Paris Match Belgique

Quand la science soigne les peines de cœur

© Flickr @ordiglo

Société

Ce n’est pas qu’une impression, on peut vraiment mourir d’un chagrin d’amour. Mais heureusement, la science a décidé de venir en aide à tous ceux qui pensent ne jamais se remettre de la perte de l’être aimé.

 

Le syndrôme du cœur brisé est bien réel et s’apparenterait même à une « fausse » crise cardiaque : le ventricule gauche se met à dérailler en gonflant anormalement, et si cela n’est pas traité, on peut donc en mourir. De nombreuses études ont démontré que ce syndrôme aussi appelé « cardiomyopathie de Takotsubo » –qui touche dans 90% des cas des femmes ménopausées– causerait un stress post-traumatique (car oui, une rupture est traumatisante et laisse des séquelles). Mais même si l’on ne vit pas dans un film comme dans Eternal Sunshine of The Spotless Mind où l’on peut choisir d’effacer certains souvenirs de sa mémoire afin de ne plus en souffrir, on pourrait toutefois -peut-être- bientôt guérir du mal d’amour.

Le propanolol, le nouveau remède pour soigner les cœurs brisés ?

Deux chercheurs canadiens, Michelle Lonergan, doctorante en psychiatrie à l’Université McGill à Montréal assistée de son directeur de thèse Alain Brunet, travaillent depuis 2015 sur le stress post-traumatique des survivants des attentats de Paris. Tous deux sont rattachés à l’Institut Douglas, qui soigne les personnes souffrant de maladies mentales. Dernièrement, ils ont fait l’expérience d’administrer pendant six semaines du propanolol à 40 personnes qui avaient le cœur en miettes. À la fin des six semaines, elles devaient passer un entretien avec un psychologue. Résultat : elles allaient beaucoup mieux. Le propanolol fait partie de la classe des bêta-bloquants, et est généralement utilisé pour traiter l’hypertension artérielle, la migraine ou encore l’angine de poitrine. Au Figaro Madame, Alain Brunet explique : « Le stress post-traumatique (SPT) peut avoir pour origine des troubles différents, comme un deuil pathologique -ce que j’ai pu observer dans mon travail avec les victimes d’attentats- ou un trouble de réajustement à l’image d’une rupture amoureuse. Assimiler cette dernière à un SPT n’est pas un fait nouveau. (…) Nous avons voulu élargir la thérapeutique et considérer les chagrins d’amour comme une forme d’abandon et de rupture violente ». Associée à une thérapie, la prise de propanolol pourrait réduire l’empreinte du souvenir émotionnel, qu’il soit heureux ou non. « Il est important de ne pas assimiler la prise du médicament à un anti-dépresseur. C’est la juxtaposition du travail avec le psychologue et du médicament qui importe. Il faut déclencher le souvenir via l’intervention du professionnel pour enclencher l’effet du propanolol », ajoute Alain Brunet. L’étude est encore en cours et devrait se terminer à la fin de l’automne prochain. Les deux chercheurs espèrent une officialisation de la méthode.

 

En attendant, il y a les aspirines…

En 2014, une étude menée par l’Université Columbia à New York a montré que la prise d’aspirine s’avérait efficace pour soulager les douleurs amoureuses. «  Quand on parle de rejet en termes de douleur physique, ce n’est pas juste une métaphore. Le cœur brisé et la douleur émotionnelle font vraiment mal physiquement  », explique Walter Mischel, professeur de psychologie et chercheur en charge de l’étude, au quotidien britannique The Telegraph. Il indique également de s’éloigner des réseaux sociaux (stalker son ex avec sa nouvelle conquête ne va effectivement pas aider à aller mieux) : « Quand vous regardez une photo de celui qui a brisé votre cœur, vous ressentez une douleur dans une région du cerveau qui s’active quand, par exemple, vous vous brûlez le bras », et de tenir un petit journal de bord écrit à la troisième personne, pour nous aider à prendre nos distances par rapport à la rupture.

… ou l’effet placebo

Dans une étude ­parue en mars 2017 dans le Journal of Neuroscience, plutôt que d’expérimenter un médicament contre le chagrin d’amour, des chercheurs de l’Université du Colorado ont testé quant à eux l’effet placebo. « La séparation est l’une des expériences émotionnelles les plus négatives que puisse ressentir un être humain, et elle peut être un déclencheur de pathologies psychologiques comme la dépression, explique Leonie Koban, co-auteure des travaux. Dans notre étude, nous avons montré que l’effet placebo peut réduire cette douleur ». Quarante personnes qui avaient été larguées au cours des six derniers mois ont apporté des photos de leur ex. Elles ont ensuite passé un IRM durant lequel elles devaient se rappeler des souvenirs en regardant les photos. Pour visualiser la zone de douleur dans le cerveau, les chercheurs ont appliqué un objet chaud sur leur avant-bras leur causant ainsi une douleur physique. Résultats : les régions cérébrales activées par la douleur physique et la douleur émotionnelle étaient similaires. « Sachez qu’elle [la douleur] est réelle, elle existe sur le plan neurochimique », a déclaré Tor Wager, auteur de l’étude, dans un communiqué de presse. Les chercheurs ont alors pensé au fameux pouvoir de l’effet placebo.

Lire aussi > Miley Cyrus : oui à l’amour, et non aux drogues

À la fin de l’IRM, les participants recevaient une dose de spray nasal. La moitié d’entre eux pensait qu’il s’agissait d’un « analgésique puissant efficace pour réduire la douleur émotionnelle », et l’autre moitié d’une simple solution saline. Ensuite, on refaisait passer un IRM et les mêmes tests aux participants. Les résultats étaient différents cette fois : ceux qui croyaient que le spray allait les soulager voyaient leur cerveau réagir différemment en regardant la photo de leur ex. « Rien que le fait de faire quelque chose pour soi et de s’engager dans quelque chose qui redonne de l’espoir peut avoir un impact », assure Tor Wager. En ajoutant que « le fait est que vous avez des attentes positives et qu’elles influencent l’activité dans votre cortex préfrontal qui, à son tour, influence les systèmes de votre mésencéphale pour générer des réponses neurotoxiques aux opioïdes ou à la dopamine… ».

© Flickr @Alessandro Bonvini

Du pouvoir du cerveau

En mars 2015 déjà, une autre étude conduite par des chercheurs l’Université de Saint-Louis et de Cincinnati et publiée dans la revue Review of General Psychology, avait prouvé que le cerveau humain aurait les capacités de surmonter des peines de cœur grâce à un processus de sélection naturelle « qui peut nous faire surmonter beaucoup plus de choses qu’on le croit » explique Brian Boutwell, le maître de conférence à l’origine de cette recherche et professeur en épidémiologie. « Une personne peut d’abord essayer de pourchasser son ancien partenaire, pour essayer de regagner son affection. Cependant, si cela s’avère infructueux, le cerveau des individus peut agir pour corriger certaines émotions et comportements, leur ouvrant la porte à de nouvelles attirances et à la formation de nouvelles relations. Cela suggère que les gens vont s’en remettre ; que la douleur s’en ira avec le temps. Il y aura une lumière au bout du tunnel » poursuit-il.

Lire aussi > « Comment mon chien m’a sauvée de la dépression »

Les chercheurs ont aussi remarqué que les circuits cérébraux impliqués dans les relations amoureuses sont identiques aux comportements addictifs. Les zones de plaisir stimulées sont les mêmes que lorsque l’on prend de la cocaïne, et les hormones libérées identiques (la dopamine, l’ocytocine et de l’adrénaline). L’amour s’apparenterait à une drogue, et surmonter une rupture serait aussi compliquée que de vaincre son addiction à la drogue.

« Faisons battre à nouveau votre cœur »

Sinon il y a les camps d’amour

Une autre alternative à la science, aux amis, aux films, aux applications ou encore aux pots de glace qui viennent en aide aux personnes en dépression amoureuse, il y a la « School of Love » à New York, fondée en 2014. Pendant 28 jours, accompagné d’autres personnes aussi tristes que vous, la coach et auteure à succès Monika Parikh, diplômée de l’Université Northwestern à Chicago et de la faculté de droit de Cornell, promet de vous remettre sur pied et de « faire battre à nouveau votre cœur ». Et pour ceux qui ne peuvent pas se rendre jusque là-bas, vous pouvez toujours vous procurer ces petits livres.

CIM Internet