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Les proches ont perdu le contact d’Elnaz Rekabi, athlète iranienne qui a défié le pouvoir en ôtant son hijab

Elnaz Rekabi

Elnaz Rekabi lors de l'épreuve de qualification olympique d'escalade, le 29 novembre 2019 en France. | © Manuel Blondeau/Icon Sport

Société

Elnaz Rekabi a participé le week-end dernier à une compétition internationale d’escalade à Séoul, sans son hijab. Un geste fort alors que le pays est en proie à de violentes manifestations depuis la mort d’une jeune femme arrêtée par la police des mœurs.

D’après un article Paris Match France de Clémentine Rebillat

Le geste fort d’Elnaz Rekabi pourrait lui coûter la liberté. Cette athlète iranienne de 33 ans, spécialiste de l’escalade, a participé le week-end dernier à une compétition internationale à Séoul, sans porter son hijab. Depuis 1979 et la révolution islamique iranienne, les femmes ont obligation de se couvrir la tête de ce tissu et doivent respecter cette règle même hors du pays, lorsqu’elles sont en représentations officielles. Mais la championne a décidé de concourir en ôtant ce vêtement, en signe de protestation contre le régime.

L’Iran est depuis plus d’un mois en proie à de violentes manifestations depuis la mort de Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs. Elnaz Rekabi est la deuxième sportive de l’histoire à faire une telle démonstration de courage. Avant elle, Sadaf Khadem, boxeuse de 27 ans, avait remporté en 2019 un combat à l’étranger, tête nue et en short. Après la compétition ce week-end, la Fédération iranienne d’alpinisme et d’escalade sportive a annoncé le résultat sur son site Web, l’accompagnant d’une image non datée d’Elnaz Rekabi portant bien cette fois-ci un hijab.

Les proches d’Elnaz Rekabi ont perdu son contact

Mais l’acte de bravoure d’Elnaz Rekabi pourrait avoir de graves répercussions. BBC Persia affirme que des proches de la jeune femme ont perdu son contact lundi soir, alors que l’équipe iranienne a quitté le Garden Seoul Hotel où elle logeait dans la matinée. Leur retour en Iran est prévu pour mercredi. Selon BBC Persia, le téléphone et le passeport de la sportive qui s’affiche par ailleurs régulièrement sans voile sur son compte Instagram auraient été confisqués. Une information également rapportée par le site Iran Wire, lancé en 2014 par le journaliste canado-iranien exilé Maziar Bahari.

D’après les éléments du site indépendant, Elnaz Rekabi aurait été piégée par le chef de la Fédération iranienne d’escalade à l’intérieur de l’ambassade iranienne à Séoul. Celui-ci aurait reçu un ordre direct de Mohammad Khosravivafa, président du Comité olympique iranien, d’arrêter la trentenaire. Reza Zarei, qui était auparavant membre du ministère de l’Information, aurait promis à Elnaz Rekabi de la faire rentrer en Iran rapidement et en toute sécurité et discrétion, si elle acceptait de lui remettre ses papiers. Iran Wire explique qu’elle n’a pas souhaité demandé l’asile politique après son geste parce que son époux se trouve lui toujours en Iran, raison pour laquelle elle voulait rentrer.

Laissée sans autre choix que de suivre les autorités, l’athlète pourrait être conduite directement de l’aéroport international Imam Khomeini à la prison d’Evine. C’est à cet endroit tristement célèbre depuis le début des manifestations que quatre détenus ont péri le week-end dernier et que 60 autres ont été blessés dans un incendie. Après son geste historique, la photo de la jeune femme sans son voile a été partagée sur les réseaux sociaux à travers le monde et de nombreux militants ont appelé à l’accueillir à l’aéroport à son arrivée. Mais Iran Wire indique que les autorités de son pays auraient décidé d’anticiper son retour, la coupant du reste de l’équipe, pour éviter que son sort ne s’ébruite. «Les gens pensent qu’Elnaz reviendra avec l’équipe mercredi, mais elle est censée être renvoyée en Iran un jour plus tôt. Nous espérons qu’elle pourra se sauver à l’aéroport de Séoul», a commenté une source au site Internet. BBC Persia indique que Téhéran a refusé de commenter cette affaire. Depuis le début des manifestations, au moins 122 personnes ont été tuées, selon groupe norvégien Iran Human Rights.

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