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Au Brésil, la mode indigène comme moyen de « résistance »

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Des mannequins prennent un selfie lors d'un événement à Manaus (Brésil), le 9 avril dernier. | © Michael Dantas / AFP.

Société

Tandis que des défilés ont eu lieu à Manaus ce week-end, des milliers d’indigènes se sont rassemblés à 3 500 km de là, dans la capitale Brasilia, à l’occasion du grand campement annuel « Terra Livre » (terre libre), pour défendre leurs droits et protester contre le gouvernement de Jair Bolsonaro.

Arborant fièrement leurs coiffes à plumes majestueuses, les mannequins chantent une ode à la pluie, pendant que les maquilleurs tracent des lignes noires sur leur visage, leurs bras et leurs cuisses, lors du premier événement de mode indigène jamais organisé au Brésil, à Manaus.

« C’est un sentiment de bonheur et de fierté. Comme c’est la première fois, on veut vraiment montrer notre talent, notre savoir-faire dans la couture, l’artisanat. Montrer au monde que les indigènes peuvent aussi réussir » dans la mode, dit à l’AFP Moan Munduruku, mannequin de 19 ans.

Il est un des 37 mannequins de 15 peuples indigènes, hommes et femmes, à participer à la toute première édition de l’Exposition interculturelle de mode indigène.

Au Brésil, la mode indigène comme moyen de "résistance"
© Michael Dantas / AFP.

Les défilés montrent les créations de 29 stylistes autochtones tout au long du mois d’avril, à Manaus (nord), la plus grande métropole d’Amazonie.

« C’est une forme de résistance, une façon de dépasser les stéréotypes », confie Reby Ferreira, 27 ans, organisatrice de l’événement.

« Ici, à Manaus, malheureusement, beaucoup de gens ont honte, voire même peur de reconnaître qu’ils ont du sang indigène. Notre objectif, c’est que chacun se sente intégré et qu’on puisse montrer notre culture au monde entier à travers ces vêtements », ajoute-t-elle.

Résister face à l’exploitation minière et agricole

Dents de pécari (sorte de sanglier d’Amazonie), graines rouges de guarana ou d’açai, écorces de noix de coco : les stylistes utilisent des éléments naturels pour leurs confections.

Sur les tissus, on retrouve les mêmes motifs géométriques que sur les peintures corporelles, certaines représentant des rites de passages des jeunes indigènes.

« Ma tenue évoque le rituel de la jeune fille, du peuple Ticuna, avec la paille de la maison où elle doit se recueillir durant ce rituel », explique Kimpuramana, mannequin et styliste de 17 ans, vêtue d’une robe blanche ornée de rayures diagonales noires imbriquées.

Sur le podium, avant que chaque mannequin s’élance, une présentatrice révèle quelle est son ethnie d’origine et ce que symbolisent les vêtements et accessoires portés.

Samedi, les défilés ont eu lieu au Palais du Rio Negro, bâtisse construite du début du XXe siècle, durant l’age d’or du caoutchouc, et transformée aujourd’hui en centre culturel.

« Je me sens privilégiée d’avoir pu assister à un tel événement dans cet endroit. D’habitude, nous sommes exclus de ce genre de lieu. Aujourd’hui, je peux voir mon peuple raconter son histoire à travers la mode », dit Bianca Mura, romancière indigène de 24 ans.

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© EVARISTO SA / AFP.

Tandis que ces défilés ont lieu à Manaus, des milliers d’indigènes sont rassemblés à 3 500 km de là, dans la capitale Brasilia, à l’occasion du grand campement annuel « Terra Livre » (terre libre), pour défendre leurs droits et protester contre le gouvernement de Jair Bolsonaro.

Le président d’extrême droite est favorable à l’ouverture des réserves indigènes existantes, déjà durement frappées par la déforestation, à l’exploitation minière ou agricole.

Avec Belga

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