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Le Charleroi de Paul Magnette : Une étoile de mer et la nature

La Sambre à Charlroi dans un nouveau projet de développement.

Une rivière est un atout majeur pour une ville. La nouvelle Marina et l'aménagement des quais de Sambre font partie du projet ambitieux du Left Side Business Park. | © Asymétrie

Société

La présence du végétal en ville est une priorité absolue pour le bourgmestre de Charleroi. Un élément bien loin de l’anecdotique qui au contraire structure et dynamise la cité. Mais le renouveau de l’entité carolo passe aussi par la formation et le logement. « Tout est dans tout ». Explications quant à une mue spectaculaire.

 

Transformer Charleroi. L’envie était à la mesure de l’ampleur du projet. Paul Magnette, bourgmestre depuis 2012, a très vite désigné un bouwmeester afin d’établir les priorités urbanistiques dans leur globalité. Lors de son deuxième mandat, il a intégré le poste de « Nature en ville », plan communal de développement de la nature, dans ses propres attributions. Les chantiers en tout genre sont multiples, certains déjà aboutis. Le nouveau visage de la cité carolo se dessine et se déploie.

Paris Match. Quels sont, selon vous, les points forts de ce renouveau, crucial pour Charleroi ?
Paul Magnette. Nous avons commencé par des rénovations urbaines somme toute classiques dont certaines avaient démarré avant que je ne devienne bourgmestre. Mais nous avons été très vite confrontés à ce qu’on pourrait considérer comme la dernière mue du tissu industriel carolo, avec notamment le traumatisme de la fermeture de Caterpillar, m’amenant à mettre en place la Cellule Catch dirigée alors par Thomas Dermine et axée sur le redéploiement économique en parallèle à la cellule Bouwmeester initiée dès le début de mon mandat et dirigée par Georgios Maïllis. Une façon de démontrer notre désir d’un projet qui réfléchisse à la fois à la reconversion industrielle, à la formation, au réaménagement urbain tout en renforçant la présence de la nature en ville.

Justement, quel est l’objectif de ce programme « Nature en ville » ?
J’ai pris le temps d’établir un diagnostic approfondi du territoire afin d’en comprendre toutes les strates. J’aime citer cette réflexion de Patrick Modiano lorsqu’il a reçu le Prix Nobel, « Une ville est un palimpseste », un ensemble de couches additionnées avec le temps. Nous avons été impressionnés en découvrant que le tissu urbain de Charleroi s’articule en étoile de mer à cinq bras depuis son centre. Au nord vers Gosselies, à l’ouest vers Marchienne, à l’est vers Gilly et Montignies-sur-Sambre et au sud à la fois vers Mont-sur-Marchienne et l’autre vers Marcinelle et Couillet. Le reste du territoire est à plus faible densité et bénéficie d’une présence naturelle assez intense. Nous avons voulu renforcer cette naturalité avec des projets de grande ampleur. La nature dans la ville est souvent morcelée, nous essayons de la réunifier. Nous avons commencé avec le projet pilote de Dampremy sur lequel nous travaillons avec l’un des plus grands paysagistes du monde qu’est Michel Desvigne. Mais je peux aussi vous citer La Docherie et son grand parc. Vous savez, la nature ne coûte pas cher tout en apportant un bien-être qualitatif aux quartiers et territoires. Recréer des clairières, des cheminements, replanter des arbres, généraliser la gestion différenciée pour laisser la nature pousser de façon plus sauvage tout en l’accompagnant, optimiser sa fonction de réservoir de biodiversité. Si on prend le Parc Astrid, le plus fréquenté par les habitants en centre-ville et complètement rénové, il offre un environnement nettement plus agréable. Il suffit parfois de petites améliorations pour transformer un lieu.

 

Le parc Astrid à Charleroi
Plus qu’un projet, un programme essentiel pour Paul Magnette. Le Parc Astrid entièrement rénové. ©DR

La rénovation du centre-ville était-il le point le plus épineux du projet ?
Il est vrai que nous faisions face à une désertification urbaine importante et à des chantiers hasardeux. Nous arrivons enfin au bout. L’essentiel des interventions dans la Ville-Basse sont terminées, nous travaillons encore sur l’esplanade de la gare et plusieurs investissements privés vont se faire alentour. Tout le quartier s’en trouve transformé : gare, Place Verte, Place de la Digue, quais… Les résultats se verront d’ici 3 à 5 ans, il s’agit de la plus grande rénovation urbaine qu’ait connu Charleroi depuis au moins les années 50. Et pour ce qui est de la Ville-Haute, nous sommes en plein chantier. L’urbaniste danois Jan Gehl dit qu’un noyau urbain fait toujours 1 km2. Simplement, des villes n’en comportent qu’un seul et d’autres plusieurs. En ce qui concerne Charleroi, il s’agit de deux noyaux qui auront été rénovés en profondeur : voieries, espaces naturels, bâtiments, logement… Le tout en une petite quinzaine d’années. Bien sûr, l’offre commerciale doit suivre en parallèle mais tout est dans tout. Une offre plus diversifiée de logements et des infrastructures de bureaux apporteront une nouvelle dynamique. Il faut avoir suffisamment de gens qui viennent travailler dans le centre pour renforcer la clientèle d’un commerce de proximité. En ce sens, le centre commercial Rive Gauche représente un véritable moteur.

« Dès qu’un projet a rassemblé ceux et celles qui font la ville, la dynamique s’est enclenchée »

En quels termes avez-vous présenté votre vision au récent salon de l‘immobilier MIPIM à Cannes ?
De manière un peu provocatrice, nous avons déclaré que nous n’avions rien de nouveau à présenter ! Il s’agissait plutôt d’exposer la continuité de ce que nous avions exposé il y 2, 5 ou 7 ans, pour un projet urbain cohérent et avec la capacité de fédérer tous les acteurs. Nous avons dessiné un projet de ville fort en demandant à chacun des opérateurs de s’y inscrire et avons établi des relations durables avec la Régie des bâtiments, la SNCB, les TEC, les départements de la Région wallonne… Chacun fait sa part. Nous sommes fiers de cette dimension.

La formation est-elle un vecteur de modernité et d’excellence ? Charleroi se positionne dans le domaine du numérique, élargit son campus, développe le Biopark…
J’avoue que c’était ma priorité dès le départ, peut-être parce que je suis enseignant de formation. Le fait de ne pas avoir d’université à Charleroi est une faiblesse pour le territoire. La raison pour laquelle nous renforçons d’année en année la présence des universités dans le centre, en sachant l’importance du rôle de l’enseignement supérieur pour l’activité économique et le rayonnement intellectuel et culturel. On peut avoir des offres d’emploi remarquables, une ville reconfigurée, si les femmes et les hommes de Charleroi n’ont pas l’opportunité de se former, tout au long de leur vie, il y a un vrai problème. D’où l’importance de travailler sur tous les volets : enseignement technique et professionnel, fondamental, formation continue, universitaire… La Cité des métiers, soit 40 000 m2, sera un vrai pôle d’excellence de la formation et de l’orientation, même chose pour le campus de Charleroi District Créatif. D’ailleurs, il existe un grand intérêt des investisseurs dans la construction de logements étudiants.

 

La Cité des Métiers, 40 000m² de formation et d’orientation. ©Asymétrie

Quel est le plus gros potentiel de Charleroi ?
Je pense que la ville est particulièrement intéressante pour les jeunes ménages, le foncier y reste très accessible et les loyers sont beaucoup moins chers qu’à Bruxelles ou même ailleurs. C’est un peu la vocation de Charleroi que d’être un lieu de promotion sociale, on peut y trouver une maison de ville avec un petit jardin, bénéficier d’une offre d’espaces publics, de mobilité et d’infrastructures étendue, sans oublier l’offre culturelle très riche et la proximité de la capitale et des autres centres.

Qu’est-ce qui vous a le plus étonné depuis le début de votre premier mandat ?
L’enthousiasme des centaines d’acteurs carolos. Vous me direz que je parle beaucoup de nature mais ça m’a fait penser aux premiers jours de printemps, quant tout renaît, comme si la ville n’attendait qu’une opportunité pour éclore. La ville paraissait peut-être anesthésiée mais l’énergie était toujours présente. Dès qu’un projet a rassemblé ceux et celles qui font la ville, la dynamique s’est enclenchée. Le monde culturel a été le premier à y adhérer. La vitalité de l’offre culturelle de Charleroi a attiré tous les regards les premières années. Un renouveau qu’on a pu connaître à Manhattan dans les années 70, à Berlin dans les années 90. C’est bien que la culture joue son rôle d’avant-garde. Mais très vite, tout autre acteur a pu trouver sa place. La ville se construit ensemble.

https://www.charleroi.be/
https://www.charleroi-metropole.be/fr/

 

Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi.
©DR
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