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ArcelorMittal : un chauffeur de camion affirme avoir déversé de l’acide dans la nature

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Pendant trois mois, le chauffeur de camion, sous-traitant de l’entreprise ArcelorMittal Florange, aurait déversé l’acide dans la nature plutôt que de le recycler.

C’est une nouvelle accusation que vient de dévoiler France Bleu Lorraine Nord dans l’affaire ArcelorMittal. Cette société sidérurgique située à Florange (Moselle) est accusée d’être à l’origine d’un gigantesque scandale sanitaire. Plusieurs de ses salariés auraient été contraints de verser quotidiennement plusieurs mètres cubes de litres d’acide dans la nature. Le quotidien Le Républicain Lorrain, qui révélait jeudi le potentiel scandale, avait décrit les conséquences de ces déversements : « Sur place, nous avons effectivement constaté des traînées blanches sur le versant du crassier. Mais aussi des liquides orangés stagnants et autres mousses jaunes ».

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Lundi, France Bleu a diffusé une vidéo fournie par un chauffeur de camion, un ex-salarié d’un sous-traitant d’ArcelorMittal. Celui-ci affirme avoir déversé des « centaines de mètres cubes d’acide » sur le site de la société pendant trois mois, de décembre à février dernier. Sur les images, filmées par le chauffeur, on peut voir un liquide jaunâtre sortir de deux tuyaux. « Même pas à deux kilomètres à vol d’oiseau des habitations. […] 28 mètres cubes d’acide. Voilà ce qu’on va laisser à nos gosses plus tard, surtout en Lorraine et à Florange », s’exclame-t-il.

Voilà comment on recycle les déchets à Florange chez Arcelor, on balance de l’acide. Et on dit que c’est de la boue de fer. Pour moi, c’est de l’acide.

Le témoignage ne s’arrête pas là. Dans un entretien radio avec France Bleu, l’homme qui parle sous couvert d’anonymat décrit comment ArcelorMittal contournerait la législation. «Je transportais l’acide usagé. Normalement je devais le ramener dans un centre de recyclage à Malancourt. Mais on me disait de charger l’acide et d’aller au crassier, avec la complicité de salariés d’Arcelor qui me donnaient les bons [de livraison, ndlr] eux-même. Les bons n’indiquaient pas que c’était de l’acide. Ils indiquaient seulement que c’était de la boue de fer ou de la boue d’épuration. J’arrivais à Florange, à la cockerie, au PC sécurité, et là je me retrouvais dans un crassier à brancher mes tuyaux et déverser mon chargement en pleine nature, directement au sol. Les rochers éclataient à cause de l’acidité du produit. Le soir je rentrais avec les yeux rouges.», explique-t-il. C’est le même mode opératoire que celui raconté par d’autres témoins.

« Il n’y a aucun risque environnemental ou sanitaire pour les populations »

Face à la polémique, la direction d’ArcelorMittal a ouvert une enquête et a tenu lundi un comité extraordinaire. « Il n’y a aucun risque environnemental ou sanitaire pour les populations », assure la société qui précise que le crassier – la zone de stockage des déchets sidérurgiques – est « très encadrée et contrôlée au moins tous les ans par la Dreal », la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement. Pourtant, un habitant de Florange avait affirmé au Républicain Lorrain que son chien était mort trois semaines après avoir bu du liquide stagnant au pied du crassier.

« Il y a bien eu des déversements d’acide » dans le crassier de Marspich, où vont les déchets de l’usine ArcelorMittal de Florange, « mais on en ignore encore l’importance », a indiqué mardi à l’AFP Michel Liebgott, le président de la communauté d’agglomération du Val de Fensch à l’issue d’une réunion avec les maires de Florange et Hayange ainsi que la direction d’ArcelorMittal. « Nous devons nous revoir la semaine prochaine, une fois que les enquêtes menées en interne par Arcelor ainsi que par la Dréal (direction régionale de l’environnement, ndlr) seront terminées », a-t-il ajouté, précisant que « la communauté d’agglomération se pose la question de porter plainte contre X ».

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Alerté, le maire de Florange Rémy Dick s’était dit « choqué » quant aux faits révélés. « C’est une affaire extrêmement grave. À mon sens, c’est un scandale sanitaire sans précédent dans notre département. Si les faits sont avérés, les personnes fautives seront traduites devant la justice », avait-t-il dit à Paris Match. La Dreal a ouvert une enquête.

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