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Bienvenue à Liège, plus belle ville du monde

Liège est en route vers une renaissance | © Liège Together

Société

Tous les chemins mènent-ils à Liège ? En tout cas, depuis quelques semaines, toutes les affiches y renvoient, grâce à une campagne délicieusement chauvine signée Liège Together. Vanité mal placée ou fierté légitime d’une ville qui a su en quelques années seulement changer de visage ? Si certains clichés sont difficiles à dépasser, le bassin liégeois garde le cap, avec une destination à l’horizon : « Liège, the place to be ». 

À l’entrée de Bruxelles, une affiche annonce la couleur : ceux qui la lisent sont 99.8km trop loin. Trop loin de quoi ? De la plus belle ville du monde, tiens ! Regard dans le rétroviseur et cap sur Liège et le collectif chapeauté par la Ville à l’origine de cette campagne d’affichage ardemment liégeoise, Liège Together. Dont l’histoire commence sur une déconvenue, Liège Together ayant succédé à la campagne infructueuse « Liège Expo 2017 », label qui s’est finalement vu décerner à Astana il y a cinq ans. Cinq années pendant lesquelles Liège a fait preuve d’une détermination invincible, revoyant ses infrastructures en même temps que son offre d’hospitalité pour devenir un must-see pour les touristes. Même que c’est le respecté magazine de voyage Travel + Leisure qui le dit, ayant placé Liège dans son classement des 50 destinations mondiales à visiter.

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Voir Liège, puis mourir

De quoi réveiller la fierté principautaire. Dont acte : « la plus latine des villes du Nord », « the biggest apple », « un accueil sans égal », voire même, « voir Liège puis mourir », les Liégeois s’en sont donnés à coeur joie pour proposer des slogans. Un engouement dont Jean-Christophe Peterkenne, Directeur Stratégie & Développement de la ville de Liège et responsable de Liège Together se réjouit. « On a donné la chance aux gens de proposer des slogans parce que notre démarche ne pouvait avoir du sens que si elle était participative. Faire une campagne et dire « on est les meilleurs », ça, tout le monde peut le faire. Tandis que,


Si les gens sont convaincus de cette réalité, par contre, alors il y a un travail d’appropriation qui se met en place, et ils deviennent les meilleurs ambassadeurs de la région
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Car bien que Liège soit la star de la campagne d’affichage, c’est toute la métropole liégeoise qui est mise à l’honneur.

Une ville, un esprit

« La campagne ne concerne pas que Liège, même si elle est bien sur au coeur du projet, mais bien toute la métropole liégeoise. Il y a des choses assez extraordinaires qui se passent à Chaudfontaine, à Seraing,… Ici, on est dans du marketing territorial, ce qui veut dire qu’on ne vise pas particulièrement les touristes ou les investisseurs, mais plutôt qu’on veut capter le regard et attirer l’attention positivement sur la métropole liégeoise ». Et tant pis si le timing peut sembler mal choisi, alors que la région se relève à peine de la tempête Publifin et de tous les dégâts politiques qu’elle a entraînés. D’ailleurs, Jean-Christophe Peterkenne l’affirme, la mise en abîme du PS liégeois n’a pas d’impact sur l’ascension fulgurante de la ville. « La question des scandales du PS ne se pose pas. On a une gare TGV qui nous met en contact avec toute l’Europe, un musée qui a établi un partenariat avec le Louvre, un coeur de ville entièrement rénové… La réalité, c’est que l’actualité éventuelle ne nous concerne pas ».

Liège Together

Un passé difficile à oublier

Plus difficile à ignorer : les stigmates persistants des années difficiles traversées par la ville, d’une mendicité bien établie dans le centre à une population toxicomane persistante, sans oublier le triste spectacle offert par les entrées de ville, bien piètre accueil pour la plus belle ville du monde. Il y a le rond-point provisoire de Burenville, dont les plots jaunes et blancs persistent depuis plus de quinze ans, aux tunnels noircis de particules fines sans oublier les herbes folles qui peinent à égayer l’entrée par Bavière, on est loin du red carpet pour atteindre la place to be. Michel Firket, l’échevin liégeois du tourisme, en est bien conscient. Ainsi qu’il l’a confié à Charles Ledent, qui s’est penché sur le sujet des entrées de villes pour La Meuse, « je dois admettre qu’il reste certains points noirs au niveau de certaines entrées de la ville, même si je pense que la situation s’est améliorée ces dernières années. Et je dois ajouter que les points noirs en question ne relèvent pas de la gestion de la Ville de Liège, mais de la Région ou de la SNCB ». Et si ces dernières ont visiblement un train de retard quand il s’agit des accès à la ville, cette dernière a quant à elle bien du mal à y réglementer la mendicité. Car l’afflux de touristes ces dernières années semble avoir amené dans son sillage un nombre croissant de mendiants.

Équilibre précaire

Pour relier la place St-Lambert à l’Opéra, il n’est pas rare de se faire aborder entre trois et cinq fois. En 200 mètres, la concentration impressionne. Et pose question, surtout quand on sait que la Ville a mis en place un règlement de la mendicité, qui impose notamment aux mendiants de ne pas entraver les accès des bâtiments ni héler les passants, et de suivre une tournante hebdomadaire par quartiers. Un règlement qu’Ecolo Liège voudrait voir supprimé : « C’est inefficace. Le nombre de mendiants ne diminue pas, a souligné le conseiller communal Guy Krettels. C’est un réglement qui criminalise à nouveau une pratique que la loi a légalisée, et la police a d’autres tâches plus préoccupantes que de traquer les mendiants ». Réponse du bourgmestre, Willy Demeyer : « Liège est l’une des villes wallonnes qui consacre le plus de moyens à la lutte contre la précarité sociale et la prise en charge des personnes en détresse sévère. Les Liégeois sont solidaires et généreux mais souhaitent également un cadre de vie qui permette à chacune et chacun de profiter d’une Ville où la convivialité et les différentes fonctions d’attraction et de développement sont présentes ».

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Instagram @ Liège Together

Transformation indéniable

Car Liège est à l’image de ses habitants, faite de contrastes et de nuances, impétueuse et fière, et d’un tempérament furieusement ardent. Une fureur de vivre qui se fait fureur de ville, et voit des quartiers entiers réhabilités. Il ne faut désormais plus parler de « Souverain-Tox » mais de « Grand Léopold » pour désigner le quartier Cathédrale Nord, où les bordels ont fait place aux joyeux fouillis des boutiques de créateurs, agrémentées de maisons de bouche qui font la part belle aux producteurs locaux. Un village en ville qui se prolonge en Neuvice, ruelle sombre un temps délaissée et aujourd’hui illuminée des vitrines colorées d’artisans passionnés, qu’ils travaillent le fromage ou les bijoux. « La transformation en profondeur de la ville ces dernières années est incontestable, affirme Jean-Christophe Peterkenne. Plus qu’un label, Liège Together symbolise les Liégeois, qui aiment être ensemble et sont plus forts ensemble. Le message sous-jacent, au-delà des slogans décalés qui dénotent d’un sens de l’humour typiquement liégeois, c’est ‘venez à Liège, on aime partager' ».

Révolution culturelle

Un partage sur panneaux d’affichages prévu pour durer tout l’été, pour un budget de 170 000 euros. Objectif : toucher 6 millions de personnes grâce à des affiches judicieusement placées dans les aéroports et les gares. Une campagne appelée à perdurer sur les réseaux sociaux, en attendant le prochain rendez-vous de Liège Together, une réédition en 2018 de ses MétamorphoseS, qui avaient vu la ville vibrer au rythme de la culture et de la créativité. Après la Révolution française et la révolution industrielle, Liège fait sa révolution culturelle et vit une renaissance d’autant plus savoureuse qu’elle s’est faite désirer. Il faut le voir pour le croire, et fouler les pavés pour s’en imprégner, mais quand on prend la peine de s’y intéresser, l’attrait de la ville est irrésistible. Le temps enfin pour les valeureux liégeois de voler à la victoire, et que le renouveau de leur Cité les couvre de gloire.

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