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«Je suis le putain de président» : Donald Trump a tenté de rejoindre les émeutiers du Capitole

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Donald Trump en septembre 2020. | © Brendan Smialowski / AFP

Société

Un témoignage marquant a été entendu mardi devant la commission d’enquête sur l’invasion du Capitole : selon Cassidy Hutchinson, l’ancienne assistante du directeur de cabinet de la Maison-Blanche, Donald Trump aurait tenté, en s’en prenant physiquement à son chauffeur, de rejoindre les émeutiers.

D’après un article Paris Match France de Kahina Sekkai

Le témoignage le plus important depuis le début des auditions ? Mardi, la commission parlementaire d’enquête sur l’invasion du Capitole a organisé une session imprévue pour entendre Cassidy Hutchinson, l’ancienne assistante du directeur de cabinet de la Maison-Blanche Mark Meadows. Et le témoignage de la jeune femme de 26 ans, prononcé sous serment et entrecoupé d’enregistrements d’autres dépositions, est probablement le plus lourd à l’encontre de Donald Trump. Elle a raconté comment elle avait vécu le 6 janvier 2021, lorsque Donald Trump
a prononcé un discours devant ses partisans réunis devant le Capitole, où les résultats de l’élection présidentielle devaient être certifiés par le Congrès. Le rassemblement politique a viré à l’émeute, avec l’irruption de centaines de partisans de Donald Trump et l’évacuation en urgence des élus face au risque posé par certains émeutiers violents.

Cassidy Hutchinson durant son témoignage, le 28 juin 2022.
Cassidy Hutchinson durant son témoignage, le 28 juin 2022. ©Evelyn Hockstein / Reuters

Avant le discours du président sortant, qui martelait depuis des semaines qu’il n’avait pu perdre l’élection et avait été victime d’une fraude électorale massive, il s’est vertement agacé face à l’affluence, insuffisante à ses yeux. «Il était énervé par le fait qu’on ne laissait pas passer les gens armés. J’ai entendu le président dire quelque chose du genre : « Je m’en fous qu’ils soient armés, ils ne sont pas là pour me faire du mal. Retirez les détecteurs de métaux. Laissez passer mes gens »», s’est souvenue Cassidy Hutchinson. Et après avoir pris la parole devant une foule galvanisée, Donald Trump s’est mis en tête de se diriger vers le Capitole, où certains avaient même installé une potence pour pendre son vice-président Mike Pence, coupable à leurs yeux de refuser de s’opposer à la certification légale des résultats. «Le président a répondu avec beaucoup de colère. Il a dit quelque chose du genre : « Je suis le putain de président. Conduisez-moi au Capitole maintenant ».»

« Il y avait du ketchup sur le mur et de la porcelaine brisée au sol »

Face au refus de son entourage, dont le Secret Service citant des raisons de sécurité, Donald Trump serait devenu physiquement violent, «se penchant vers l’avant du véhicule pour se saisir du volant». Robert Engel, le chef de l’unité du Secret Service chargée de la sécurité présidentielle, aurait tenté d’attraper son bras pour l’en empêcher et le raisonner. «M. Trump a utilisé sa main libre pour se jeter sur Bobby Engel», a poursuivi Cassidy Hutchinson, qui tient ce récit du chef adjoint des opérations de la Maison-Blanche Tony Ornato, qui se trouvait dans la voiture et lui a raconté peu après, visiblement choqué par la scène. Une colère de Donald Trump dont elle avait déjà été elle-même témoin un mois avant, dans la salle à manger de la Maison-Blanche : «Il y avait du ketchup sur le mur et de la porcelaine brisée au sol», a-t-elle rappelé. L’origine du courroux présidentiel, qui s’est achevé avec «son déjeuner balancé contre le mur» : l’interview de Bill Barr, son ministre de la Justice, qui avait assuré à l’agence Associated Press que ni le FBI ni les procureurs qu’il supervisait n’avaient constaté de fraude électorale massive susceptible d’avoir pesé sur le résultat de l’élection présidentielle. L’homme avait été limogé deux semaines plus tard.

Bobby Engel, du Secret Service, et Donald Trump, en septembre 2020.
Bobby Engel, du Secret Service, et Donald Trump, en septembre 2020. ©Tom Brenner / Reuters

La violence manifeste des émeutiers n’a semble-t-il pas alerté Donald Trump, dont la lenteur à réagir face à l’invasion du Capitole a été vivement critiquée. Selon Cassidy Hutchinson, elle avait lancé l’alerte, notamment avec les menaces envers Mike Pence, évacué en urgence et qui s’est trouvé à une dizaine de mètres de certains émeutiers pendant quelques secondes. «Tu l’as entendu Pat, aurait répondu Mark Meadows, prenant à témoin le conseiller juridique de la Maison-Blanche Pat Cipollone. Il trouve que Mike le mérite. Il trouve qu’ils ne font rien de mal.»

Quelles conséquences pour Donald Trump ?

Donald Trump a réagi sur son compte Parler, le réseau social qu’il a cofondé depuis son exclusion de toutes les autres plateformes suite à l’invasion du Capitole. N’attendant pas la fin de l’audition de Cassidy Hutchinson, l’ancien président américain qui vit désormais dans sa demeure de Mar-a-Lago l’a critiquée, assurant que son témoignage n’était nourri que par la rancoeur de n’avoir pu travailler pour lui après sa présidence : «Quand elle a demandé à venir travailler avec certains autres membres de mon équipe en Floride, j’ai personnellement refusé sa demande», a-t-il écrit.

Reste désormais à savoir quelles conséquences le témoignage de Cassidy Hutchinson aura pour Donald Trump, qui multiplie les meetings à travers les États-Unis pour peser dans les élections de mi-mandat de novembre prochain, perçues comme un tremplin pour asseoir son emprise sur le parti républicain en vue de la présidentielle de 2024. Le milliardaire a, jusqu’à présent, échappé à toute mise en examen dans le cadre de la commission d’enquête, après avoir été mis en accusation par la Chambre des représentants -mais acquitté grâce au soutien des républicains du Sénat- pour «incitation à l’insurrection».

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