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«Rien ne vous prépare à ça» : Rescapé d’Uvalde, un enseignant raconte l’horreur

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1er juin 2021, un homme et une jeune fille regardent le mémorial installé sur la place de la ville d'Uvalde en l'honneur des personnes tuées lors de la fusillade de la semaine dernière. | © Robin Jerstad/ZUMA Press Wire.

Société

Arnulfo Reyes, enseignant rescapé de la tuerie d’Uvalde, a raconté à la télévision américaine l’horreur vécue de l’intérieur durant la fusillade qui a fait 21 morts dont 19 enfants.

D’après un article Paris Match France de C.R.

Arnulfo Reyes a perdu onze de ses petits élèves. Le 24 mai dernier, cet enseignant se trouvait à la Robb Elementary School d’Uvalde
, au Texas, quand un adolescent de 18 ans est entré armé, tirant sur toute personne croisant son chemin. Au total, dix-neuf enfants
et deux professeures ont été tués dans cette fusillade. Au moment du drame, Arnulfo Reyes était installé dans la classe numéro 111. Lorsqu’il a entendu les premiers tirs, il a immédiatement dit à ses élèves de se cacher sous les bureaux, comme le protocole l’imposait dans ce genre de situation. «Les enfants ont commencé à me demander à haute voix : « Monsieur Reyes, que se passe-t-il ? » Et j’ai répondu : « Je ne sais pas, mais allons nous mettre sous les bureaux pour faire semblant de dormir »», a-t-il raconté à l’émission Good Morning America. «Pendant qu’ils étaient en train de faire ça, je me suis retourné et je l’ai vu, debout», a-t-il poursuivi. En face à face avec le meurtrier, l’enseignant a reçu deux balles dans le corps, une dans le bras et l’autre dans le poumon, qui a réussi à atteindre son dos. «J’ai dit aux enfants qu’ils devaient faire semblant de dormir et que j’allais moi aussi faire semblant de dormir. Et j’ai prié, prié encore, pour qu’aucun d’eux ne se mette à parler».

C’est sous ses yeux qu’onze de ses élèves ont été abattus. Auprès de Good Morning America, il s’est souvenu avoir entendu un élève crier à l’aide depuis une autre classe. «Officiers, officiers, nous sommes là», a dit l’enfant. Mais au lieu d’attirer la police, c’est l’assaillant qui est arrivé dans la salle 112 où il se trouvait. «Et il a recommencé à tirer et tirer encore», a commenté Arnulfo Reyes.

« Vous aviez un gilet pare-balles. Moi je n’avais rien »

En larmes, le professeur a dit s’être senti abandonné par la police, qui a mis près d’une heure à intervenir sur les lieux, alors que les victimes se vidaient de leur sang. «Je suis tellement en colère, parce que vous aviez un gilet pare-balles. Moi je n’avais rien. Vous êtes censé protéger et servir, il n’y a aucune excuse pour leurs actions. Je ne leur pardonnerai jamais, jamais». Après avoir affirmé que la police était intervenue immédiatement et avaient permis d’éviter «une situation encore pire», les autorités et le gouverneur du Texas ont reconnu avoir fait plusieurs erreurs. Tous sont aujourd’hui au cœur d’une polémique qui ne s’éteint pas, alors que le public et les familles des victimes réclament des réponses.

Le drame d’Uvalde a également mis une nouvelle fois en avant le problème des armes à feu aux Etats-Unis. Le parti républicain continue à défendre l’accès facile aux armes à feu alors que les démocrates souhaitent légiférer rapidement. «Rien ne vous prépare pour ça», a déploré Arnulfo Reyes. «On entraîne nos enfants à se mettre sous les bureaux, et à l’époque, je pensais que c’était bien. Mais en réalité, nous les piégeons pour qu’ils se transforment en canards immobiles. Vous pouvez entraîner autant que vous voulez les gens, les lois sur les armes doivent changer. Rien ne bougera si les lois ne changent pas».

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