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Electrohypersensibles : Ces Belges qui ne supportent plus les ondes

Kristien Pottie a quitté la capitale et vit désormais dans un camping-car en Gaume : « Je ne veux plus retourner à Bruxelles. Trop d’antennes, de wifi, de smartphones… Les ondes sont partout. Je ne les supporte plus » | © Ronald Dersin

Société

Wifi, smartphones, antennes-relais, appareils connectés… Nos organismes sont soumis à un bombardement d’ondes. Néfaste pour la santé ? La communauté scientifique et les décideurs politiques sont divisés. Discours contradictoires, temporisation, alors que 5 % de la population souffrirait déjà, à des degrés divers, de l’exposition aux champs électromagnétiques artificiels. Rencontre avec quelques-uns de ces Belges qui fuient les ondes comme des bêtes piégées dans une forêt en feu.

 

Depuis quelques semaines, la comédienne Kristien Pottie a déserté son appartement bruxellois pour s’installer à Tintigny, en Lorraine gaumaise. Pour l’heure, faute de mieux, elle vit dans un camping-car. « Ce n’est pas confortable, mais au moins je suis à l’abri. Je ne veux plus retourner à Bruxelles. Trop d’antennes, de wifi, de smartphones… Les ondes sont partout. Je ne les supporte plus. » Voici l’histoire, pas si singulière, d’une femme qui s’est découverte « électrohypersensible » (EHS) alors qu’elle entrait dans la cinquantaine. « Ça m’est tombé dessus sans prévenir », raconte-t-elle. « En mai 2020, crise sanitaire oblige, je travaillais beaucoup en vidéoconférence. Aussi, j’utilisais souvent mon portable en le posant sur mes genoux. Le wifi était toujours allumé. À un moment, j’ai constaté que le fait d’être devant mon écran me rendait anormalement nerveuse. J’étais extrêmement fatiguée, j’avais des maux de tête de plus en plus fréquents. Ils devinrent bientôt permanents. Empiriquement, j’ai constaté que mon mal-être s’apaisait quand je coupais le wifi, quand je m’éloignais de mon PC. Je me suis renseignée. De fil en aiguille, j’ai découvert que d’autres personnes souffraient de symptômes comparables, qu’elles étaient aidées par une Association pour la reconnaissance de l’électrohypersensibilité (AREHS). Je pouvais enfin mettre un mot sur ce qui m’accablait. »

Pour autant, Kristien n’était pas au bout de ses peines. « Le serai-je un jour ? » s’interroge- t-elle. « Dans les mois suivants, j’ai constaté que mes symptômes s’aggravaient, que je souffrais aussi d’une intolérance très handicapante aux ondes émises par les téléphones portables. Si je reste quelques minutes au milieu d’un groupe de personnes pourvues de smartphones, je me sens mal. Des difficultés d’élocution apparaissent, mes battements de cœur s’accélèrent. C’est une vraie catastrophe car, dans la vie de tous les jours, ce genre de situation se présente à l’envi. Le wifi est partout, dans les magasins, les transports publics, les hôpitaux. On ne croise plus quelqu’un qui n’aurait pas un smartphone entre les mains ou dans une poche. En plus, il y a les antennes, la 5G qui commence à être déployée. J’ai bien dû admettre que j’étais devenue incapable de vivre en ville. Bruxelles, ce lieu que j’adore, m’est désormais interdit. Pourtant, depuis des années, j’y résidais dans un appartement que j’avais aménagé à mon image. C’est là aussi que j’avais mes amis, de nombreux contacts professionnels…. Mais je me sentais désormais comme une bête traquée cherchant une issue dans une forêt en feu. Partir. Vite. Lorsqu’une amie m’a dit qu’elle cherchait à revendre son camping-car, j’ai sauté sur l’occasion. Et me voilà aujourd’hui exilée. »

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Kristien a posé son mobil-home sur le site de la Veillée. Le choix de ce lieu ne doit rien au hasard : « Ce n’est pas à proprement parler une zone blanche mais ici, les émissions d’ondes sont très basses. Je peux me promener dans les bois sans être envahie par la pollution électromagnétique », dit-elle. Motivation plus essentielle encore, cette EHS rejoint un habitat groupé dont les membres acceptent l’idée de vivre sans wifi – ce qui ne veut pas dire sans connexion internet, les ordinateurs et tablettes sont câblés – et sans utilisation de portables à proximité immédiate des habitations. De plus, « le conseil communal de Tintigny a entériné l’idée de garder cet endroit protégé d’une trop forte exposition aux ondes. Aucune antenne ne sera installée à proximité afin que cette zone reste “friendly” pour les EHS qui désireraient s’y domicilier », complète le bourgmestre Benoît Piedboeuf.

« Chaque déplacement est problématique. On a l’impression d’être une antenne »

 

Vingt ans de carrière professionnelle, un métier passionnant, beaucoup d’envies. Trois enfants, une maison confortable située dans le cœur du Brabant wallon. Véronique avançait dans la vie comme sur une autoroute sans péage. Depuis plus d’un an, la voici à l’arrêt sur un chemin de traverse, perdue, complètement déboussolée. Cette femme de 49 ans préfère rester anonyme : « Cette pathologie n’est pas facile à assumer en termes de relations sociales. Je suis en arrêt maladie depuis deux ans, mais des collègues ne comprennent pas. Ils pensent que je souffre de troubles psychosomatiques, alors que mon médecin m’a bien diagnostiquée EHS. » Pour elle aussi, le télétravail, la multiplication des échanges en distanciel avec des clients ont provoqué un basculement. « Je suis devenue intolérante aux ondes électromagnétiques : smartphones, antennes-relais, wifi. Ça a commencé par des raideurs dans la nuque et dans la mâchoire. Aujourd’hui toute exposition me cause des migraines insupportables doublées d’un sentiment d’épuisement. »

La vie de Véronique est devenue compliquée : « Chaque déplacement est problématique. Les ondes nous entourent. On a l’impression d’être une antenne. Je fais livrer mes courses à domicile ou je me rends dans des petits magasins aux heures de basse fréquentation. Des endroits comme l’Esplanade de Louvain-la-Neuve me sont devenus inaccessibles : trop de monde, donc trop de portables, trop d’antennes. Je ne peux plus aller au théâtre, au cinéma. Même partir en vacances est compliqué. L’année dernière, nous avons rejoint mes parents dans une villa en bord de mer. L’endroit était idyllique mais après trois jours, je me suis enfuie. Je ne savais plus dormir… Il y avait une antenne-relais près de la plage. »

« J’ai pensé aller vivre dans une grotte, mais je ne veux pas abandonner ma famille »

 

À Hondelange, l’architecte Valérie-Anne Hugé travaille à domicile. « Je crois que je souffre d’électrohypersensibilité depuis mon adolescence, mais il a fallu des années pour que j’identifie la source de mes problèmes de santé », témoigne cette quarantenaire. « Un jour, mon mari m’a offert un téléphone fixe sans fil. Je l’ai installé et, très rapidement, j’ai commencé à ressentir de violents maux de tête. Le lien avec le nouvel appareil était évident. Je l’ai débranché et cela m’a soulagé. Me renseignant, j’ai compris que toutes sortes de difficultés que je traînais depuis des années – céphalées, troubles de la concentration et de l’élocution – pouvaient être liés à une électrohypersensibilité. Et de fait, en supprimant autant que possible mon exposition aux ondes – câblage des ordis, mais aussi des smartphones via un adaptateur, interdiction des portables connectés au wifi ou à la 4G pour les enfants et pour les visiteurs –, j’ai constaté que j’allais mieux. Autant que possible, car je suis aussi indisposée par le courant électrique. Surtout, il perturbe mon sommeil. Un électricien m’a bidouillé un interrupteur unique qui permet de couper tout ce qui est problématique avant d’aller dormir. »

Valérie-Anne Hugé : « Ceux qui ne sont pas malades des ondes n’imaginent pas ce que c’est. » En médaillon, cette architecte porte un vêtement de protection qu’elle s’est confectionné pour aller en ville. Mais par peur du ridicule, elle ne l’utilise que rarement, préférant en définitive restreindre ses déplacements. © Ronald Dersin

Moralement, ce n’est pas facile : « Ceux qui ne sont pas malades des ondes n’imaginent pas ce que c’est. J’ai pensé aller vivre dans une grotte, mais je ne veux pas abandonner ma famille. J’ai la chance de vivre dans une maison sise dans une zone presque blanche. Les EHS qui résident dans des immeubles à appartements où il y a des box wifi à chaque étage doivent vivre un enfer. » Valérie-Anne nous présente un habit qu’elle s’est fabriqué pour ses rares sorties en ville… Visière, tissu contenant des particules métalliques censées couper le chemin aux ondes. « J’ai hésité à vous le montrer. On a l’air complètement crétin quand on porte cela », dit-elle avec un sourire qui cache un malaise quotidien. « Je ne porte jamais cet accoutrement quand je sors avec mes filles, car cela leur fait honte. Avant de l’enfiler, je m’éloigne de chez moi avec ma voiture. Je ne veux pas que les voisins me prennent pour une dingue. En fait, je le porte très peu, préférant finalement limiter mes déplacements, tant en distance qu’en durée. »

« Un jour, j’ai éteint ma box et j’ai bien dormi »

 

« J’imagine parfois ce que devait être la vie des asthmatiques dans les années 1950. On devait les voir comme des trouble-fête. Tout le monde fumait partout, dans les maisons, dans les transports, dans les restaurants… Dans des publicités, des médecins affirmaient que c’était bon pour la santé. Aujourd’hui, c’est un peu la même chose pour les EHS, qui sont entourés de gens armés de portables qu’ils dégainent à la moindre occasion. Expliquer à des personnes incrédules que les champs électromagnétiques vous minent, ce n’est pas aisé. », témoigne David Steinmetz.

David Steinmetz : Le fait de m’être sorti – autant que faire se peut – de ce bain d’ondes permanent a fortement amélioré ma vie. © Ronald Dersin.

Au milieu de nulle part, dans les environs de Viroinval, cet ingénieur civil âgé de 28 ans a trouvé refuge dans un petit chalet. « Ici, c’est une zone presque blanche. La première antenne se trouve à presque trois kilomètres et la 4G passe très peu. Je n’ai pas de voisin connecté », témoigne-t-il. « Cet endroit me permet de récupérer. Un jour par semaine, je me rends au bureau à Bruxelles afin de garder le contact avec mes collègues. Ils sont très compréhensifs : pas de technologie sans fil quand je suis là. Dans la capitale, je me déplace à vélo : pas question de prendre les transports en commun inondés par les ondes des portables. Il m’arrive de séjourner chez mes parents, mais un de leurs voisins est peu amène : il refuse de mettre son wifi en berne, ne fût-ce que la nuit. Donc, je ne dors pas bien quand je suis là. Très animé par les enjeux climatiques, j’ai dû faire un compromis avec mes convictions en achetant une voiture. Elle me permet de me rendre dans ce lieu isolé où je suis plus ou moins protégé des ondes. Petit à petit, je sors du burn-out dans lequel mon intolérance m’avait plongé. Cela s’est passé il y a trois ans. J’étais un homme très connecté avant de me transformer en légume. Je ne parvenais plus à me concentrer, je n’avançais plus, j’étais épuisé, j’avais des maux de tête. Un jour, j’ai éteint ma box et j’ai bien dormi. Cela a été la meilleure décision de ma vie. Le début d’une prise de conscience que j’ai documentée en consultant beaucoup d’articles scientifiques. Le fait de m’être sorti – autant que faire se peut – de ce bain d’ondes permanent a fortement amélioré ma vie. Je me reconstruis, mais c’est une solution à la Pyrrhus. Ici, je me sens parfois seul au monde. »

« Des décideurs politiques contradictoires, des scientifiques divisés »

 

Des témoignages interpellants, ressemblant à ceux de Kristien, Véronique, Valérie-Anne ou David, nous aurions pu en publier bien d’autres. Raconter en détail l’histoire de Mélanie, cette institutrice rencontrée dans le Namurois. Reconnue EHS par un spécialiste parisien, elle ne travaille plus depuis des années : « Le wifi est désormais partout dans les écoles, on donne des tablettes aux élèves. Comment retrouverais-je un jour un travail ? J’avais pourtant fait des études brillantes, l’avenir me tendait les bras. Aujourd’hui, je me suis réfugiée à la campagne, chez ma mère. C’est une solution provisoire. Où irai-je ensuite ?» Ou évoquer nos échanges avec Éric Defourny, un maraîcher qui a déménagé d’Érezée pour s’installer à Gouvy : « Je voulais retrouver un sommeil réparateur, celui que j’avais perdu après l’installation à 500 m de chez moi d’une antenne-relais utilisée par plusieurs opérateurs de téléphonie. Depuis lors, ma vie a repris un cours plus normal. Enfin, peut-être suis-je un extraterrestre, dans la mesure où je n’utilise jamais de portable. J’ai pourtant essayé, il y a longtemps, mais cela me donne des maux de tête insupportables. »

Chaumont-Gistoux, le 7 mai 2022.Une vingtaine de membres de l’Association pour la reconnaissance de l’électrohypersensibilité (AREHS) et de son pendant flamand, la VEHS, sont rassemblées devant l’objectif de Paris Match. © Ronald Dersin

Éric s’est investi dans l’AREHS, dont il est devenu l’un des administrateurs. « Notre association reçoit toujours plus d’appels de gens en détresse. Toutes les semaines, nous avons de nouveaux cas. Le plus souvent, ce sont des personnes dont la vie a complètement basculé. Elles ne téléphonent pas seulement pour s’informer, il s’agit de SOS : “Je n’en peux plus, que puis-je faire pour me sortir de là ?” Les principaux symptômes évoqués sont des douleurs, principalement des maux de tête mais aussi des souffrances articulaires et musculaires, des troubles de sommeil, de l’épuisement, des pertes de mémoire, des problèmes de concentration ou d’apprentissage, des atteintes à la vision, des acouphènes, des nausées, des vertiges, de la nervosité, de l’irritabilité, des palpitations et autres troubles du rythme cardiaque. »

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« Chez les EHS, les systèmes neuroendocrinien, immunitaire et cardiovasculaire peuvent être affectés. Les systèmes neurovégétatif, ORL, gastro-intestinal, musculo- articulaire et dermatologique sont également parfois touchés. On peut relier ces phénomènes à des dérèglements biologiques induits par les rayonnements artificiels », complète le docteur Magali Koelman. Comme plusieurs centaines de ses confrères, cette praticienne qui se spécialise en médecine de l’environnement a cosigné un texte d’alerte s’appuyant sur une étude approfondie de la littérature scientifique. Le propos liminaire de cet « Hippocrates Electrosmog Appeal Belgium » est on ne peut plus clair : « Face au déploiement massif et inconsidéré des technologies sans fil, nous, professionnels de la santé, demandons au gouvernement de faire appliquer le principe de précaution afin de protéger la population et plus particulièrement les groupes les plus vulnérables dont font partie, notamment, les femmes enceintes et les enfants. »

Pour l’heure, les décideurs politiques belges font la sourde oreille. Et comme le relève David, le jeune ingénieur expatrié à Viroinval, le gouvernement fédéral va plutôt dans le sens du « tout au sans fil » : « Récemment, quelques 40 millions d’euros d’argent public ont été débloqués pour éradiquer les dernières zones blanches dans le pays. On veut que les ondes soient partout, alors que le slogan des EHS pourrait être “recherche zone blanche désespérément”. » Ce n’est pas que nos élus soient sous-informés, loin de là. Pendant près de vingt mois, les sénateurs de la Commission des affaires transversales ont travaillé sur une « proposition de résolution relative à la reconnaissance de l’électrohypersensibilité ». Multipliant les auditions d’experts, ils ont été confrontés à des discours contradictoires des scientifiques.

Certains d’entre eux, comme le professeur Dirk Adang, président du Groupe de travail permanent rayonnements non ionisants du Conseil supérieur de la santé, ou encore une représentante de Sciensano ont affirmé que, certes, les symptômes des personnes concernées par l’EHS « sont réels et doivent être pris au sérieux », mais qu’en même temps ces personnes incriminent les ondes électromagnétiques « de manière subjective » et « qu’il convient, en premier lieu, d’exclure une éventuelle cause somatique ou psychiatrique/psychique sous-jacente ». Conclusion de ces experts : « Il n’est pas nécessaire de réduire les normes d’exposition » car « il s’avère que nous avons affaire à une intolérance sans lien de causalité entre les symptômes et l’exposition à des champs électromagnétiques ».

« Partout dans le monde, l’EHS est survenue simultanément au développement des technologies sans fil »

 

Cependant, les sénateurs ont aussi entendu nombre d’experts bien plus inquiets, qui préconisent de mettre en œuvre le principe de précaution pour protéger des citoyens de plus en plus exposés aux ondes. Entre autres, le professeur français Dominique Belpomme leur a expliqué que la symptomatologie clinique de l’EHS était « bien définie sur le plan médical » et qu’« elle est à présent reconnue par un très grand nombre de médecins en France ». Ce cancérologue a fait aussi état « de travaux scientifiques qui ont mis en évidence des biomarqueurs objectifs de cette pathologie dans le sang et les urines des malades » : « Contrairement aux affirmations de certains, les médecins disposent à l’heure actuelle de tests biologiques et radiologiques permettant de poser le diagnostic. L’affection est donc objectivement bien définie. » Il en découle, selon cet expert, que « la genèse de l’EHS ne peut pas être attribuée à des causes psychologiques (…) L’existence d’un effet nocebo n’a jamais été démontrée scientifiquement. »

Le professeur Dominique Belpomme : « Il s’agit d’une pathologie émergente à extension pandémique, que les malades qui en sont atteints subissent une très grande souffrance physique et mentale. » © AFP PHOTO MEHDI FEDOUACH.
Cette pathologie est-elle pourtant due de manière certaine à une trop forte exposition à des ondes électromagnétiques ? Des recherches doivent encore le déterminer, notamment pour faire le tri avec d’autres causes concomitantes comme ces diverses pollutions chimiques et environnementales qui sont aussi infligées à l’homme « moderne », avec une intensité inédite. Mais comment ne pas souligner cette observation du professeur Belpomme : « Partout dans le monde, l’EHS est survenue simultanément au développement des technologies sans fil. » Autrement dit, avant cette avancée technologique, cette pathologie était inconnue. Un constat qu’on mettra en relation avec les témoignages des patients qui relèvent une amélioration de leur état quand ils ne sont pas exposés. Le cancérologue précisait encore que « les scientifiques sont de plus en plus convaincus que les champs magnétiques induisent une toxicité majeure chez l’homme. Ces champs artificiels ne sont pas seulement cancérogènes, ils sont également impliqués dans la genèse de la maladie d’Alzheimer et dans certaines autres neuropathies telles que la sclérose en plaques et la maladie de Parkinson. Ils sont en outre nocifs pour la faune et la flore (…) La grande difficulté réside dans le fait que les pouvoirs publics refusent de voir la vérité en face, avec le risque qu’on en arrive à une catastrophe sanitaire. »

« Il est impératif que les femmes et hommes politiques prennent leurs responsabilités »

 

La conclusion du professeur Belpomme allait dans le même sens que l’« electrosmog appeal » signé par de nombreux médecins belges. Et à vrai dire, ses mots sonnaient comme une leçon de choses données à des mandataires politiques d’un pays qui tarde à prendre en compte à un enjeu sanitaire important : « Il est impératif que les femmes et hommes politiques prennent leurs responsabilités, vu qu’il s’agit d’une pathologie émergente à extension pandémique, que les malades qui en sont atteints subissent une très grande souffrance physique et mentale, et qu’il faut prévenir et traiter cette nouvelle affection au niveau mondial. La prévention devrait, dans la mesure du possible, reposer sur un sevrage électromagnétique maximal. Or, nous sommes les témoins d’une course effrénée au développement des technologies sans fil, sans tenir compte des problèmes de santé occasionnés par cette technologie et sans mettre en place des mesures préventives de santé publique. Cette attitude est hautement critiquable et constitue une entorse au principe de précaution. »

En mai 2021, les sénateurs belges de la Commission des affaires transversales adoptèrent un texte proposant entre autres de « reconnaître officiellement le syndrome de l’EHS.» Mais cette résolution fut recalée en séance plénière. © Ronald Dersin

Les parlementaires belges ont encore entendu d’autres experts allant dans le même sens. Tel le professeur Olle Johansson, originaire d’un pays, la Suède, où l’EHS est considérée comme un « handicap fonctionnel officiellement et pleinement reconnu ». Tenant compte aussi de multiples recommandations et avis formulés par des organisations internationales (Parlement européen, Conseil de l’Europe, OMS…) et par des scientifiques du monde entier, les sénateurs belges de la Commission des affaires transversales en arrivèrent, en mai 2021, à adopter un texte proposant entre autres de « reconnaître officiellement le syndrome de l’EHS et de prendre au sérieux les besoins des personnes qui en souffrent ; de développer et encourager des recherches indépendantes visant à dégager des connaissances objectives et à définir l’impact de l’EHS en Belgique ; de sensibiliser les professionnels de santé et les gestionnaires d’établissements publics (hôpitaux, écoles, etc.) à la possibilité que certaines personnes soient EHS et de les encourager à prendre les mesures nécessaires afin de les accueillir dans les meilleures conditions ; d’envisager un certain nombre d’adaptations en milieu urbain et l’existence dans les lieux publics des zones exemptes de réseaux sans fil afin de protéger les personnes EHS et leur donner accès aux services sociaux, publics, de santé et d’éducation. »

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Toutefois, quelques jours après son adoption en commission, le texte fut rejeté en séance plénière. Porteuse de ce projet de résolution, la sénatrice Fatima Ahallouch (PS) reconnaît que « ces deux votes furent parfaitement contradictoires ». Elle explique que les mandataires MR, qui s’étaient abstenus en commission, ont in fine voté contre : « Il a manqué cinq voix pour le texte passe. Au fil des auditions, il était pourtant apparu que la reconnaissance de l’électrohypersensibilité s’imposait. Que le principe de précaution devait être pris en compte. » La Belgique fait donc du surplace. Ce pays ne dispose même pas d’une étude épidémiologique pour mesurer la prévalence de l’EHS. Mais comme l’explique Éric Defourny : « En France, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) estime que 5 % de la population française serait EHS, à des degrés de gravité divers. En Suisse, le même pourcentage a été mis en évidence. Il n’y a pas de raison que de croire que les Belges seraient plus résistants aux ondes »

Pour en savoir plus

 

Les travaux du Sénat sont accessibles en ligne L’« electrosmog appeal » des médecins, comportant beaucoup de références scientifiques, l’est aussi. Voir encore le site de l’AREHS. Lire enfin : Martin Blank, « Ces ondes qui nous entourent, ce qui dit la science sur les dangers des rayonnements électromagnétiques » (éd. Ecosociété), et « Le Livre noir des ondes, les dangers des technologies sans fil », sous la direction de Dominique Belpomme. Ce scientifique a reçu un « avertissement » de l’Ordre des médecins français. Voir à cet égard sa notice Wikipédia. Par ailleurs, des électrohypersensibles réalisent une websérie pour raconter la complexité de leur vie : www.mavieenmodeavion.com

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