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Le cauchemar des enfants de Chowchilla, kidnappés et enterrés vivants : leur bourreau libéré

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Dans cette photo d'archive du 17 juillet 1976, deux élèves du district scolaire de Dairyland Union, qui faisaient partie des 26 écoliers, et leur chauffeur de bus qui ont été enlevés et enterrés dans un camion sous terre.

Société

Frederick Woods, l’un des trois hommes reconnus coupables d’avoir enlevé un autobus scolaire rempli de 26 enfants et leur chauffeur à Chowchilla, en Californie, en 1976, va bientôt être libéré.

D’après un article Paris Match France de Clémentine Rebillat

Frederick Woods sera bientôt un homme libre. Agé de 70 ans, cet Américain a été entendu par une commission des libérations conditionnelles qui a décidé d’accepter sa requête. Il avait comparu à dix-huit reprises devant cette commission et n’avait jusque-là jamais reçu l’autorisation d’être relâché, indique le Los Angeles Times. La date prochaine de sa libération n’a pas été révélée, pour des raisons de sécurité.

Fred Woods a marqué l’histoire des faits divers américains avec deux autres complices, en commettant l’inimaginable. Le 15 juillet 1976, un bus scolaire avec à son bord le chauffeur, Ed Ray, et 26 enfants de 5 à 14 ans a été pris en otage. Les petits passagers venaient tous de l’école de Chowchilla, en Californie, et traversaient une route de campagne du comté de Madera, aux alentours de 16 heures, lorsqu’ils sont tombés sur leurs bourreaux. Ils revenaient d’une sortie baignade au parc des expositions et n’imaginaient pas la tragédie qu’ils s’apprêtaient à vivre. Sortis de force du bus, ils ont été transportés, durant 11 heures, dans deux camionnettes différentes. Puis, une fois arrivés sur le lieu choisi par les trois suspects, ils ont été mis dans un camion de déménagement, qui était enterré dans une carrière de roche de Livermore. Leur bus, lui, a été découvert vide, caché sous du bambou et des broussailles dans un fossé. De quoi plonger les familles des élèves dans l’horreur.

L'intérieur de la camionnette qui a été utilisée comme prison pour les 26 écoliers kidnappés de Chowchilla et leur chauffeur de bus à Livermore, en Californi
L’intérieur de la camionnette qui a été utilisée comme prison pour les 26 écoliers kidnappés de Chowchilla et leur chauffeur de bus à Livermore, en Californie. ©Jim Palmer/AP/SIPA

Durant 16 heures, les enfants ont vécu l’enfer. Seize heures pendant lesquelles les victimes, enterrées vivantes, ont tout fait pour s’échapper, creusant dans la terre jusqu’à ce que le jeune Michael Marshall, 14 ans, et le chauffeur, parviennent à refaire surface et à contacter les secours. Tous ont ensuite été pris en charge et reconduits, sains et saufs à Chowchilla par un bus escorté par la police peu avant l’aube du 17 juillet 1976. L’enquête a révélé à l’époque que ce qui est devenu la plus grosse histoire d’enlèvement des Etats-Unis, avait été en partie inspirée par le film Dirty Harry. Le plan des trois suspects était de garder les enfants captifs dans le camion transformé en bunker souterrain afin de réclamer une rançon de 5 millions de dollars.

L’arrestation des suspects

Après avoir mis les enfants à l’abri, la police est retournée sur les lieux où ils avaient été enterrés et ont découvert que le camion avait été placé là dès le mois de novembre 1975. Ils se trouvait sur un terrain appartenant à Frederick Nickerson Woods, dont le fils Fred Newhall Woods IV, alors âgé de 24 ans, était porté disparu. Les autorités ont lancé une alerte le concernant, ainsi que pour ses complices et amis, James Schoenfeld, 24 ans, et son frère Richard Schoenfeld, 22 ans, tous les deux fils d’un éminent podologue.

Les secours retirent un camion enterré dans une carrière de pierres à Livermore, en Californie, dans laquelle 26 écoliers de Chowchilla et leur chauffeur de bus, Ed Ray, étaient retenus captifs.
Les secours retirent un camion enterré dans une carrière de pierres à Livermore, en Californie, dans laquelle 26 écoliers de Chowchilla et leur chauffeur de bus, Ed Ray, étaient retenus captifs. © James Palmer/AP/SIPA

Le plus jeune des trois s’est rendu quelques jours plus tard de lui-même à la police d’Oakland. Son frère, lui, a été arrêté à Menlo Park alors qu’il s’apprêtait lui aussi à se rendre. Quant à Fred Woods, il a été interpellé le 29 juillet à Vancouver, en Colombie Britannique, où il avait déjà pris la fuite. Un an après les faits, en 1977, les trois jeunes hommes ont plaidé coupable d’enlèvement dans le but de demander une rançon et ont été condamnés à la prison à vie. En juin 2012, Richard Schoenfeld a toutefois obtenu sa libération conditionnelle, tout comme son frère en août 2015. Seul Fredrick Woods se trouvait toujours en prison, dans le comté de San Luis Obispo.

L’avocate « ravie »

Dominique Banos, avocate de Fred Woods, s’est dite «ravie» de la décision du conseil de lui accorder une libération conditionnelle, qui, selon elle, est le fruit des «remords démontrés» de la part du condamné ainsi que de sa participation «à des séances de thérapie». «En somme, Monsieur Woods a montré un changement de caractère, une grande maturité, et des remords face à l’arrogance et les mauvais choix qu’il a faits il y a près de 50 ans», a déclaré l’avocate dans un communiqué. La procureure du district du comté de Madera, Sally Moreno, était pour sa part contre la remise en liberté du prisonnier. «Il est difficile d’exprimer tout ce que je ressens – toute la souffrance qu’il a causée à ces enfants tout au long de leur vie, qui se poursuivra sans relâche; son incapacité persistante à conformer son comportement aux règles et son manque de réhabilitation ; son incompréhension évidente concernant l’impact de ses actes sur les autres, comme en témoigne la totalité de sa conduite en prison», a-t-elle déclaré. Elle a rappelé qu’au cours de son incarcération, il a été puni pour avoir enfreint les règles à plusieurs reprises, notamment en mettant en place un trafic au sein de la prison en 2019 ou encore en faisant entrer des téléphones portables.

Fredrick Woods, ici pris en photo en 2015.
Fredrick Woods, ici pris en photo en 2015. ©AP/SIPA

En 2015, plusieurs victimes avaient confié leur traumatisme à CNN. Darla Neal, qui avait 10 ans à l’époque, avait raconté souffrir «d’une extrême anxiété» rendant sa vie impossible. «Je suis parfois submergée au point que je doive quitter le travail. Je me dis que je devrais pouvoir surmonter ça. Mais voyez comme je suis, perdue», avait-elle dit. «Ils ont volé notre enfance. Tout a été troublé», avait de son côté confié Jodi Heffington-Medrano, 10 ans également au moment des faits. Jennifer Brown, elle, avait commenté auprès de Fox news avoir désormais «50 ans mais avoir encore des crises de panique quand (elle) se trouve dans la voiture avec (son) mari». Auprès de CBS, en 2020, elle avait ajouté s’être sentie durant son enlèvement «comme un animal qui allait à l’abattoir». Larry Park, 6 ans, s’est remémoré lui aussi sur CBS les instants de cauchemar vécus à l’époque : «Leurs yeux avaient l’air vides. C’était comme regarder la mort.» Tous ont raconté, dans leurs témoignages de l’époque et leurs souvenirs d’aujourd’hui, que l’endroit où ils avaient été enterrés avait été surnommé «le trou» par les suspects.

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