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Nucléaire : la Belgique va-t-elle enfouir ses déchets les plus dangereux ?

Guidés par Maarten Van Geet, manager RD&D à l’Ondraf, à 225 mètres sous terre, les galeries souterraines d’HADES à Mol (province d’Anvers), où l’on étudie la faisabilité et la sûreté du stockage géologique des déchets nucléaires les plus dangereux. | © Ronald Dersin.

Société

Quelques milliers de mètres cubes de déchets hautement radioactifs et/ou à longue durée de vie empoisonnent la vie du gouvernement fédéral. Où et comment les stocker en sécurité alors qu’ils resteront dangereux pendant des centaines de milliers d’années ? Comment ne pas impacter les générations futures ? La solution d’un enfouissement définitif est-elle la bonne ? « C’est le chantier le plus long, le plus délicat et le plus cher de l’histoire du nucléaire en Belgique. Vu l’importance des enjeux, j’ai la conviction profonde que le processus de décision doit être participatif », nous dit la ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten.

Dans la mythologie grecque, Hadès règne sous la terre. C’est le maître des Enfers. Ce dieu souterrain empêche les morts enfouis dans son royaume de revenir à l’air libre, étant entendu qu’un tel retour remplirait les hommes de terreur. En Belgique, HADES (pour High Activity Disposal Experimental Site for Radioactive Waste) est le nom qui a été donné à des galeries creusées à 225 mètres de profondeur dans le sous-sol argileux de Mol (province d’Anvers). C’est là que, depuis plus de quarante ans, des scientifiques et autres ingénieurs mènent des recherches sur le stockage géologique des déchets nucléaires les plus encombrants. Les « colis » qu’ils envisagent d’enfouir en Belgique – dans un endroit encore indéterminé et, au plus tôt, dans une cinquantaine d’années – contiendront des matériaux hautement radioactifs à longue durée de vie : 9 100 m³ de déchets B et 2 800 m³ de déchets C. Cette terminologie désigne notamment le combustible usé, mais aussi des éléments fortement activés provenant des centrales de production d’électricité (cuve, canalisations, béton). Ce sont les résidus de l’activité nucléaire les plus dangereux pour les hommes et l’environnement. Et certains d’entre eux le resteront pendant des centaines de milliers, voire un million d’années !

Repères temporels : l’Homo sapiens, notre espèce, a fait son apparition sur terre il y a environ 300 000 ans. L’homme de Néandertal nous avait précédé de 100 000 à 200 000 ans. Quand on parle d’un million d’années dans le passé, on se rapproche de l’époque où apparurent les premiers primates du genre « Homo », celle de notre séparation de la lignée des singes. On sait finalement très peu de choses de ce passé lointain et on comprend aisément qu’à l’inverse, il est tout à fait illusoire d’envisager ce que sera l’état de la planète, ce que sera l’humanité – pour autant qu’elle subsiste – dans des centaines de milliers d’années. Aussi, on se rappellera que toutes les grandes civilisations ont fini par s’effondrer et que cela a systématiquement impliqué des pertes de savoir immenses. On constatera encore, tel un témoignage de l’impermanence des choses et une invite à questionner l’orgueil des hommes, que les constructions humaines les plus anciennes qui sont encore debout ont moins de 5 000 ans.

« On ne va tout de même pas les lancer dans l’espace, ce qui serait peu éthique et sans doute très dangereux »

Ici et maintenant, comment allons-nous faire pour ne pas laisser un cadeau empoisonné, une bombe à retardement à ceux qui nous succéderont dans un futur proche, mais aussi dans un avenir très éloigné ? Voilà de quoi donner le vertige à des décideurs politiques plus habitués à réfléchir en termes de législature que d’éternité (lire plus bas notre entretien avec la ministre fédérale belge de l’Énergie, Tinne Van der Straeten). Ce questionnement est aussi central pour les responsables de l’Ondraf, l’Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies. « Notre mission est d’assurer une gestion sûre de tous les déchets nucléaires en Belgique. Vu les enjeux, nous devons développer une vision qui embrasse à la fois le court et le très long terme », confirme Sigrid Eeckhout, la porte-parole de cette structure publique.

Tandis que nous entrons dans l’ascenseur qui va nous faire plonger dans l’antre d’HADES, son collège Maarten Van Geet, manager RD&D à l’Ondraf, nous entretient du concept de « sûreté passive » : « Il est impossible de prévoir l’avenir climatique, social et politique sur une durée aussi longue que la vie de ces déchets hautement radioactifs. Il faut donc trouver une solution de stockage qui permette de s’affranchir de ces incertitudes et ne représentera aucune charge pour les générations futures. C’est de ce postulat qu’est née l’idée d’enfouir très profondément ces déchets dans des couches géologiques stables, où ils demeureront isolés des hommes. Depuis plus de quarante ans, en collaboration avec leurs collègues du SCK/CEN (Centre d’études nucléaires), les experts de l’Ondraf ont mené de très nombreuses expériences dans ce laboratoire souterrain. Ces recherches à grande échelle et à long terme sur la faisabilité de ce stockage dans un sous-sol argileux nous permettent clairement de recommander cette solution. Elle assurera une sûreté définitive. »

Pour notre hôte, les choses sont claires : « Il n’existe aucune alternative raisonnable au stockage géologique des déchets les plus radioactifs. On ne va tout de même pas les lancer dans l’espace, ce qui serait peu éthique et sans doute très dangereux. Les garder en surface nous condamnerait à reconstruire de nouvelles installations d’entreposage tous les cent ans et donc à laisser à nos successeurs un lourd héritage en termes de maintenance. Dès lors, la solution de l’enfouissement est la meilleure. Celle-ci fait d’ailleurs l’objet d’un large consensus international, tant au niveau scientifique que politique. Des pays comme la Suède et la Finlande ont déjà déterminé l’endroit où se trouveront leurs galeries souterraines de stockage. Procrastiner encore pendant quelques années ne permettra pas de prendre une meilleure décision. »

Avec Maarten Van Geet, dans le laboratoire souterrain de Mol : « La solution de l’enfouissement est la meilleure. Celle-ci fait d’ailleurs l’objet d’un large consensus ».  © Ronald Dersin.

Alors que nous écoutons cette mélodie en sous-sol, nous ressentons quelques sueurs froides. Nous songeons à un reportage télé très ancien que nous avons visionné avant cette rencontre. Réalisé en mars 1973, il est visible sur le site de la Sonuma. À cette époque où l’on n’avait pas encore commencé à creuser les galeries d’HADES, la journaliste Françoise Van De Moortel s’était, elle aussi, rendue à Mol. C’était alors le temps – oublié – où la Belgique et d’autres pays balançaient les déchets nucléaires dans les grandes profondeurs de l’océan Atlantique (entre 1960 et 1982, 55 324 conteneurs belges ont été immergés sur sept sites différents lors de quinze opérations de largage). Il y a cinquante ans, comme nous aujourd’hui, feu notre consœur avait rencontré des interlocuteurs très rassurants, dont un certain M. De Maere, chef du projet au CEN.

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Cet expert du temps jadis disait, péremptoire : « La solution qui a été adoptée consiste à lancer ces déchets dans l’océan. Et les études qui ont été faites à ce sujet permettent de penser qu’il n’y a strictement aucun danger. » Mais à la suite d’une prise de conscience internationale (Convention de Londres de 1972, complétée en 1983), cette pratique fut interdite pour protéger la santé humaine et l’environnement. Bilan de ces premières opérations d’évacuation ? On sursaute en lisant sur le site l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire) qu’« en 2000, l’ONG Greenpeace a procédé à une exploration du site (d’immersion, NDLR) utilisé en 1960 et 1962 par la Belgique. Une dégradation importante des fûts a été observée à l’époque. » Mais ce qui surprend plus encore, c’est de lire sous la plume du gendarme nucléaire que « par manque d’informations historiques, il est difficile d’estimer le contenu précis des conteneurs de déchets radioactifs immergés par la Belgique. Leur activité au moment de l’immersion garantit qu’il s’agit essentiellement de déchets faiblement radioactifs, et éventuellement de déchets moyennement radioactifs. Le contenu exact de ces conteneurs n’est donc plus connu. »

Greenpeace : « Des questions techniques majeures ne sont pas réglées »

Quoi qu’il en soit, depuis 1983, tous les déchets nucléaires belges restent sur le sol national et, comme la grande majorité des pays qui doivent gérer ce risque majeur de pollution, la Belgique s’est mise à étudier leur enfouissement dans les entrailles de la terre. Pour Greenpeace, les projets de stockage géologique étudiés en Belgique ou ailleurs dans le monde se caractérisent tous par des défaillances en termes de sécurité : « Des questions techniques majeures ne sont pas réglées, telles que l’incapacité des conteneurs à résister à la corrosion et à éviter tout rejet de radioactivité dans l’environnement », estimait l’ONG dans un rapport publié en janvier 2019, lequel était le fruit de la consultation de plusieurs experts indépendants.

À l’époque, Shaun Burnie, chargé de campagne de Greenpeace Allemagne et coordinateur de cette étude, déclarait que « les dangers communs de ces projets, aussi bien durant la phase opérationnelle (c’est-à-dire pendant les cent premières années au cours desquelles les infrastructures souterraines sont construites et remplies avec les déchets nucléaires) qu’à très long terme, sont les suivants : risques d’incendie, y compris explosion ; défaillance des conteneurs et rejet de gaz radioactifs dans l’environnement ; risques d’inondation qui auraient un impact sur les conteneurs et pourraient provoquer une contamination de l’environnement ; défis techniques concernant la robustesse et la résistance à la corrosion des conteneurs de stockage ; concept de réversibilité (qui permettrait de sortir les déchets si une option moins mauvaise était trouvée) fondamentalement défectueux, au-delà de quelques générations. »

Aujourd’hui, Mathieu Soete, expert en énergie au sein de Greenpeace Belgique, ne nous dit pas autre chose : « On ne dispose pas de garanties suffisantes pour affirmer que le stockage géologique est sûr en termes de protection de l’environnement et des êtres humains. Au demeurant, dans notre pays, c’est aussi l’avis de l’AFCN. » Notre interlocuteur fait référence à une note externe de l’AFCN rédigée le 15 juin 2020, qui fait une évaluation très nuancée des enjeux. On y lit que « le stockage géologique, que ce soit en galeries ou forages profonds, constitue l’option de gestion à long terme la plus sûre pour les déchets radioactifs de haute activité et/ou de longue durée de vie », mais aussi que « lors des étapes ultérieures du processus décisionnel, la sûreté d’un stockage géologique sur le territoire belge ou d’un stockage multinational devra encore être démontrée ».

Toutefois, lors de notre balade dans les souterrains d’HADES, Maarten Van Geet, balaie les objections au stockage géologique. « Il faut bien comprendre que l’Ondraf n’est pas pour ou contre le nucléaire. Notre mission est de trouver une solution durable pour ces déchets. Si nous proposons de les enfouir en profondeur dans une couche argileuse, c’est bien parce que nous avons mené pendant quarante ans tous les tests qui permettent d’exclure des risques, que ce soit en termes de migration significative des radionucléides vers la surface – grâce à la capacité de barrage de l’argile et nonobstant l’inévitable corrosion des conteneurs – ou de risques d’incendie, d’explosion ou de tout autre accident pendant la phase opérationnelle. Il va de soi que des études approfondies seront encore menées sur le lieu d’enfouissement, lequel reste à déterminer. Mais, in fine, au stade ultime de ce projet, quand tout sera sous terre, il pourrait y avoir un tremblement de terre, un changement climatique radical, voire la disparition de l’humanité en surface que cela ne changerait rien à la sûreté du stockage. »

Maarten Van Geet détaille la composition des superconteneurs conçus pour envelopper les déchets « C », soit les plus dangereux : une première couche métallique de 3 cm, doublée d’une couche de 70 cm de béton, triplée d’une épaisseur d’inox de 6 mm. Ces « colis » pèseront entre 60 et 80 tonnes et seront stockés dans des galeries perpendiculaires au tunnel principal. In fine, le vide restant entre les parois et les conteneurs devrait être cimenté. L’opération serait donc difficilement réversible si l’on devait trouver une meilleure solution à l’avenir. C’est là une des objections de ceux qui s’opposent à ce projet. Ronald Dersin.

La ministre : « Notre responsabilité collective est de ne pas pénaliser ceux qui nous suivront sur cette planète »

On le comprend, au même titre que d’autres dossiers – les dépenses militaires, les pensions, etc. –, la gestion à long terme des déchets nucléaires les plus radioactifs est une épine dans le pied du gouvernement fédéral. Et on imagine à quel point elle peut paraître gênante dans un attelage où coexistent des partis de sensibilités diverses par rapport au nucléaire. Dès lors, en avril dernier, un accord de compromis typiquement « vivaldien » a été entériné : la Belgique s’engage officiellement vers le stockage géologique, mais il est d’ores et déjà envisagé que cette décision de principe puisse être revue dans les années à venir. Pour bien comprendre les subtilités de cet accord politique très nuancé, nous nous sommes entretenus avec la ministre fédérale de l’Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen).

Paris Match. Les décisions à prendre dans ce dossier vont engager pour des centaines de milliers d’années. Est-ce que cela ne vous donne pas un peu le vertige ?

Tinne Van der Straeten. Ce qui me donne d’abord le vertige, c’est que ce dossier des déchets nucléaires hautement radioactifs et/ ou à longue durée de vie n’a pas du tout été traité pendant les vingt dernières années. Je me suis retrouvée comme une architecte devant un nouveau chantier. Et en plus, ce chantier est le plus long, le plus délicat et le plus cher de l’histoire du nucléaire en Belgique ! Vu l’importance des enjeux, j’ai la conviction profonde que le processus de décision doit être participatif et que les citoyens – en ce compris des experts, et mêmes des philosophes – devront être impliqués dans un grand débat national. Prendre une option définitive, en vase clos, en snobant la société civile, me paraît totalement exclu. Car, comme vous le dites, la direction que l’on prendra engagera pour une durée inimaginable. Comment se projeter aussi loin ? Nos décisions pourront avoir un impact sur des centaines de générations futures. C’est comme si nous devions gérer aujourd’hui des déchets très dangereux laissés par les hommes de Néandertal. On ne serait pas heureux s’ils nous avaient laissé un tel héritage. Notre responsabilité collective est de ne pas pénaliser ceux qui nous suivront sur cette planète dans les prochains siècles.

La ministre fédérale de l’Energie Tinne Van der Straeten lors d’une visite du laboratoire HADES. © BELGA PHOTO ROBBE VANDEGEHUCHTE

L’Ondraf préconise une solution de stockage géologique. Quelle est la position du gouvernement fédéral à cet égard ?

Lors du Conseil des ministres du 1er avril dernier, nous avons statué sur cette question, car il était important de ne plus tarder. D’une part, nous devions prendre en considération un rapport de l’Ondraf qui avait déjà été adressé au précédent gouvernement, lequel n’y avait donné aucune suite. D’autre part, nous étions mis en demeure par l’Union européenne qui, depuis des années, demande à la Belgique de définir sa politique de gestion à long terme de ces déchets nucléaires hautement radioactifs. Ce contexte serré nous a amené à rédiger un arrêté royal qui prend acte du concept de stockage profond étudié par l’Ondraf (celui-ci devrait être adopté définitivement par le gouvernement lors de la prochaine rentrée, NDLR).

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Pour le dire plus clairement, s’agit-il d’une décision de principe favorable à l’enfouissement de ces déchets ?

En effet, il s’agit d’une décision de principe, ce qui veut dire qu’elle est réversible. En quelque sorte, le stockage en profondeur est le point de départ d’une longue réflexion qui devra être collective. Ce souhait de ne pas figer les choses dès à présent est d’ailleurs partagé par les gouvernements régionaux. Il y a encore tellement d’éléments à prendre en compte : l’endroit de stockage, la profondeur, le temps durant lequel on pourrait récupérer ces déchets si l’on devait faire marche arrière… Toutes ces étapes décisionnelles vont prendre des années. Pendant ce temps, il faudra rester ouvert à d’autres solutions qui pourraient encore apparaître. Aussi, il faudra tenir compte des apports du processus participatif que nous allons mettre en place. On n’avancera pas dans ce dossier sans que la société belge dans son ensemble soit impliquée.

Dans un rapport stratégique publié en avril 2020, l’Ondraf affirme qu’« il n’existe aucune alternative raisonnable » au stockage géologique…

Je constate surtout que le stockage profond est la seule solution qui a été étudiée par l’Ondraf. C’est dommage, car cette hypothèse ne présente pas que des avantages. Un jour, il faudra bien creuser quelque part, dans une commune en Belgique, et on peut supposer que ce ne sera pas si facile de trouver un endroit à la fois bien configuré sur le plan géologique et où cela sera accepté socialement. En plus du grand dialogue national, nous ne pourrons pas éviter des consultations de la population sur le plan local. Par ailleurs, nous avons demandé à l’Ondraf de s’impliquer davantage dans des collaborations internationales avec des pays confrontés au même défi que nous. Il s’agit de mieux partager les informations et les expertises. Il n’est pas exclu qu’une solution de stockage internationale finisse par apparaître, même si ce n’est pas évident. Pour cela, il faudrait lever certains obstacles liés aux législations nationales. Par exemple, la France interdit de stocker sur son territoire tout déchet nucléaire provenant de l’étranger.

Comme allez-vous organiser ce grand débat national qui vous est cher ?

Je mise sur l’expertise d’un intervenant neutre : la Fondation Roi Baudouin. Il y a plus de dix ans, elle a déjà organisé des consultations sur la question du nucléaire. Ce processus participatif prendra la forme d’un dialogue social où interviendront de nombreuses parties : citoyens (grâce à des panels représentatifs), acteurs institutionnels, monde industriel, monde académique, producteurs de déchets nucléaires. Il est essentiel de créer cette interaction entre la société civile et les experts, quel que soit leur milieu, pour parvenir à la formulation de recommandations portées par l’ensemble des participants.

« La personne qui me succédera ne sera pas, comme moi, devant une page blanche »

C’est pour quand ?

J’ai l’ambition de lancer ce processus avant la fin de l’année.

Selon les projections du gouvernement fédéral, cette large consultation du ressenti des Belges devrait durer au moins dix-huit mois. Autrement dit, elle n’aboutira pas pendant cette législature.

De toute manière, il n’a jamais été question de trancher toutes les questions relatives au stockage de ces déchets B et C dans le courant de cette législature. Mais il était temps de lancer la machine et c’est ce que nous sommes en train de faire. Ainsi la personne qui me succédera ne sera pas, comme moi, devant une page blanche.

Le gouvernement qui sera aux commandes du pays après les élections de 2024 sera-t-il obligé par les résultats du processus participatif ?

Si l’on consulte, ce n’est pas pour faire une opération de communication. J’estime qu’il serait politiquement avisé, pour le gouvernement futur, de suivre l’avis exprimé. Mais s’il ne le fait pas, il devra s’en expliquer de manière motivée. C’est explicitement prévu par l’arrêté royal que nous sommes en train de finaliser. L’histoire d’autres déchets, ceux de catégorie A (de moins longue vie et moins radioactifs que les B et C, NDLR), a montré qu’on a pu avancer utilement dans le sens de leur stockage à Dessel grâce à une bonne prise en compte à la fois du ressenti et des questionnements de la population locale.

Si c’est l’enfouissement qui est choisi, quand commencera-t-il effectivement ?

Cela pourrait débuter dans plus de cinquante ans pour se terminer au XXIIe siècle (voir encadré).

Quel sera le coût global de la gestion de ces déchets hautement radioactifs ?

Pour l’instant, on l’estime à 41 milliards d’euros.

Qui va payer ?

C’est le principe du pollueur-payeur : la charge financière sera complètement portée par les producteurs de ces déchets nucléaires. En d’autres termes, Engie-Electrabel ne pourra pas échapper à ses responsabilités.

Horizon 2077

HADES, le laboratoire souterrain de Mol, est une installation de recherche. On n’y stockera aucun déchet hautement radioactif. Pour l’heure, la plupart d’entre eux se trouvent à Tihange, dans une piscine de refroidissement qui arrive à saturation, et à Doel, en surface. Les propos de la ministre de l’Énergie confirment que ce ne sera pas pendant l’actuelle législature qu’on décidera de leur destination finale. Ce n’est qu’en 2024 ou 2025 que l’option du stockage géologique pourrait être éventuellement choisie définitivement par les autorités fédérales. Mais une telle avancée n’équivaudrait pas à déjà couper le ruban d’un chantier d’excavation : encore faudra-t-il trouver l’endroit où creuser la grande oubliette ! Ce qui impliquera de prendre en compte des enjeux géologiques et démocratiques, étant entendu qu’il faudra dénicher une commune belge favorable à ce que l’on investisse son sous-sol. Ensuite, l’Ondraf et le CEN devront mener des études de faisabilité, qui seront soumises à de nouvelles demandes d’autorisation et feront, sans nul doute, l’objet de nouveaux débats politiques.

Dans un calendrier fourni au gouvernement, l’Ondraf estime qu’en tenant compte des éléments précités, le stockage géologique des déchets B ne pourrait commencer qu’en 2077, tandis que les colis de type C ne seraient confiés au dieu des Enfers qu’au début du XXIIe siècle. Ce qui implique aussi qu’il faudra assurer un stockage en surface sécurisé jusque-là. Or, beaucoup de ces déchets sont actuellement encore gérés par un opérateur privé. Comment cela se passera-t-il, en termes de sûreté, dans les années qui suivront le démantèlement des centrales de Doel et Tihange ? C’est un autre enjeu important qui devra être pris en compte par les décideurs politiques belges.

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