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Turquie : début du procès d’un des derniers organes de presse indépendants du pays

L''emblématique quotidien turc Cumhuriyet a été fondé 1924. | © AFP PHOTO / YASIN AKGUL

Société

Cumhuriyet (« République »), l’un des plus anciens journaux turcs, s’est forgé une solide réputation à force de scoops embarrassants pour le pouvoir.

Plusieurs journalistes de l’emblématique quotidien turc Cumhuriyet, farouche critique du président Recep Tayyip Erdogan, sont jugés à partir de ce lundi 24 juillet à Istanbul, un procès qui cristallise les inquiétudes liées à la liberté de la presse en Turquie.

Pour les défenseurs des droits de l’Homme, cette affaire est emblématique de l’érosion des libertés depuis le putsch manqué du 15 juillet 2016, suivi de purges massives qui ont submergé les milieux critiques, des élus pro-kurdes aux médias, en passant par des ONG.

Jusqu’à 43 ans de prison

Au total, 17 journalistes, dirigeants et autres collaborateurs actuels ou passés de Cumhuriyet, un quotidien fondé en 1924, sont accusés notamment d’avoir aidé diverses « organisations terroristes armées ». L’acte d’accusation cite les séparatistes kurdes du PKK, le d’extrême gauche DHKP-C et le mouvement du prédicateur exilé aux États-Unis Fethullah Gülen. Cumhuriyet est un journal qui mène une « opération de perception » visant à faire de la Turquie et de M. Erdogan des « cibles », selon l’acte d’accusation, qui évoque une « guerre asymétrique ». Les journalistes risquent jusqu’à 43 ans de prison.

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Mais Cumhuriyet (« République »), l’un des plus anciens journaux turcs, qui s’est forgé une solide réputation à force de scoops embarrassants pour le pouvoir, dénonce un procès politique visant à abattre l’un des derniers organes de presse indépendants du pays.

Accusés de renom

Certains des plus grands noms du journalisme turc entreront ce lundi au tribunal encadré par deux gendarmes, comme le chroniqueur francophone Kadri Gürsel, le journaliste d’investigation Ahmet Sik ou encore le féroce caricaturiste Musa Kart. C’est le cas, également, du patron du journal, Akin Atalay, et du rédacteur en chef, Murat Sabuncu.

Parmi les accusés, onze sont en détention préventive, la plupart depuis près de neuf mois.

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Autre accusé de renom, Can Dündar, ancien rédacteur en chef de Cumhuriyet qui s’était attiré les foudres de M. Erdogan après avoir publié en 2014 un article affirmant qu’Ankara livrait des armes à des islamistes en Syrie. Exilé en Allemagne, il est jugé par contumace.

– Avec Belga

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