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Medicaid : Des manifestants handicapés virés du Sénat américain

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Un nouveau projet de loi pourrait écarter de nombreux Américains d’un plan de santé à destination des plus fragiles. 

« Pas de coupes pour le Medicaid », entend-on crier dans les couloirs du Sénat américain, de la bouche de ceux qui peuvent encore s’exprimer. Très vite, les chaises roulantes défilent, escortées par le service d’ordre. Parfois, les manifestants, qui ont quitté leurs chaises pour un sitting radical, sont portés jusqu’à la sortie. On ne veut pas de leurs cris, pas encore des supplications, mais presque : ces dizaines d’handicapés luttent contre la restructuration du Medicaid, une assurance maladie destinée aux plus pauvres et concernée par la réforme du système de santé américain.

Medicaid offre une assurance santé à 74 millions d’Américains, dont 40% sont des enfants. C’est le plus vaste plan du genre aux États-Unis. Parmi les bénéficiaires du Medicaid, on compte des jeunes mères, des malades dont les assurances privées ne couvrirait pas les soins de santé, des vieux atteints d’Alzheimer, des familles aux revenus extrêmement bas – les plus fragiles de la société américaine.

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Aujourd’hui encore, Medicaid est financé en partie par le gouvernement fédéral et par les États, qui se partagent les frais de santé des patients, sans limite de temps ou d’argent à cette aide. Celle-ci est liée, évidemment, aux taxes que paient les Américains. Alors que l’Obamacare insistait pour faire payer davantage les plus hauts revenus et l’industrie de la santé pour ensuite redistribuer aux plus démunis, un nouveau projet de loi présenté jeudi aimerait que les patients prennent leurs responsabilités – comprenez, en payant leur propre assurance. À travers cette loi – le « Better Care Reconciliation Act » -, le fédéral entend diminuer sa part dans le Medicaid, laissant aux États le choix de compenser ces pertes, ou pas. Alors que les plus riches profiteront désormais d’un baisse de la taxation liée au payroll et aux revenus d’investissement, les moins fortunés se verraient désormais soumis à une limite quant à l’aide qu’ils pourront percevoir.

©AFP PHOTO / DAVID MCNEW

S’il suffisait de travailler

Pour les manifestants, c’est l’atterrement. Pour Donald Trump et son équipe, c’est une question de pure logique. « L’Obamacare a pris le Medicaid, qui était fait pour aider les pauvres, ceux dans le besoin, les malades, les handicapés, mais aussi les enfants et les femmes enceintes, et (…) en a fait profiter des Américains en pleine santé qui… devraient au moins voir qu’il y a d’autres options pour eux », a déclaré la porte-parole Kellyanne Conway, rapporte le Huffington Post. « S’ils sont en bonne santé et veulent travailler, alors ils auront les retours liés au parrainage de l’employeur, comme vous et moi ». Mais si certains Américains se voient offrir une assurance maladie par leur employeur, ce n’est en général pas le cas des personnes concernées par le Medicaid, même lorsqu’elles travaillent.

Dans une interview au Guardian, une mère de trois enfants, dont l’un souffre de déformations très lourdes, raconte : « Sans l’aide financière, nous nous battrons, bien sûr, et paierons ce que nous devons jusqu’à la bankrupt. Mais ensuite, nous devrons prendre la décision de placer notre fille juste pour la maintenir en vie ». « Si je perds ma douce Sophie parce que notre gouvernement a décidé que sa vie n’était pas assez importante, ça me détruira », poursuit-elle.

Sur Facebook, Brack Obama s’est exprimé à propos de la loi, qu’il a décrite comme un « gigantesque transfert de richesse des classes moyennes et pauvres vers les gens les plus riches des États-Unis ». Le vote final du Sénat devrait avoir lieu fin juin.

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