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Violences à l’égard des femmes : Pourquoi les hommes ne bougent-ils pas ?

Violences à l’égard des femmes : Pourquoi les hommes ne bougent-ils pas ?

« Les hommes se sentent toujours autorisés à faire des commentaires sur les femmes. C’est un rappel de domination insupportable. » | © Nicolas Landemard / Le Pictorium/MAXPPP

Société

Depuis que des femmes ont été droguées à leur insu dans des bars de Bruxelles et Liège, la pression est maximale sur les autorités politiques belges. Mais qui bouge réellement et pourquoi cette absence de réaction forte ? Coréalisatrice du documentaire « #salepute », la journaliste Florence Hainaut analyse.

 

Interview Philippe Fiévet

Paris Match. Vous avez dénoncé le cyberharcèlement dans votre film « #salepute ». Quelles ont été les suites de ce documentaire remarquable ?
Florence Hainaut. Ce n’était pas tant le harcèlement que nous dénoncions, mais plutôt la misogynie. Il est aujourd’hui moins accepté socialement d’être ouvertement misogyne, donc on pourrait avoir l’impression que le phénomène est en recul. Mais il suffit qu’il y ait moins de contrôle social pour qu’on voie des propos sexistes mais aussi racistes, antisémites ou homophobes s’étaler sans aucune honte. Dans « #salepute », nous montrons à quel point la misogynie est toujours d’actualité et le fait qu’elle n’est absolument pas prise au sérieux. Les violences misogynes via internet n’ont rien de virtuel et elles touchent la majorité des femmes qui y sont présentes.

« Seuls trois bourgmestres bruxellois ont réagi après l’affaire des filles droguées dans les bars. Manifestement, beaucoup ne se sentent pas concernés »

C’est un vrai combat de société…
Internet est un espace dangereux pour les femmes. La violence contre celles-ci y est souvent exaltée, et davantage encore quand il s’agit de femmes racisées. Les études d’Amnesty International montrent à quel point les femmes noires sont plus présentes que les autres dans le nombre des victimes. Le constat que je pose, c’est qu’il s’agit d’un problème de démocratie, ni plus ni moins, parce qu’elles sont poussées hors de ce qui est aujourd’hui l’espace public le plus important dont nous disposons. Le documentaire a généré beaucoup de réactions et de prises de conscience. Nous avons reçu énormément de témoignages à ce propos, de femmes victimes de cyberviolence mais aussi d’autres qui se taisent par peur de subir le même sort.

À la suite de ce film, avez-vous subi personnellement des moqueries ou du dédain, confirmant que le sujet n’est pas une priorité pour beaucoup ?
Oui, mais on s’y attendait. On nous a reproché de ne pas avoir de légitimité, d’exagérer et même de mentir, voire, dans certains cas, d’avoir détourné de l’argent public pour financer cette réalisation. L’une de nos témoins, Manon, a même subi une vague de cyberharcèlement à la suite de son témoignage. Les réseaux sociaux constituent son gagne-pain et le fait d’apparaître dans le film comme témoin à charge lui a valu de sérieux ennuis. Elle a déposé plusieurs plaintes et l’un de ses harceleurs, qui décrivait par le menu la manière dont il allait la violer, a été identifié. Il habite près de chez elle. Plus d’un an après sa plainte, il n’a toujours pas été auditionné par la police. Et pourtant, croyez-moi, les menaces sont explicites. Il faut qu’on m’explique : cette fille a 20 ans et n’ose plus sortir de chez elle, où elle vit pratiquement confinée. Elle doit se faire accompagner dès qu’elle met le nez dehors.

Violences à l’égard des femmes : Pourquoi les hommes ne bougent-ils pas ?
« Il faut considérer une fois pour toutes que les bars et les discothèques peuvent être des lieux dangereux pour les femmes. » © Nicolas Landemard / Le Pictorium / MAXPPP

Vous confirmez qu’aujourd’hui, de toute évidence, nos autorités ne bougent pas ou pas assez. En témoignent l’enquête et les dispositions concernant le problème des bars où sévissent des violeurs. Le collectif UFIA condamne cet immobilisme, entretenu notamment par les autorités communales. Comment l’expliquez-vous ?
Ce collectif a en effet interpellé les dix-neuf bourgmestres des communes bruxelloises et seuls trois d’entre eux ont pris la peine de répondre. Il s’agit d’Olivier Deleuze (-Watermael-Boitsfort), de Christos -Doulkeridis (Ixelles) et de Mariam El Hamidine (Forest). Les autres, c’est apparemment silence radio. Or, je rappelle que les bourgmestres ont la police sous leur autorité. Manifestement, beaucoup ne se sentent pas concernés et sont peu disposés à changer les choses. Je dois préciser que la commune d’Ixelles est en train de réaliser un énorme travail avec les associations. Elle souhaite réaliser un cadastre total pour connaître les raisons pour lesquelles tant de femmes sont victimes de viols, comment elles sont accueillies quand elles portent plainte, où ça coince. Ce travail est toujours en cours. Au niveau du gouvernement bruxellois, il y a bien des appels à budget et à projets, mais la temporalité politique ne correspond pas à la nôtre. C’est du long terme, et c’est important, mais le problème est urgent.

Quand on y réfléchit bien, le harcèlement vis-à-vis des femmes a toujours existé, bien avant le mouvement #MeToo.
On entend souvent que #MeToo a permis la libération de la parole. Mais les femmes ont toujours parlé. #MeToo, c’est un décrassage des oreilles, une libération de l’écoute. Un tel afflux de témoignages était impossible à ignorer, mais ce mouvement n’a pas réglé le problème des violences sexistes et sexuelles. Cependant, les femmes comprennent enfin qu’elles n’ont pas à avoir honte. Mais si la honte a quitté leur camp, il faut croire qu’elle s’est perdue avant d’atteindre celui d’en face.

À l’heure de la réouverture des discothèques en Belgique, que faudrait-il faire selon vous pour protéger efficacement les femmes ?
D’abord, il faut considérer une fois pour toutes que les bars et les discothèques peuvent être des lieux dangereux pour les femmes. Ensuite, mettre sur pied un réel plan de sécurité. Il y a bien des maîtres-nageurs dans les piscines, il faut une personne de référence dans ce genre d’établissements aussi. On sait que dans beaucoup des cas dénoncés, les violeurs font partie du personnel des bars ou de la sécurité, ou bénéficient de leur complicité. Dans l’affaire qui a éclaté à Ixelles, l’auteur présumé était l’un des barmans. Les actions de sensibilisation et de prévention destinées aux victimes, c’est bien. Mais ce n’est pas assez. Les femmes ne sont pas droguées et violées par des nuages toxiques venus de nulle part. Elles le sont par des hommes, et il faut aussi s’adresser aux agresseurs. Ce sont eux qui posent problème, pas notre niveau d’alcoolémie ou notre tenue.

« Il faut mettre sur pied un réel plan de sécurité dans les bars et les discothèques. Il y a bien des maîtres-nageurs dans les piscines »

De quelle manière, concrètement ?
Dans les transports communs londoniens, des affiches sont placardées annonçant aux agresseurs la peine encourue. Pourquoi ne pas adopter la même mesure dans les bars, leur ouvrir les yeux et leur rappeler ce qu’est une agression sexuelle et à quoi ils s’exposent en cas d’infraction ? Au moment de -#balancetonbar, les Jeux d’Hiver à Bruxelles (un lieu festif très fréquenté, ndlr) ont donné des conseils aux femmes en leur rappelant de ne pas trop boire, de manger avant de sortir, de surveiller leurs verres. Bon sang, ce n’est pas le problème, le problème, c’est qu’on nous viole ! J’ajouterai que le GHB, la fameuse drogue du violeur, reste peu de temps dans le corps. La victime doit absolument faire une prise de sang dans les 24 heures car après, les traces de drogue disparaissent. Les femmes doivent le savoir. Là, les campagnes de sensibilisation ont un rôle à jouer.

Il est quand même curieux de constater que la France a décidé d’ouvrir des enquêtes suite aux actes commis en Belgique dans les bars incriminés alors que, chez nous, on ne bouge pas. Pour quelle raison, selon vous ?
Je ne sais pas si on ne bouge pas de ce côté-ci de la frontière. Je crois que des enquêtes sont en cours, mais avec les moyens du bord. Personne ne communique à ce propos, ce que l’on peut comprendre. Je ne dirais donc pas que rien n’est fait. Par contre, je sais que dans les commissariats, en cas de viol, les policiers ne prennent pas toujours les victimes au sérieux. En France comme en Belgique, on met la parole des femmes en doute, on insinue, on les décourage de porter plainte, quand on ne s’amuse pas carrément aux dépens des victimes comme on a pu l’entendre, il y a quelques jours, dans un document sonore révélé par Mediapart, où un policier insultait copieusement une femme qui venait de porter plainte pour viol. J’ai une amie qui a tout récemment porté plainte à Bruxelles pour viol, preuves ADN à l’appui. L’affaire a été classée sans suite. Furieuse, elle a adressé au Procureur du Roi une lettre accablante. Le dossier a été rouvert.

« À ma connaissance, aucune femme journaliste n’a encore témoigné en Belgique. Le jour où elles le feront, croyez-moi, ce sera violent »

Des actes de harcèlement viennent d’être dénoncés à l’UCLouvain, mais là aussi, on a l’impression que le silence va l’emporter. N’est-il pas temps que nos politiques traitent le dossier du harcèlement avec toute l’importance que celui-ci mérite ?
Je ne pense pas que le silence va l’emporter à l’UCLouvain. Mais au-delà de l’impulsion du politique, qui est nécessaire, les actes dénoncés sont illégaux. Que faisaient les ressources humaines et les recteurs ? Avant même que la justice se prononce, il y a tous ceux et celles qui représentent une autorité intermédiaire, dans le monde universitaire comme ailleurs. En réalité, les directions ont souvent le réflexe de vouloir étouffer le scandale, au mépris de la victime. C’est le cas à l’école, mais aussi dans les hôpitaux ou les entreprises.

Et à la RTBF, où vous avez travaillé ?
Ah, c’est sûr que le journalisme, bien au-delà la RTBF, n’est pas épargné par le phénomène. Il suffit de regarder l’enquête réalisée par l’Association des journalistes professionnels, « Journalisme, zéro sexisme ». On trouve même un clip sur YouTube. C’est glaçant. En France, des journalistes féminines ont dénoncé certains collègues masculins. En Belgique, c’est encore tabou. Il faut reconnaître que chez nous, il y a peu de rédactions, c’est un petit milieu. Dénoncer, c’est prendre le risque d’être mise à l’écart définitivement. À ma connaissance, aucune femme journaliste n’a encore témoigné en Belgique. Le jour où elles le feront, croyez-moi, ce sera violent. Mais c’est la même chose dans tous les secteurs. Quand les femmes de ménage diront ce qu’elles ont à dire, ça risque d’être terrifiant.

« Les directions ont souvent le réflexe de vouloir étouffer le scandale, au mépris de la victime. C’est le cas à l’école, mais aussi dans les hôpitaux ou les entreprises »

Avez-vous l’impression que les associations de femmes ne sont pas prises au sérieux, ou qu’elles sont encore inaudibles pour certains ? Le féminisme souffre-t-il toujours d’une image troublée ?
Ce qu’elles disent n’arrangent pas les personnes en position de pouvoir. Pourtant, il s’agit de -l’application stricte de nos droits fondamentaux. Si le féminisme est un combat, c’est parce qu’il y a de la résistance en face. Cela arrange beaucoup d’hommes d’en donner une mauvaise image. S’attaquer aux messagères plutôt qu’au message est une manière très efficace de les décrédibiliser.

Vous avez déclaré qu’il y a quelques années, avant la naissance du mouvement #MeToo, vous n’auriez pas pu réaliser votre film, comme si c’était « un non-problème et que l’argent public ne doit pas être utilisé pour ce genre de niaiseries ». Quelque chose a-t-il réellement changé, à part le fait que certains témoignages parviennent aujourd’hui à trouver un écho ?
C’est exactement cela. La libération de l’écoute a permis de faire ce film et qu’il ne soit pas considéré comme un produit de niche. La société a une tendance à penser qu’il y a d’une part des problèmes universels et de l’autre des problèmes de femmes, c’est-à-dire finalement accessoires, comme si les femmes ne faisaient pas partie de l’universel.

Violences à l’égard des femmes : Pourquoi les hommes ne bougent-ils pas ?
Florence Hainaut en 2015, à l’époque des « Décodeurs » à la RTBF. Avant de quitter les réseaux sociaux, elle a écrit : « Les femmes se font emmerder PARTOUT où elles sont. Rue, réseaux sociaux, monde du travail, t’as jamais la paix, toujours un Jean-Crétin pour te dire que tu n’es qu’un cul et que tu devrais agir comme lui l’entend. » © JMQuinet / Isopix

Vous considérez-vous comme féministe ?
Totalement. Ce qui ne veut rien dire d’autre que réclamer l’égalité.

Vous vous êtes exclusivement entourée de femmes pour votre film. Est-ce à dire que toute présence masculine était gênante ou superflue ?
C’était un choix politique pour Myriam Leroy comme pour moi-même : deux réalisatrices féministes font un film sur les femmes et donc, elles ne travaillent qu’avec des femmes. Tout au long du tournage, nous avons rencontrés des femmes qui ont raconté des choses intimes et difficiles. Nous n’aurions pas eu le même contact si des hommes avaient été présents, même dans l’équipe technique. Nous avons voulu créer une sorte de « safe space », d’endroit sûr.

Considérez-vous les hommes comme responsables du surplace actuel ? En d’autres mots, la société est-elle toujours machiste et condamnée à le rester ?
Oui. Attention, je les comprends : vouloir l’égalité revient à demander une part équitable du gâteau, et certains n’ont aucun intérêt à une meilleure répartition de celui-ci. Les hommes occupent une situation à leur avantage, pourquoi changeraient-ils ? Mais ce n’est pas parce que je comprends la cause de leur réticence que nous nous laisserons faire.

Violences à l’égard des femmes : Pourquoi les hommes ne bougent-ils pas ?
La mobilisation à l’appel de l’Union féministe inclusive autogéree (UFIA), à la suite du mouvement #balancetonbar. Depuis plusieurs semaines, les témoignages de femmes ayant été droguées et ayant subi des abus de la part de serveurs dans des bars de Bruxelles et Liège se multiplient sur les réseaux sociaux. ©Nicolas Landemard / Le Pictorium/MAXPPP

Pourquoi ne parvient-on pas à politiser le dossier du harcèlement ? Pour quelle raison, selon vous, notre ministre de la Justice ne bouge-t-il pas ?
Je ne suis pas certaine qu’il ne bouge pas. On revient sur le problème de la temporalité politique. Il existe néanmoins une spécificité en Belgique : contrairement aux propos racistes ou xénophobes, les propos dénigrants à l’égard des femmes (mais aussi des homosexuelles, des personnes porteuses de handicap, etc.) et les manœuvres de harcèlement sont considérés comme un délit de presse. Ce qui rend les poursuites en justice quasiment impossibles, parce que les auteurs sont protégés comme le sont les journalistes.

Donc la société peut rester indifférente à la misogynie ?
La misogynie aujourd’hui n’est pas vue pour ce qu’elle est : une haine et un mépris des femmes. On la considère encore trop souvent comme un trait d’esprit, une particularité culturelle, un ressort comique.

« Si le féminisme est un combat, c’est parce qu’il y a de la résistance en face. Cela arrange beaucoup d’hommes d’en donner une mauvaise image »

« Les femmes se font emmerder PARTOUT où elles sont. Rue, réseaux sociaux, monde du travail, t’as jamais la paix, toujours un Jean-Crétin pour te dire que tu n’es qu’un cul et que tu devrais agir comme lui l’entend » : tel était l’un de vos derniers tweets avant de vous retirer des réseaux sociaux. Vous confirmez ?
Je confirme, rien n’a changé. Les hommes se sentent toujours autorisés à faire des commentaires sur les femmes. C’est un rappel de domination insupportable. Pour moi, ce n’est pas un compliment. Je n’ai rien demandé. Je voudrais pouvoir marcher en rue sans que des hommes s’autorisent des remarques sur la taille de mon cul ou sur ma coupe de cheveux.

On ne vous voit plus en télé. Qu’êtes-vous devenue ?
Je suis toujours journaliste indépendante. Je travaille pour la presse écrite, j’ai un projet de documentaire, ainsi que deux livres en cours : un de recettes de chefs en collaboration avec une amie photographe, et un recueil de blagues sur les boomers. Ça fait beaucoup rire mon père, qui est lui-même un bon vieux boomer (terme définissant la génération des natifs de l’après-guerre ayant grandi dans les années des “Trente Glorieuses”, ndlr).

On vous a cependant retrouvée dans « Pandore » – diffusée le dimanche soir sur La Une –, où vous jouez le rôle d’une journaliste. Que pensez-vous de cette série, qui donne une image peu reluisante du milieu politique ?
Sans vouloir spoiler l’histoire, à un crime près, on est bien en-deçà de la réalité. Je l’aime beaucoup parce qu’elle été écrite et réalisée par des femmes. La nudité n’est pas violente ni gratuite, les femmes ne sont pas hypersexualisées. La femme n’est pas filmée comme un objet. Elles parlent, ce qui n’est pas toujours le cas au cinéma ! Même si le protagoniste est un homme, c’est une histoire de femmes, de femmes fortes. Les actrices sont belles, sans être des poupées. Ce ne sont pas des objets sexuels et ça fait du bien.

Notre grand témoin

Violences à l’égard des femmes : Pourquoi les hommes ne bougent-ils pas ?
© Frederic Sierakowski / Isopix

Journaliste, Florence Hainaut (40 ans) s’est révélée à la RTBF, d’abord dans émissions comme « Les Niouzz » pour les enfants et « On n’est pas des pigeons », avant de briller le dimanche aux commandes de « Revu et corrigé » et « Les Décodeurs » où son expertise de la société fait mouche. Devenue journaliste indépendante, elle crée un choc en 2021 en réalisant, avec Myriam Leroy, le documentaire #salepute . À travers le témoignage d’une dizaine de femmes, celui-ci dénonce le cyberharcèlement et la misogynie.

28 000

À l’approche du 8 mars, journée des droits des femmes, il est utile de rappeler que, selon un rapport récent de l’OMS, une femme sur quatre dans le monde est victime de violences. En Belgique, les données officielles restent étonnement parcellaires. On sait par contre qu’en Wallonie, près de 28 000 femmes déclarent avoir subi, au cours des douze derniers mois, des violences physiques ou sexuelles. Tout aussi préoccupant, plus d’une femme sur quatre passant par un hébergement en maison d’accueil n’est âgée que de 18 à 25 ans.

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