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MH370 : Le combat des familles se poursuit après la fin des recherches

Ghyslain Wattrelos en mars 2015, lors d’une marche silencieuse devant l’Elysée, un an après le crash de l’avion. | © AFP PHOTO / THOMAS SAMSON

Société

Ghyslain Wattrelos a perdu sa femme et deux de ses enfants lors de la disparition du vol MH370. Pour Paris Match, il réagit à l’annonce de la fin des recherches sous-marines annoncées le 17 janvier dernier par les gouvernements Australiens, chinois et Malaisiens.

D’après un article PARIS MATCH FRANCE de Interview Gaëlle Legenne

Paris Match. Les gouvernements australien, malaisien et chinois ont annoncé la suspension des recherches sous-marines pour retrouver le vol MH370, comment avez-vous réagi à cette annonce ?
Ghyslain Wattrelos.
Je m’y attendais. Ils ont cherché au mauvais endroit pendant plus de deux ans. C’était un fiasco annoncé, avec des millions dépensés, pour, sans doute, des intérêts qui n’allaient pas totalement dans le sens de la recherche du MH370. Cela prouve une chose dans un premier temps : les données transmises par « Inmarsat » [ndlr : une entreprise britannique de télécommunications par sattelite] étaient incomplètes ou tout simplement fausses. Mais ça, aucun officiel n’ose vraiment l’admettre. Inmarsat semble intouchable. Et personne ne s’offusque que leurs données initiales n’aient jamais été transmises. Personne ne leur demande pourquoi. Ce sont simplement les résultats de leurs analyses qui ont été transmises aux enquêteurs. Depuis des mois, un scientifique océanographe alertait sur le fait que les recherches devaient changer de cap et se déployer plus au nord de l’Océan Indien. Et il n’est pas le seul ! L’Australie a finalement dû admettre le 20 décembre dernier, qu’après la découverte de tant de débris sur les côtes Africaines, que la zone de recherche devait s’effectuer plus au nord. Mais pour autant, aucune recherche officielle n’a été initiée dans ce sens. Donc là, si j’interprète, ils nous disent en gros : On arrête les recherches, on s’est trompé. Bon courage.

Des gens savent sur cette planète

Quelle est la prochaine étape pour les familles ?
C’est maintenant que le combat commence ! Jusqu’ici, on n’avait rien, pas de réponse, mais on savait que des gens cherchaient. Pas forcément au bon endroit, on espérait donc que les recherches aillent plus au nord. Ça n’a pas été le cas. Mais jusqu’ici, une équipe était officiellement mobilisée. Ça comptait. Maintenant c’est différent. Pour nous les familles, il nous faut une réponse et on n’abandonnera jamais. On a mis en ligne une pétition et à présent, il faut aller chercher d’autres alliés. Concrètement, il faut aller chercher des gens qui savent. Car des gens savent sur cette planète. Soyons sérieux, un avion ne disparaît pas comme ça.

©AFP PHOTO / FRED DUFOUR – Une proche de passagers disparus à bord du vol Malaysia Airlines 370, lors d’une rencontre à Pékin le 18 janvier 2017, au lendemain de l’annonce des autorités de l’arrêt des recherches.

Comment vivez-vous ce combat au quotidien ?
Je suis occupé et je travaille chaque jour sur la découverte de la vérité, voilà mon quotidien. Mais j’ai compris que ça prendrait du temps et je l’accepte maintenant. Les premiers débris découverts sont précieux. Plus nous auront de débris et plus nous pourrons affiner la zone du crash. Il faut continuer les recherches de débris, cela coûte d’ailleurs beaucoup moins cher que des recherches en mer. Concernant la vie de tous les jours, il y a des situations un peu kafkaïennes parfois. Ça semble anodin, mais par exemple les impôts m’ont demandé de déclarer ma « famille décédée » alors que je n’avais pas encore les certificats de décès. Même problème avec la mairie de Paris qui refuse de me donner une concession, car je n’ai pas de corps.

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C’est la Malaisie qui est officiellement chargée de l’enquête, mais en France, vous avez déposé une plainte, il donc y a une enquête ici aussi. Vous avez pu rencontrer les juges chargés du dossier ?
Oui. C’est un point intéressant, car on a effectivement vu les juges il y a quelques jours, avec les autres parties civiles françaises. Il y avait les trois juges, le nouveau juge anti-terroristes et les deux juges « accident collectif ». Ils bossent et c’est bien de les sentir avec nous. Ils nous ont dit qu’ils avaient contrôlé tous les passagers, vérifié les vidéos. Par exemple, les iraniens avec les faux passeports, ils les mettent totalement hors de cause. Les gars se sont retrouvés là, mais ils viennent d’une filière de migration bien connue, notamment en Allemagne. Il y a encore des passagers à vérifier. Mais ils travaillent dessus. Je dois aussi saluer le travail de la gendarmerie de l’air qui est aussi en train de faire un gros boulot d‘analyse en étudiant toutes les possibilités. J’ai rencontré des gens qui bossaient et qui cherchaient. Ce soutien est important. Même s’ils n’ont toujours pas de réponse d’Inmarsart qui, comme je vous l’ai dit n’a jamais voulu transmettre leurs données. Je crois que pour nous tous, familles, enquêteurs, le combat pour la vérité ne fait que commencer…

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