations sont raccordées à l’égout. L’accès n’est pas non plus des plus aisés, dès lors que le réseau se situe la plupart du temps en voirie, sous la chaussée, contrairement aux autres impétrants – eau, gaz, électricité, télédistribution – qui se trouvent plutôt sous les trottoirs. »

(…) La suite de ce grand reportage photographique de 10 pages dans votre Paris Match Belgique !

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