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Aux Philippines, les élèves LGBT sont harcelés par leurs enseignants

Les élèves transgenres doivent respecter une longueur de cheveux réglementaire et "appropriée" pour leur sexe assigné à la naissance. | © EPA/FRANCIS R. MALASIG

Société

Parce qu’ils sont homosexuels, bisexuels ou transgenres, ces élèves font face au cours de leur scolarité à du harcèlement et à la discrimination des autres élèves mais aussi de leurs professeurs.

« Quand j’étais au lycée, ils me bousculaient, me frappaient », confie un étudiant gay de 19 ans de la ville d’Olongapo, dans le nord des Philippines. « Quand je sortais de l’école, ils me suivaient [et] me poussaient, m’appelaient ‘gay’, ‘tapette’, des choses comme ça ». Cet étudiant n’est un cas isolé. Aux Philippines, les élèves LGBT sont victimes de harcèlement physique et verbal, d’agressions sexuelles et de cyberintimidation, comme l’explique Human Rights Watch dans un nouveau rapport.

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Pourtant, une loi anti-harcèlement existe depuis 2013. Elle stipule que le harcèlement sur la base de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre est strictement interdit. « La loi philippine prévoit des protections anti-discriminatoires et contre l’exclusion des écoles, législateurs et chefs d’établissement doivent prendre des mesures pour veiller à la pleine mise en œuvre de celles-ci ». Mais dans les faits, c’est une autre histoire…

Les professeurs participent « au lieu de rejeter »

« Les élèves LGBT aux Philippines souvent sont tournés en ridicule et même victimes de violence », explique Ryan Thoreson, membre du programme des droits des personnes LGBT à Human Rights Watch. « Et dans de nombreux cas, enseignants et administrateurs participent à ces mauvais traitements au lieu de rejeter la discrimination et de privilégier des salles de classe où tout un chacun peut recevoir une éducation ». Par conséquent, les élèves ne veulent pas se tourner vers un enseignant pour parler de leur sentiment d’exclusion.

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Des règles discriminatoires

Ce harcèlement passe également par les règles et pratiques mises en place dans les écoles. Ces dernières imposent des normes strictes, très difficiles à supporter pour les personnes transgenres, comme par exemple un uniforme par sexe et une longueur de cheveux règlementaires et imposées, y compris aux élèves ne s’identifiant pas au sexe qui leur a été assigné à la naissance. « Quand j’étais en secondaire, si tu avais des cheveux longs, un de mes professeurs t’appelait devant la classe et te coupait les cheveux devant tout le monde. Cela m’est arrivée plusieurs fois. J’en ai pleuré », explique Marisol, assignée homme à la naissance.

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Manque d’informations et de formation

Human Rights Watch a constaté que les élèves harcelés en demande d’aide se heurtent au manque d’informations et de ressources relatives aux jeunes LGBT. En effet, les questions propres aux jeunes LGBT  sont rarement abordées et connues par les programmes scolaires, les professeurs ne recevant pas une formation efficace à ce sujet. Conséquence : « lorsqu’un incident se produit, les enseignants font souvent des commentaires blessants ou méprisants pour les élèves LGBT, y compris en inculquant à leurs élèves qu’être LGBT est un péché ou n’est pas normal », surtout dans le cadre des cours d’éducation sexuelle.

Dieu a créé l’homme et la femme, et personne au milieu.

« Ils nous ont dit que c’était mal d’avoir des relations avec une personne du même sexe ou d’être transgenre, témoigne Davie Bonifacio. Un jour, j’ai été interpellé par un professeur, pendant un cours. Il a dit : ‘Dieu a créé l’homme et la femme, et personne au milieu’. Je me suis senti humilié parce qu’un professeur me disait ça devant tout le monde ». Jonas, un étudiant gay de 17 ans, se confie dans le rapport : « Ils prétendent que le VIH s’attaque en priorité aux homosexuels. J’ai un peu honte de ça, parce que j’étais une fois dans une section où j’étais le seul gay, et ils me pointaient toujours du doigt ».

Le 24 juin dernier, lors de la Gay Pride à Manille, un homme tient une bible à côté d’un manifestant pour les droits LGBT. AFP PHOTO / NOEL CELIS

« Les profs sont censés former des individus compétents et prêts à réussir dans la vie. Ils devraient donc dès le début parler de la réalité, explique Nap Arnaiz, étudiante transgenre. Le sexe est réel, les personnes LGBT existent. Il faut donc inculquer aux élèves les notions de compréhension et de respect ».

Droit à l’éducation en danger

Ce manque de soutien, d’informations et ces exigences strictes excluent et mettent mal à l’aise ces élèves qui sont parfois renvoyés chez eux par les surveillants, provoquant des absences voire la déscolarisation. Leur éducation est donc mise en péril. Et malgré la loi de 2013, le gouvernement ne fait rien pour garantir celle-ci, ni leur sécurité.

« L’interdiction du harcèlement des jeunes LGBT était une première étape importante », a déclaré Ryan Thoreson. « Maintenant, législateurs et chefs d’établissement doivent prendre des mesures concrètes pour donner effet à ces protections et promouvoir le respect des jeunes LGBT dans l’ensemble du système scolaire aux Philippines ». À savoir : garantir la mise en œuvre intégrale des protections contre le harcèlement par des enquêtes menées par le ministère de l’Éducation, sensibiliser les enseignants à répondre aux besoins des élèves LGBT et intégrer les problématiques LGBT dans les programmes scolaires.

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