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Damien Ernst : « Le boulot de ministre de l’Énergie ne me déplairait pas »

Damien Ernst reçoit Paris Match dans l’appartement où il vit, à Liège, avec son mari. Un 60 m² relativement austère, peu décoré. « Je veux vivre de manière simple pour rester un homme simple », dit-il. | © Ronald Dersin.

Société

 

Mais d’où nous parle Damien Ernst ? Où ce chercheur de l’Université de Liège, omniprésent dans le débat sur la crise énergétique, puise-t-il son énergie ? Rencontre avec un travaillomane qui se verrait bien devenir ministre.

 

Paris Match. Damien, est-ce un prénom qui vous a été donné en référence au célèbre père, l’apôtre des lépreux ?

Damien Ernst. Oui, tout à fait. Je suis né dans une famille fort chrétienne. Mes parents étaient très engagés dans différentes associations. Nos conditions de vie étaient modestes, il n’y avait qu’un seul salaire qui rentrait, celui de mon père qui était enseignant. Ma mère, bien qu’elle eût une formation d’institutrice, était femme au foyer. Tous les deux avaient fort à cœur d’aider les plus démunis. Séduits par des mouvements comme la théologie de la libération, ils se sont toujours beaucoup impliqués dans des actions de solidarité. Ils étaient les adeptes d’une église moderne, engagée sur le terrain social, clairement de gauche.

Ils vous ont transmis leurs convictions religieuses ?

Durant ma petite enfance mais encore durant mon adolescence, j’ai beaucoup interagi avec des communautés chrétiennes. J’étais très impliqué. Je suis allé à l’église jusqu’à mes 18 ans. Dans ma famille, c’était inconcevable de ne pas se rendre à la messe. Toutefois, pendant mes études universitaires à Liège, j’ai pris beaucoup de distance par rapport à la religion.

« À 10-12 ans, avec mon frère et ma sœur, on pliait des tracts électoraux pour les Verts »

 

Vous êtes donc le produit d’un milieu plutôt progressiste ?

Oui, mes parents étaient ancrés à gauche. Ils étaient proches des milieux écologistes des années 1980. À 10-12 ans, avec mon frère et ma sœur, on pliait des tracts électoraux pour les Verts et on allait les déposer dans les boîtes aux lettres de notre village.

Cela se passait où ?

À la campagne, dans le village de Montzen, tout près de la frontière allemande. D’ailleurs, la langue usuelle de mes parents – des enfants de fermiers – était le « plattdeutsch » ou bas allemand, un patois en somme.

 

Témoignage d’un temps passé. Colette Ernst et ses trois enfants : Yves (à gauche), Damien et Anne-Cécile à droite. © Doc

Quelles sont les valeurs centrales de l’éducation que vous avez reçue ?

Des valeurs d’honnêteté et de partage. Mes parents étaient si idéalistes qu’ils auraient pu se faire avoir par des personnes mal intentionnées. En outre, s’ils n’étaient pas protestants, il y avait tout de même quelque chose de cela dans leur mode de pensée. Culturellement, ils étaient imprégnés d’influences germaniques. Cela se marquait par un véritable culte de la valeur travail. Mon père est quelqu’un de droit, de très strict. Il attendait de ses trois enfants qu’ils s’investissent à fond dans leurs études. Il y avait cette idée forte qu’être studieux permettait d’espérer une place dans l’ascenseur social.

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In fine, vous avez fait le job ?

Je le crois, oui. Mon frère Yves est devenu cardiologue, ma sœur Anne-Cécile est pharmacienne. Et moi, j’enseigne à l’université. Mais très honnêtement, nous avons bénéficié du fait que nos parents étaient enseignants. Il faut être objectif : l’ascenseur social n’est pas aussi aisé à prendre pour les enfants des cités. Il faudrait beaucoup plus soutenir les écoles de devoirs dans ce pays, l’accès au savoir étant une des clés de l’émancipation sociale.

Une enfance studieuse, suggérez-vous. Donc un peu terne ?

Pas du tout ! J’ai vécu une enfance globalement heureuse. Mon goût prononcé pour la science s’est manifesté très tôt, mais je n’étais pas le fort en maths qui s’isole dans ses cahiers. J’ai toujours bien aimé amuser la galerie. Disons que j’étais un enfant très « jouette » et en même temps fort appliqué. C’est que je n’ai jamais supporté l’oisiveté. De cette période de ma vie, je garde surtout le souvenir de moments chaleureux. Mon père enseignait l’allemand au collège Notre-Dame de Gemmenich et, parmi ses collègues, il y avait des pères oblats. Ils venaient souvent manger à la maison. Je me souviens de riches discussions pleines de bienveillance avec ces hommes de conviction.

Quel poster ornait votre chambre d’adolescent ?

Pas plus celui d’un groupe rock que d’un film culte, mais un dessin fait de ma main. Il représentait le physicien russe Andreï Sakharov. Dès l’âge de 10 ans, je me suis découvert une passion pour la physique. Les gros objets d’ingénierie me fascinaient, la bombe atomique notamment. Cela ne m’a jamais quitté. Quand je discute avec des ingénieurs, des gens qui construisent des choses, je suis comme un poisson dans l’eau. Certains visitent des musées, moi j’adore parcourir les usines à la découverte du fonctionnement de machines complexes.

« J’ai vu tous les films de science-fiction qui sont sortis durant ces dernières décennies »

 

Vous avez passé votre enfance à résoudre des équations ?

Pas seulement ! Il y avait plein de livres à la maison et j’adorais les bandes dessinées. Plus particulièrement les œuvres de science-fiction, qui m’emmenaient vers un futur plein de surprises et d’espoirs. Les plus beaux voyages sont ceux que vous faites dans votre tête.

Un livre vous a-t-il particulièrement marqué ?

La série de science-fiction « Aquablue ». Elle évoque la résistance d’un peuple indigène confronté à un envahisseur venu exploiter les ressources de son territoire. Surtout, elle prône un mode de vie authentique, en communion avec la nature sans pour autant rejeter le progrès technologique. Je me baladais avec bonheur dans cet univers cosmopolite peuplé d’êtres très divers, de machines, de vaisseaux spatiaux.

Un monde proche de celui de « Star Wars » ?

Parfaitement. D’ailleurs, j’aime aussi beaucoup le cinéma. J’ai vu tous les films de science-fiction qui sont sortis durant ces dernières décennies. Avec un goût particulier pour l’œuvre de James Cameron.

Une préférence pour « Terminator » ou pour « Avatar » ?

Pour « Terminator II », sans hésiter ! C’est une œuvre magistrale, au-delà de tout ce qui a pu être fait dans ce genre. Nulle autre fiction ne m’a permis d’autant m’évader. Et puis, j’ai un souvenir particulier par rapport à ce film, car j’en ai vu le premier épisode au ciné Palace de Liège alors que j’avais 15 ans. Venant de ma campagne, c’était la première fois que je mettais les pieds seul dans une grande salle et cela m’avait fortement impressionné. Je venais d’un autre monde, peut-être d’une autre époque : à la maison, il n’y avait qu’une petite télé qui n’était pas raccordée au câble, avec deux chaînes francophones et quelques chaînes allemandes. Quand on les regardait, mes parents nous faisaient des traductions simultanées.

La science-fiction a-t-elle été une source d’inspiration pour vos travaux scientifiques ?

En tous cas, elle a contribué au fait que j’aime autant la recherche, une démarche intellectuelle qui consiste, elle aussi, à plonger dans un univers encore inconnu, à discuter avec celui-ci, à écrire une histoire. Quand on fait de la recherche, on a le sentiment de participer à l’élaboration de mondes futurs qui pourraient finalement ressembler à ceux décrits dans les œuvres de science-fiction. Bien sûr, la science est très codifiée, elle est faite de règles incontournables, de rigueur. Mais à l’origine de toute démarche de recherche, il y a toujours une idée un peu audacieuse, voire un rêve. D’une certaine manière, la science-fiction invite les scientifiques à aller voir au-delà du cercle, à élargir les champs du possible.

Ce mariage de la créativité et de la rigueur, n’est-ce pas aussi l’apanage des grands artistes ?

Exactement. La recherche fondamentale et la création artistique répondent aux mêmes règles. Les grands compositeurs sont très inventifs mais ils sont aussi très précis, méthodiques, techniques. Je pourrais vous parler de Bach ou de Beethoven, mais je préfère encore un personnage comme Michael Jackson dont j’ai apprécié les tubes et, plus encore, le perfectionnisme, la recherche d’excellence dans son art.

Pas de blessure dans votre parcours de vie ?

Alors que j’avais 20 ans, ma mère est tombée fort malade. Le cancer l’a emportée au bout d’un long combat. Tous les hommes qui arrivent à un certain âge vivent ces séparations, mais là, c’est intervenu trop tôt. Je n’étais pas prêt. J’aurais aimé encore partager une tranche de vie avec elle.

« La possession matérielle m’indiffère »

 

Êtes-vous devenu l’homme que vous rêviez d’être ?

Je suis chanceux car j’ai pu construire ma vie comme je l’avais imaginée. Il y a tout de même beaucoup de personnes qui, à un moment donné de leur existence, que ce soit professionnellement ou amoureusement, sont obligés de poser des choix qui les contraignent et nourrissent des déceptions. Il y a très peu de jours où je me suis dit : « Damien, tu vas devoir faire un truc ennuyeux. » De toute manière, dès que quelque chose m’ennuie, je suis incapable de m’y atteler.

Possédez-vous un objet qui ferait office de madeleine de Proust ?

Non. À vrai dire, j’ai un rapport assez indifférent aux objets. Vous pouvez le constater : dans le petit appartement que je partage avec Adrian, mon mari, il n’y a pas beaucoup d’éléments de décoration.

Depuis quatorze ans, Damien Ernst vit au sixième étage d’un immeuble situé dans le quartier des Vennes, à Liège. Un lieu auquel il est fort attaché : « Je côtoie des gens qui sont parmi les plus affectés par la crise énergétique. Ce milieu de vie me permet de garder les pieds sur terre quand j’aborde le coût de l’énergie dans le débat public. » © Ronald Dersin.

C’est en effet spartiate ! Une simplicité volontaire ?

Tout à fait. Je n’aime pas les intérieurs surchargés. Et d’une manière générale, la possession matérielle m’indiffère. Ce n’est pas un nouveau canapé qui va me rendre plus heureux. En revanche, cela m’ennuierait profondément de passer du temps à lui chercher un successeur en parcourant les magasins de meubles. C’est la même chose avec ma vieille télé, âgée de 14 ans : pourquoi la remplacer alors qu’elle fonctionne encore très bien ? De toute façon, que ce soit pour l’alimentaire ou les vêtements, c’est toujours mon mari qui fait les courses. Il y a un paradoxe : j’aime vraiment bien ce qui est techno mais je n’ai rien de techno chez moi, à part le portable que j’installe sur la table de la salle à manger quand je télétravaille. Aussi, je ne possède pas une voiture de dernière génération avec toutes les applications. C’est mon style. Je veux vivre de manière simple pour rester un homme simple.

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En tant que professeur ordinaire à l’Université de Liège, vous gagnez bien votre vie. Que faites-vous de votre argent ?

Je crois que je suis assez généreux. Quand je vais avec des amis au restaurant, c’est souvent moi qui paie l’addition. Et je vous assure que cela peut partir assez vite. Bien sûr, j’ai quelques économies parce que, tout en travaillant à deux, mon mari et moi, nous nous contentons très bien d’un train de vie de l’ordre de 2 500 euros par mois, remboursement hypothécaire compris. Pour moi, l’argent n’a jamais été un drive. J’ai refusé des offres de plusieurs multinationales parce que j’aime vraiment bien mon travail universitaire. En revanche, ce qui m’enrichit vraiment, ce sont les relations sociales. C’est pour cela aussi que je n’ai pas envie de quitter ce petit appartement de 60 m² situé dans un quartier populaire de Liège.

Vous aimez vos voisins ?

Ce que j’apprécie, c’est qu’il s’agit de « gens normaux ». Dans mon immeuble, il y a vingt-sept unités de logement et il doit y avoir huit compteurs à budget. Il y a des réfugiés qui sont envoyés par le CPAS, beaucoup de personnes pensionnées et, parmi elles, une majorité qui ont du mal à joindre les deux bouts, des jeunes couples qui démarrent dans la vie. Cela ne me plairait pas du tout d’habiter une grande villa dans un quartier bourgeois. Ici, je connais tout le monde. On se dit bonjour. Je côtoie des gens qui sont parmi les plus affectés par la crise énergétique. Ce milieu de vie me permet de garder les pieds sur terre quand j’aborde le coût de l’énergie dans le débat public, et sans doute que cela me différencie de certains décideurs politiques. Récemment, je discutais avec des gens appartenant au top de la Commission européenne. Ils évoquaient le « signal de prix » du gaz et de l’électricité en estimant que cela avait un côté vertueux, celui de limiter la consommation. Ce sont des raisonnements que l’on peut faire quand on gagne 5 000 ou 10 000 balles par mois. Mais quand vous n’avez qu’une rentrée de 1 500 euros et que votre acompte passe de 200 à 450 euros, c’est forcément inaudible.

« Beaucoup de gens ne peuvent s’empêcher de me confier leur stress lié aux coûts de l’énergie »

 

Les gens vous interpellent souvent à cet égard ?

À Liège, il est très rare que je puisse marcher cent mètres sans être reconnu par quelqu’un. Et beaucoup de gens ne peuvent s’empêcher de me confier leur stress lié aux coûts de l’énergie. À la crise sociale s’ajoute une crise de confiance, de la peur et de la colère. Ces discussions avec des citoyens en difficulté m’ont souvent aidé à mettre le doigt sur des problèmes auxquels je n’avais pensé. Quand je le peux, j’essaye d’interagir positivement, sans doute à l’image de mes parents. Dans mon quartier, j’aide parfois des enfants qui rencontrent des difficultés scolaires en sciences. Je prends quelques minutes de mon temps. Ils sont tout contents. Donc, moi aussi.

Damien Ernst : « Je n’ai rien de techno chez moi, à part le portable que j’installe sur la table de la salle à manger quand je télétravaille. » © Ronald Dersin.

Pour quelqu’un qu’on a étiqueté parfois à droite, la tonalité de votre propos est assez sociale ?

D’abord, je suis étranger au débat idéologique : en tant que spécialiste des réseaux électriques, quand j’identifie un problème qui se trouve dans mon champ de compétence, que j’estime qu’il a quelque chose de contestable ou d’améliorable dans la politique énergétique, je ne peux m’empêcher de prendre part au débat public. Mais je ne roule pour personne ! Il n’y pas agenda caché. Ensuite, oui, c’est vrai, la notion de vivre-ensemble est très importante pour moi. Aussi, j’apprécie qu’il y ait une grande mixité sociale dans le quartier que j’habite. Ce n’est pas une enclave pour privilégiés, ce n’est pas non plus un quartier en déclin. Il y a de la vie parce que des gens de toutes conditions s’y côtoient. Je trouve que c’est un modèle de société intéressant.

On vous voit et on vous lit partout, il vous est arrivé de faire plusieurs conférences publiques par semaine… Où allez-vous puiser votre énergie ?

Le moteur principal, c’est que je ne sais pas dire non quand on me demande quelque chose. Parfois, j’en ai marre. Il m’arrive d’être crevé, d’être angoissé, parce que c’est trop. Quand je passe sur les plateaux télé, je dors mal avant. Mais en même temps, j’aime beaucoup travailler, et puis, il y a une excitation que je recherche dans ce tourbillon, quelque chose qui est de l’ordre de la prise de risque. Certains font du saut en parachute, moi, j’expose publiquement ce que je pense quand j’ai le sentiment que cela peut faire avancer les choses. Dans un pays qui pratique plutôt le consensus mou, cela peut parfois être mal vu. Il y a des retours de manivelle, des commentaires désagréables, voire agressifs sur les réseaux sociaux. Pour le dire honnêtement, je préfère la scène médiatique française, car les débats s’engagent plus sur le fond. Il y a moins d’insultes faciles qui visent l’homme plutôt que ses arguments. En Belgique, dès qu’on fait un tweet pronucléaire ou anti-décroissant, il y a toujours des gens pour vous qualifier d’extrémiste de droite, pour tenter de vous rendre infréquentable. Ces attaques me stressent, mais l’envie de dire ce qui me semble juste domine.

En vain ?

Parfois, c’est ce que j’ai pu penser. Je n’ai pas peur de le reconnaître : il y a deux ans, j’ai pleuré quand le gouvernement avait décidé de la fermeture des dernières centrales nucléaires. J’avais consacré des centaines d’heures de débat et des dizaines d’interviews au fait d’expliquer que la sortie du nucléaire était prématurée. Mais la suite des événements m’a donné raison : ils sont revenus en arrière. J’ai aussi le sentiment que la population commence à vachement mieux comprendre les enjeux de la politique énergétique.

Il vous est arrivé d’être impulsif. En marge de l’épisode que vous venez de mentionner, vous aviez tweeté : « Est-ce que vous trouvez que les membres du parti Ecolo qui viennent de mettre 8 000 travailleurs du secteur de l’électronucléaire en Belgique dans la misère doivent être sanctionnés ? »

C’était hard ! Maintenant, ce sondage, c’était une blague que j’ai faite à 2 heures du matin en buvant une chope avec mon voisin syndicaliste du deuxième étage, un ancien de Cockerill. On se marrait… Quoique. C’était justement le soir où j’ai pleuré sur l’erreur manifeste de nos gouvernants que j’ai tweeté cela. Il me semblait tellement évident que cette sortie du nucléaire était prématurée, qu’elle posait question en termes de sécurité d’approvisionnement, qu’elle était porteuse de dangers dont on mesure aujourd’hui toute la portée avec notre dépendance aux énergies fossiles. Aujourd’hui, on change de cap, mais il n’en reste pas moins que cette grosse erreur de gouvernail va coûter des centaines de millions à l’État, à un moment où les finances publiques sont déjà tellement en souffrance.

Je suis devenu la cible des écologistes décroissants et antinucléaires parce que je fais la démonstration que la crise énergétique en Europe est notamment le fruit de leur aveuglement idéologique, de la sortie prématurée du nucléaire »

 

Vous agacez certains. Par exemple, un responsable d’Inter-Environnement-Wallonie a déclaré que votre « omniprésence médiatique posait un problème démocratique ».

Moi, je crois à la croissance portée par le progrès technologique. Le monsieur qui a dit cela appartient à une organisation d’écologistes décroissants, antinucléaires, anti-aéroports, anti-usines chimiques. Je pense que chacun devrait avoir le droit de s’exprimer sans être l’objet d’attaques personnelles. Mais certains qui se plaignent d’entendre dire l’inverse de leur opinion se sont trop habitués à avoir été portés par le vent dominant, au point d’imposer une pensée unique, parfois avec une violence extraordinaire. Il y a eu des lettres au recteur de mon université pour me dégommer, des sorties médiatiques de sources « anonymes », parfois présentées comme des « collègues », pour critiquer ma méthodologie. Je suis devenu la cible des écologistes décroissants et antinucléaires parce que je fais la démonstration que la crise énergétique en Europe est notamment le fruit de leur aveuglement idéologique, de la sortie prématurée du nucléaire. Et comme ils sont de gauche, qu’ils sont du côté du « bien » et qu’ils ne sauraient s’être égarés, il faut abattre le porteur du message dissident. Parfois d’ailleurs avec des techniques de salauds, comme ces joueurs de foot qui visent l’homme plutôt que la balle. Tant pis. Quand j’ai des convictions qui s’appuient des analyses scientifiques, je ne vais pas taire mes vérités pour ne pas déranger. Je ne vais pas non plus les imposer avec des arguments d’autorité. Je veux juste apporter une contribution au débat et je me fiche des dégâts collatéraux. On pourrait me mettre un flingue sur la tempe que cela ne changerait rien.

Damien Ernst : « On vit tout de même dans une société où l’on peut être intelligent et travailler comme une bête pendant toute une vie pour arriver juste à se payer un toit. » © Ronald Dersin.

Est-il exact que vous êtes un homme de droite dont l’entourage est de gauche ?

Encore une fois, il est erroné de m’étiqueter. Oui, je fréquente pas mal de gens qui sont plutôt progressistes dont j’apprécie le sens du débat, la créativité, voire le sens de la fête. Mais je m’entends aussi très bien avec des gens du MR comme mon amie Marie-Christine Marghem, une femme dotée d’un humour féroce. Mais il y a quelque chose que je n’aime pas du tout, du côté de la droite, ce sont ces gens nés avec une petite cuillère en argent dans la bouche qui discourent sur ce que devraient faire les chômeurs et les pauvres. On vit tout de même dans une société où l’on peut être intelligent et travailler comme une bête pendant toute une vie pour arriver juste à se payer un toit. Sauf bien sûr à faire du business mais, dans ce cas-là aussi, c’est bien plus facile quand on naît avec un capital d’un ou deux millions d’euros sur un compte en banque.

« Je favoriserais le développement des communautés d’énergie renouvelable afin de permettre aux citoyens de s’approprier les moyens de production »

 

Envisagez-vous de vous lancer un jour en politique ?

Oui, cela me travaille. Mais j’aime mon métier de chercheur et d’enseignant et je trouve celui de parlementaire assez peu excitant. En revanche, le boulot de ministre de l’Énergie ne me déplairait pas. Au titre d’expert, de technicien, sans prendre de carte de parti. J’ai une forte capacité de travail et des compétences qui correspondent parfaitement à la fonction. Le prestige, je m’en fiche. L’argent aussi, je le ferais même en ne gardant que mon salaire de professeur d’université.

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Le cas échéant, quels seraient vos premiers chantiers ?

Il y en a mille ! Mais, par exemple, je proposerais une réforme des subsides accordés aux industriels de l’éolienne. Avec leurs certificats verts, ils font des surprofits indécents. Mais aussi, je favoriserais le développement des communautés d’énergie renouvelable afin de permettre aux citoyens de s’approprier les moyens de production, de consommer dans des modèles « peer to peer » où ils achèteraient leur électricité à un coût raisonnable à l’éolienne de leur localité. Et bien sûr, je ne précipiterais pas la sortie du nucléaire, tout en investissant massivement dans le renouvelable.

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