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Xennial, génération modem 56K coincée et oubliée entre deux mondes

"Les Goonies", un des films cultes pour les Xennials.

Société

Ils sont nés entre 1977 et 1983, ils ont grandi sans smartphone ni Internet, mais ont digéré chaque bouleversement technologique de ces trente dernières années avec une facilité déconcertante. Bienvenue dans le monde des Xennials.

(première publication juillet 2017 – mise à jour décembre 2017)

Longtemps inclus dans la « génération X », les Xennials sont depuis 2014 l’objet d’études tout à fait sérieuses qui les classent désormais dans une « zone à part », un monde quasi-paranormal qui rassemblent, selon Good.is une « micro-génération » qui a assimilé une décennie de changements radicaux dans l’usage des technologies dans le quotidien. Sorte de caméléon générationnel, le Xennial a connu un monde où il fallait d’abord dire bonjour aux parents avant de parler au téléphone avec ses amis.

Dan Woodman, professeur de sociologie à l’université de Melbourne, détaille sur le site Mamamia que ceux nés entre 1977 et 1983 ont fait l’expérience d’une enfance avant l’existence d’internet, alors que leur vie de jeune adulte est complètement imprégnée par la technologie.

C’est une expérience particulièrement unique. Une enfance et une adolescence libre de tout souci lié aux réseaux sociaux ou aux téléphones portables. C’était une époque où il fallait s’organiser pour voir ses amis le week-end en se téléphonant et en convenant d’un horaire et d’un endroit où se retrouver.

Alors génération dépitée ou joyeuse ? Ni l’un ni l’autre selon Good.is qui place ces « gens venus du monde offline » entre le pessimisme affiché par la génération X et le joyeux optimisme revendiqué par les Millennials.

Pour la journaliste Sarah Stankorb, citée par les Inrocks , ne se retrouve ni dans la génération MTV ni dans les excès de Kurt Cobain : « J’ai grandi en voulant faire partie de la génération X. Je regardais MTV, [ces jeunes] avaient l’air si cool et merveilleusement mélancoliques. Mais, hélas, ce n’était pas moi. Je n’entrais pas non plus dans la case « Millenials », qui, lorsqu’ils essaient d’être cool, deviennent des hipsters. Ce faisant, j’ai voulu parler à mes amis du fait que nous n’entrions dans aucune de ces catégories. Je n’étais pas seule, même en tant qu’écrivain, à ressentir le besoin de poser des mots sur cet étrange entre-deux ». Les xennials seraient donc particulièrement nostalgiques surtout de leur petite enfance. Ils seraient perpétuellement à la recherche d’une forme de paradis perdu où il fallait un téléphone fixe pour joindre un de ses amis.

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Reconnaître un Xennial sans lui demander son âge

Hyper-connecté aujourd’hui, le Xennial aime raconter à ses collègues millennials qu’enfant, il partait à vélo se balader des heures dans les campagnes sans la moindre application GPS. Pire, lorsqu’il rencontrait un chouette endroit, il ne l’instagramait pas, comme il le fait aujourd’hui, mais il en profitait. Juste lui et la nature. Parce qu’au contraire des générations qui le précèdent, le Xennial n’a rien à envier aux générations suivantes en terme d’addiction aux technologies.

Il parle de bibliothèque quand il se rappelle de ses études

Quand apparaît Google (1998) ou son ancêtre oublié Altavista (1995), le Xennial a déjà entamé ses études supérieures ou les finit même. Toutes ses années en « secondaire » (lycée, collège), il les a passées à faire ses travaux sur des feuilles, à faire des recherches à la bibliothèque de son école ou de sa ville. Un exposé en classe lui prenait un temps fou, voire un budget certain. Et c’est avec un émerveillement tout enfantin qu’il a découvert qu’en tapant le nom de son groupe musical favori sur un moteur de recherche qu’il avait une foule d’informations sur ledit groupe. Voire même un site officiel avec des animations en Flash (oui, le format « Flash » fut à la mode un jour).

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Il achète des magazines et drague sur Tinder

Au milieu du combat générationnel entre « ceux qui n’achètent plus de presse papier parce qu’ils ont tout sur le web » et ceux qui « maudissent ce monstre technologique qui tue la presse », le Xennial a la souplesse du champion monde à Twister en glissant quelques magazines dans sa valise de vacances tout en checkant une dernière fois son compte Tinder et en postant une photo de sa valise sur Instagram. À cheval sur les générations, il peut paraître insupportable aux millenials qui le trouvent « jeune vieux » et trop jeune pour ceux qui pensent qu’il serait temps pour lui de grandir un peu.

Il sait imiter le bruit du modem 56K et se rappelle que la ligne pouvait être occupée

Quand deux Xennials parlent technologie et vitesse de connexion, l’imitation du bruit du modem 56K, ce fameux modem qui se connectait sur la ligne téléphonique unique et familiale la rendant inutilisable par toute la famille qui voulait téléphoner « simplement », est inévitable. Sous des éclats de rire complices et un peu nostalgiques. Et il se rappelle, ému, de la première ligne ADSL installée tout début 2000 qui a libéré la ligne téléphonique et boosté sa consommation digitale.

Il téléchargeait illégalement depuis Napster

Et c’est à ce moment qu’est apparu le Graal de toute une génération, ce tueur de médiathèques (lieux où on se rendait pour louer des CD qu’on ramenait la semaine suivante, oui oui), Napster. En quelques clics, des milliers d’albums, des artistes de tous les styles étaient accessibles. Et les bytes de Napster à peine refroidis en 2001, ce fut l’explosion des outils de peer-to-peer (p2p) comme eDonkey ou Kazaa. Puis vint MySpace où l’on découvrit des groupes totalement inconnus comme un certain Arctic Monkeys qui avait l’outrecuidance (pour les générations antérieures aux Xennials) de proposer leur musique sans passer par la case « maison de disques »…

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Trop vieux pour les « God Save the 90’s », trop jeune pour avoir de vrais souvenirs 80’s. Il a connu Champs-Élysées et s’abonne à Netflix

Le Xennial a vécu le choc « C’est arrivé près de chez vous » dans une salle obscure ou sur VHS au point d’user celle-ci. Comme un vieux qui bégaie, il en connait encore aujourd’hui les meilleures répliques et ne peut s’empêcher de rajouter « reviens, c’était pour rire » quand quelqu’un crie « gamin ». Plus dramatiquement, il a connu Nirvana sur la scène des Unplugged de MTV et a appris à la radio la mort de Kurt Cobain. Il se rappelle parfaitement du chagrin des Belges quand le Roi Baudouin est décédé et s’est peut-être même rendu à Bruxelles pour lui rendre hommage. Le xennial est capable de reconnaître un refrain de Renaud version 1980 et sait danser sur les New Kids on the Block. Il est passé sans sourciller de la télé à une dizaine de chaines à la télévision numérique et à Netflix. De Champs-Élysées avec un Michel Drucker jeune à Orange is Nhe New Black.

Cet article a été écrit par un Xennial.

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