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Au Salvador, accoucher d’un bébé mort-né est passible de 30 ans de prison

Une manifestante pour la décriminalisation de l'IVG au Salvador | © Belga / EPA/ Roberto Escobar

Société

Une peine très sévère pour une situation personnelle extrêmement complexe. Jeudi, Evelyn Beatriz Hernandez Cruz a été condamnée à 30 ans de prison par une cour de justice du Salvador. La juge de Cojutepeque l’a reconnue coupable du meurtre d’un foetus, dont l’accusée assurait qu’il était mort-né.

Les faits remontent au 6 avril 2016 : alors âgée de 18 ans, Evelyn Beatriz souffrait de forts maux de ventre. La lycéenne, violée quelques mois auparavant, ne savait pas qu’elle était enceinte et que ces douleurs étaient le début du travail à 32 semaines de grossesse. Elle dit n’avoir réalisé qu’une fois à l’hôpital, souffrant d’une hémorragie, qu’elle avait accouché. Quand les policiers, avertis par l’hôpital que la jeune femme venait d’accoucher, ont découvert le fœtus dans la fosse sceptique de son domicile, ils l’ont arrêtée. Elle a passé une semaine menottée sur son lit d’hôpital, précise elsalvador.com. Les médecins ont trouvé du méconium dans les poumons du fœtus, prouvant aux yeux de la défense qu’il était mort in utero. «Nous déplorons la décision de la juge, qui manque d’arguments techniques et qui s’est entièrement basée sur ses préjugés», a déclaré Bertha de Leon, l’avocate de l’accusée, citée par El Mundo.

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Au Salvador, l’existence reconnue dès la conception

Le Salvador interdit l’IVG sous toutes circonstances et a fait inscrire dans sa constitution la reconnaissance de l’existence dès la conception. La justice se réserve le droit de poursuivre la femme ayant avorté, le médecin ayant pratiqué l’IVG et toute personne les ayant aidés. Cela a déjà provoqué le scandale à de nombreuses reprises, notamment avec certains cas emblématiques. En 2013, celui de Beatriz avait fait la Une de l’actualité : cette jeune femme de 22 ans, enceinte de 26 semaines, espérait mettre fin à une grossesse qui la mettait en danger. Souffrant de lupus et de problèmes rénaux, elle risquait sa vie pour une grossesse qui ne pouvait aboutir que sur la mort du fœtus, atteint d’anencéphalie, une malformation qui empêche la formation de l’encéphale et du crâne. La Cour suprême avait trouvé une «solution» : autoriser une césarienne d’urgence, insistant sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une interruption volontaire de grossesse. Le fœtus était décédé quelques heures après en raison de la malformation.

Inquiétante jurisprudence

Teodora Vásquez, une trentenaire salvadorienne, purge actuellement une peine de 30 ans de prison, après avoir été reconnue coupable d’avoir provoqué sa fausse couche en 2008. Cette même peine avait été prononcée quatre ans plus tôt à l’encontre de Cristina Quintanilla, qui avait fait une fausse couche à 7 mois de grossesse. La jeune femme, déjà mère d’un petit garçon, avait finalement été libérée en 2009 grâce à une décision de la Cour suprême, qui avait jugé la peine excessive.

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