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Sébastien Vaes, « Mr Énergie » : « L’achat groupé permet de mieux résister à la crise de l’énergie »

Sébastien Vaes, « Mr Énergie » : « L’achat groupé permet de mieux résister à la crise de l’énergie »

La Russie fournit 40 % du gaz européen, ce qui met l’Europe dans une situation d’ultradépendance. | © Mohssen Assanimoghaddam / dpa

Société

Depuis avril 2021, le prix du gaz a été multiplié par cinq et celui de l’électricité par trois. En raison de la guerre en Ukraine, les Belges doivent s’attendre à une nouvelle et forte augmentation. Comment y faire face ?

 

Par Christian Marchand

Paris Match. L’attaque de Poutine en Ukraine risque d’alourdir encore un peu plus notre facture de gaz. La dépendance de la Belgique à l’égard du gaz russe est d’environ 13 % mais, selon le principe de la solidarité européenne – notamment vis-à-vis de l’Allemagne, dont la dépendance est de 55 % –, la facture de notre pays sera plus importante. À quelle augmentation faut-il s’attendre, et pourquoi ?
Sébastien Vaes. L’Europe entière est concernée par ce qui se passe actuellement. Certains pays sont très dépendants des Russes au niveau du gaz et, malgré cela, des décisions drastiques sont prises. Depuis l’invasion de l’Ukraine, le gazoduc Nord Stream 2 (qui devait doubler la livraison de gaz naturel de la Russie vers l’Europe, NDLR) a été suspendu. Cela aura inévitablement un impact direct sur l’approvisionnement et donc les prix. Les Américains, craignant une trop forte dépendance de l’UE vis-à-vis de la Russie, sont également intervenus dans ce dossier. Difficile toutefois de prédire jusqu’où monteront les prix.

Actuellement, quelle est l’augmentation que doivent subir les citoyens belges ?
Avant de parler d’augmentation, il est important de connaître le type de contrat d’énergie que vous avez. Sur le marché des particuliers en Belgique, il existe deux types de contrat : prix fixe et prix variable. Si vous avez un contrat à prix fixe, vous êtes couvert face aux augmentations du marché, et cela jusqu’au terme de votre contrat. En revanche, si vous avez un contrat variable, vous subirez directement l’impact de la crise énergétique. Pour vous donner une idée chiffrée, on constate depuis avril 2021 une forte hausse sur le marché des matières premières : le prix du gaz a été multiplié par cinq et celui de l’électricité par trois. En l’état actuel, on peut s’attendre à ce que les factures de gaz triplent et celles d’électricité doublent.

Ne pourrait-on pas se passer du gaz russe, pour éviter de payer encore plus cher ?
La Russie fournit 40 % du gaz européen, ce qui met l’Europe dans une situation d’ultradépendance. En boycottant le gaz russe, on risque de se tirer une balle dans le pied. On pourrait envisager comme solution alternative d’acheter plus de gaz de schiste aux États-Unis, mais l’extraction et la livraison seraient excessivement onéreuses et représenteraient un vrai désastre écologique.

Selon vous, Poutine savait qu’il piégeait les Européens en raison de leur dépendance au gaz russe ?
Selon moi, Poutine ne peut pas se permettre d’aller plus loin que l’Ukraine et n’utilisera pas son gaz comme levier d’influence en Europe. L’Europe et la Russie sont intrinsèquement liées au niveau du gaz. L’économie de la Russie est très dépendante de ses exportations de gaz et de pétrole et son plus gros client est l’Europe. S’ils arrêtent d’approvisionner l’Europe, les Russes signent leur arrêt de mort économique et, à l’inverse, l’Europe n’a pas mille solutions de rechange. Qu’on le veuille ou non, l’Europe et la Russie ont respectivement besoin l’une de l’autre. Cela dit, certains spécialistes se demandent à ce stade quelles sont réellement les limites de Poutine.

Sébastien Vaes, « Mr Énergie » : « L’achat groupé permet de mieux résister à la crise de l’énergie »
Le géant russe Gazprom, acteur majeur sur le marché mondial du gaz, mais aussi du pétrole. « S’ils arrêtent d’approvisionner l’Europe, les Russes signent leur arrêt de mort économique, et à l’inverse, l’Europe n’a pas mille solutions de rechange. Qu’on le veuille ou non, l’Europe et la Russie ont respectivement besoin l’une de l’autre », explique Sébastien Vaes. © David Niviere / Abacapress

Le prix du pétrole s’envole également. Cette guerre en Ukraine est décidément aussi celle de l’énergie, comme d’autres d’ailleurs. Inévitable ?
Le prix du baril de pétrole a effectivement dépassé la barre des 100 dollars pour la première fois depuis 2014. Plusieurs facteurs contribuent à cette envolée, mais la raison principale reste bien entendu la guerre en Ukraine. L’augmentation du prix du gaz et les perturbations au niveau de l’approvisionnement entraînent une augmentation de la demande en pétrole pour s’y substituer.Malheureusement, le monde est beaucoup trop dépendant des énergies fossiles. Il est sérieusement temps de penser à la transition énergétique.

À ce propos, l’économiste Bruno Colmant (voir ci-dessous) affirme qu’on va au-devant d’« un choc énergétique incommensurable ». Qu’en pensez-vous ?
Je suis tout à fait d’accord avec son constat : on est à l’aube d’une crise énergétique qui va sérieusement affecter la vie des citoyens et entreprises belges. L’augmentation du prix du pétrole a un impact direct sur de nombreux produits, dont l’alimentation. Le pétrole est malheureusement omniprésent. La quasi–totalité des produits que nous consommons sont transportés par des moyens qui en utilisent énormément (avion, camion, bateau…). On ne se rend pas compte de l’impact direct de cette ultradépendance aux énergies fossiles sur les produits et services que nous consommons et utilisons au quotidien.

« Cette crise énergétique va sérieusement affecter la vie des citoyens et entreprises belges. On ne se rend pas compte de l’impact direct de cette ultradépendance aux énergies fossiles sur les produits et services que nous consommons et utilisons au quotidien »

Ces augmentations du prix de l’énergie et des denrées alimentaires seraient difficiles à gérer pour le citoyen lambda, car elles s’ajoutent à la flambée des prix que nous connaissons déjà depuis quelques semaines. À quoi celle-ci est-elle due ?
À un déséquilibre du marché. On observe d’un côté une augmentation de la demande énergétique depuis la sortie de la pandémie et la reprise économique. De l’autre, on constate des stocks de gaz très bas en raison de la situation géopolitique actuelle et des problèmes d’approvisionnement. Tout est simplement une question d’offre et de demande.

Avec Mr. Energie, vous êtes installé avec un certain succès sur le marché des achats groupés en matière d’énergie. Quelle réponse pouvez-vous aujourd’hui apporter à vos clients ?
Heureusement, la fin de l’hiver approche et le mois de mars s’annonce relativement clément au niveau des températures, ce qui permettra, dans un premier temps, de baisser le chauffage et de limiter nos factures d’énergie. On conseille ensuite d’être très attentif au marché, pour demander à son fournisseur de passer en contrat fixe dès que les prix retrouveront un niveau convenable. Notre rôle depuis l’envolée des prix est principalement de conseiller au mieux nos clients pour bloquer les prix au meilleur moment. Ceci précisé, le premier remède pour faire face aux augmentations actuelles serait de limiter au maximum sa consommation d’énergie.

L’achat groupé est une vraie solution aujourd’hui ?
L’achat groupé a l’avantage de rassembler un maximum de personnes, ce qui permet dans un premier temps de mettre en concurrence les fournisseurs et, ensuite, de choisir celui qui propose le meilleur tarif aux meilleures conditions. Choisir un nouveau contrat par le biais d’un achat groupé est bien évidemment plus avantageux que de passer directement par un fournisseur.

Notre grand témoin

Sébastien Vaes, « Mr Énergie » : « L’achat groupé permet de mieux résister à la crise de l’énergie »
Sébastien Vaes. © DR

Sébastien Vaes est, avec Derek Ralet, le cofondateur de Mr. Energie, une plate-forme née en 2014 et proposant tant aux particuliers qu’aux professionnels de réduire leur facture énergétique en leur sélectionnant, à intervalles réguliers, les fournisseurs les moins chers. « Vous tourner vers un fournisseur plus avantageux vous permettra d’engendrer des économies pouvant atteindre 15 % pour le gaz et 30 % pour l’électricité », expliquent-ils. En se rendant sur mrenergie.be, le consommateur peut procéder à une simulation en encodant diverses données personnelles telles que la superficie de son domicile, le nombre d’habitants ou encore ses habitudes de consommation. Mr. Energie lui propose alors une sélection du ou des fournisseurs les plus appropriés à sa situation. Une fois le fournisseur choisi, Mr. Energie prend toutes les démarches administratives en charge et révise le contrat de chacun à chaque échéance.

Sébastien Vaes, « Mr Énergie » : « L’achat groupé permet de mieux résister à la crise de l’énergie »
Bruno Colmant, professeur d’économie à l’ULB et l’UCLouvain. © DR

Selon Bruno Colmant, professeur d’économie à l’ULB et l’UCLouvain, cité par La Libre, « globalement, les matières énergétiques vont augmenter et cela va aggraver la tendance inflationniste constatée depuis juillet 2021. Avec un impact très grave sur le pouvoir d’achat des citoyens. Je suis convaincu qu’on rentre dans une période d’énergie chère pendant plusieurs années certainement. Je m’attends à une inflation de 4 % par an au cours des prochaines années. On est au-devant d’un choc énergétique incommensurable. (…) Les produits alimentaires demandent énormément d’énergie (…). Les engrais nécessitent beaucoup de potasse, très présent en Ukraine. On va certainement constater une hausse rapide des prix, alors que les magasins n’ont même pas encore répercuté toute la hausse des coûts de l’énergie observée ces derniers mois. On va avoir deux chocs inflationnistes : un sur l’énergie, l’autre sur les produits alimentaires. »

Mots-clés:
énergie gaz électricité
CIM Internet