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Face aux bombes, l’Ukraine tente de protéger ses monuments culturels

Dans le centre de Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine, les innombrables statues sont désormais enveloppées de mousse, de bâches protectrices et de tissus anti-feu pour les protéger d'une éventuelle attaque. | © AFP

Société

Le bruit des bombardements russes retentit dans plusieurs villes ukrainiennes. Tandis que certains citoyens prennent les armes pour protéger leur maison, d’autres tentent de protéger un bien commun et public : les monuments cultures.

 

Dans la ville de Lviv, située à l’ouest de l’Ukraine, aucun combat n’a encore eu lieu. Le signe le plus flagrant de l’opération militaire russe actuellement en cours se situe dans la gare de la ville. Des trains convergent de tout le pays, et des familles ukrainiennes attendent sur les quais de pouvoir partir vers la Pologne. Dans cette cité de plus de 700 000 habitants, un autre signe de la guerre en approche saute aux yeux.

Des monuments culturels bordent les rues de Lviv. Les citoyens les ont enveloppés de mousse, de bâches protectrices et de tissus anti-feu pour les protéger d’une éventuelle attaque.

Un reporter de l’agence de presse AFP a ramené des clichés de ces œuvres essentiellement inspirées de mythologies grecque et romaine. Avec ces protections de fortune, les monuments de la ville de Lviv paraissent être le symbole d’une Ukraine qui tente de résister comme elle peut face à l’opération militaire russe.

Un patrimoine culturel reconnu par l’UNESCO

Sur la place du Marché, Neptune guète depuis longtemps les passants qui croisent son chemin. Mais de la statue, seul le trident est encore visible. Amphitrite, Diane et Adonis ont subi un sort similaire. Partout dans la ville, une armée d’agents s’évertue à protéger, avec des moyens de fortune, le riche héritage culturel qui vaut à Lviv une inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco.

À l’origine de ce mouvement se trouve Andriï Saliouk, le directeur de la « Société pour la protection des monuments ». En temps normal, il sensibilise les habitants et les autorités à la préservation du patrimoine.

On n’a pas attendu que le gouvernement fasse quelque chose.

Dans son bureau, il reçoit les journalistes devant plusieurs drapeaux ukrainiens suspendus dans son dos, mêlés aux insignes de nombreux bataillons se battant dans l’est du pays. « Quand la ‘phase chaude’ de la guerre est arrivée, un historien de l’art est venu me dire que s’il y avait un bombardement, Dieu nous en protège, on pouvait perdre les vitraux ».

L’amoureux du patrimoine réalise rapidement qu’il n’y a pas de temps à perdre. « On n’a pas attendu que le gouvernement fasse quelque chose, que quelqu’un rédige une demande de financement. J’ai sorti l’argent, on a réuni une équipe et acheté les matériaux », poursuit-il, précisant avoir été soutenu par des donateurs aisés.

Andriï Saliouk espère que les monuments culturels ne seront pas la cible d’impacts directs. Crédit : Daniel Leal

Aux côtés d’Andriï Saliouk figurent des restaurateurs d’art mais aussi des entrepreneurs du BTP, bons connaisseurs des chantiers de construction. Ce sont eux, par exemple, qui ont conseillé les matériaux à utiliser pour protéger les vitraux des multiples églises de la ville.

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« Nous sommes bien conscients que nous ne sommes pas en mesure de les protéger d’un impact direct, mais nous essayons autant que possible de les protéger de tout dommage léger, qu’il s’agisse d’un incendie, d’une onde de choc ou de petits fragments », confie à son tour Andriï Potchekva, un des restaurateurs. Les habitants de Lviv savent qu’ils seront frappés, mais nourrissent les espoirs que leur patrimoine culturel ne disparaisse pas sous les bombes.

Avec Belga

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