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Iran : Le cri de colère de l’actrice Golshifteh Farahani

Golshifteh Farahani

Golshifteh Farahani en mai 2018. | © LOIC VENANCE / AFP

Société

L’actrice iranienne Golshifteh Farahani a exhorté les féministes à réagir à ce qui se passe en Iran où la répression des manifestations a déjà fait plus de 75 morts selon une ONG.

D’après un article Paris Match France de Yannick Vely

En exil depuis 2008 pour avoir osé tourner à Hollywood sous la direction de Ridley Scott, l’actrice iranienne Golshifteh Farahani a toujours ouvertement défendu la cause des femmes iraniennes. Ce mardi, elle est montée au créneau sur les réseaux sociaux pour exhorter les féministes de tous les pays à réagir. «Avez-vous déjà vu des hommes applaudir des femmes comme ça ? Soutenir des femmes comme ça ? Avez-vous déjà vu des hommes se battre pour des femmes de tout leur cœur ? Se faire tabasser ? Se faire tuer ? MOURIR littéralement pour les femmes ? Pour la liberté des femmes ?», a-t-elle d’abord tweeté, pour souligner le courage des hommes iraniens qui défendent les femmes de son pays.

«Comment peut-on se dire féministe ? Comment pouvez-vous demander l’égalité des droits pour les hommes et les femmes, soutenir #MeToo et être absent pour le mouvement #MahsaAmini (du nom de la jeune femme tuée par la police des moeurs, Ndlr) ? Cela n’a rien à voir avec la religion ou l’idéologie, le port ou non du Hijab. Il s’agit de la LIBERTÉ DE CHOIX pour les femmes et leur CORPS», a-t-elle ensuite expliqué. «C’est le mouvement mondial le plus suivi pour les femmes. Nous n’avons jamais eu un tel soutien de la part des hommes, spécialement dans une région où les pires choses arrivent aux femmes : le « Moyen-Orient ». Quoi qu’il arrive, ces jeunes garçons et filles en Iran sont victorieux. L’Iran est Victorieux», a conclu l’actrice.

Plus de 75 morts

Plus de 75 personnes ont été tuées en Iran dans la répression de la contestation déclenchée il y a onze jours par la mort d’une femme détenue par la police, selon une ONG, des pays occidentaux appelant Téhéran à cesser l’usage de la force. Les autorités iraniennes avancent de leur côté un bilan de 41 morts incluant des membres des forces de l’ordre. Elles ont aussi annoncé l’arrestation de plus de 1.200 manifestants. Des militants, avocats et journalistes ont aussi été interpellés selon des ONG.

Les protestations, qui ont repris lundi soir, ont éclaté le 16 septembre après le décès à l’hôpital de la jeune Iranienne de 22 ans, Mahsa Amini, arrêtée trois jours auparavant à Téhéran pour non respect du code vestimentaire strict pour les femmes en République islamique d’Iran. Selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, « au moins 76 personnes ont été tuées dans les manifestations » dont « six femmes et quatre enfants », dans 14 provinces du pays. L’IHR a affirmé avoir obtenu des « vidéos et des certificats de décès confirmant des tirs à balles réelles sur des manifestants ».

Depuis le décès de Mahsa Amini, des Iraniens manifestent tous les soirs à Téhéran et ailleurs dans le pays. De nombreux policiers casqués et armés de bâtons prennent alors position pour tenter d’empêcher les rassemblements. Certains manifestants lancent depuis des toits d’immeubles des slogans antigouvernementaux entrecoupés de « Femme, Vie et liberté », raconte Ali, un habitant de la capitale.

Lundi soir, les protestations ont été ponctuées des mêmes slogans de « Mort au dictateur » dans la capitale et dans d’autres villes, selon des témoins. A Sanandaj, chef-lieu de la province du Kurdistan (nord-ouest), d’où est originaire Mahsa Amini, des femmes sont montées sur des toits de voitures et enlevé leur voile, selon des images publiées par IHR. Aucune force de police n’était visible sur les images. A Tabriz (nord-ouest), des policiers tirant du gaz lacrymogène contre les manifestants apparaissent sur une vidéo diffusée par l’IHR, où l’on entend aussi des coups de feu.

De récentes vidéos des protestations publiées par l’AFP, ont montré la police anti-émeute frappant des manifestants à coups de matraque et des étudiants déchirant de grandes photos du guide suprême iranien Ali Khamenei et de son prédécesseur, l’ayatollah Khomeiny, père fondateur de la République islamique. Et d’après des groupes de défense des droits humains, elle a aussi tiré des plombs et à balles réelles sur les protestataires qui ont lancé des pierres, incendié des voitures de police et mis le feu à des bâtiments publics.D’autres images ont montré des femmes mettant le feu à leur voile, ou se coupant symboliquement les cheveux, encouragées par la foule, dans plusieurs villes. L’Iran dénonce des « complots étrangers » derrière le mouvement de contestation, pointant du doigt les Etats-Unis, son ennemi juré.

«Émeutiers»

Son chef de la diplomatie Hossein Amir-Abdollahian a critiqué « l’approche interventionniste des Etats-Unis dans les affaires de l’Iran », leur reprochant de soutenir « les émeutiers ». L’Union européenne a dénoncé l’usage « généralisé et disproportionné de la force » contre les manifestants, Berlin appelant les autorités iraniennes à « ne pas recourir à la violence ». Condamnant une « répression brutale », la France a dit examiner avec ses partenaires européens « les options disponibles en réaction à ces nouvelles atteintes massives aux droits des femmes et aux droits de l’Homme en Iran ».

Le président américain Joe Biden a dénoncé la répression des manifestations, se disant solidaire des « femmes courageuses d’Iran ». Et le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a dit sa « grande inquiétude » face à la « réponse violente (…) des forces de sécurité » ainsi que les « restrictions (…) sur les communications téléphoniques, l’Internet et les réseaux sociaux ». Mais les autorités iraniennes restent fermes. Samedi, le président conservateur Ebrahim Raïssi a appelé les forces de l’ordre à agir « fermement contre ceux qui portent atteinte à la sécurité et la paix du pays et du peuple ».

Après lui, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a exclu toute « indulgence » envers les instigateurs des « émeutes ». Néanmoins, le grand ayatollah Hossein Nouri Hamédani, important religieux conservateur et ardent défenseur de l’ayatollah Khamenei, a appelé les autorités à « écouter les demandes du peuple ». Les protestations sont les plus importantes depuis celles de novembre 2019, provoquées par la hausse des prix de l’essence en Iran, qui avaient été sévèrement réprimées (230 morts selon un bilan officiel, plus de 300 selon Amnesty International).

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