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Au Malawi, des camps d’« initiation sexuelle » pour les petites filles

Dès leurs premières menstruations, les fillettes sont inscrites dans des camps de vacances pour y recevoir un enseignement bien particulier. | © Flickr : IM Swedish Development Partner

Société

Dans le sud du Malawi, des jeunes filles à peine pubères sont envoyées dans des camps de vacances pour apprendre à « devenir des femmes ».

Awa Kandaya avait 9 ans quand elle a perdu sa virginité dans un camp d’ « initiation sexuelle ». Onze ans plus tard, elle raconte cette tradition locale qui apprend aux fillettes à « devenir des femmes ».

C’est à travers la série de reportages « Les hyènes du Malawi ou le terrible « apprentissage » du sexe » que le journal Le Monde rapporte le témoignage de cette jeune malawienne de 20 ans. À Nampugo, un village du district de Mulanje, la jeune femme explique un rite encore méconnu.

Leçon n°1 : comment plaire à un homme

Ici, comme dans la majorité des zones rurales, les fillettes sont emmenées dès leurs premières menstruations dans des camps de vacances un peu particuliers. Inscrites par leurs parents, le séjour durera deux semaines, une période jugée suffisante pour faire de ces gamines de véritables bonnes à mariées.

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Là-bas, elles recevront un enseignement tout particulier, lui aussi. Nues, les fillettes devront apprendre les pas sensuels de la « danse chisamba » et à « remuer leurs fesses pour exciter les hommes ». À peine passé leur puberté, elles devront s’entraîner à la fellation sur un morceau de bois et simuler l’acte sexuel entre elles, se frottant les unes contre les autres, toujours dans le plus simple appareil. « On part à l’écart du village, dans un bâtiment loin des hommes où nous sommes seules avec les organisatrices du camp », raconte la jeune Awa dans les colonnes du Monde. « Une fois que les premiers rituels commencent, on comprend qu’on est là pour apprendre à plaire à un homme, comment lui faire plaisir sexuellement », poursuit-elle.

Petite fille deviendra grande

Enseigner « les choses de la vie » et apprendre « les bonnes manières » : c’est ainsi que l’on semble justifier la tradition d’après Esitele Paulo, l’une des deux organisatrices du camp où a été envoyée Awa Kandaya. Pour celles qui continuent de soutenir la pratique – notamment les mères et les grand-mères – pas question d’aborder le traumatisme psychique ou même physique vécu par les jeunes filles. Car à celles qui refuseraient de se plier au règlement, la malédiction est promise par les lois ancestrales.

Commune à certains pays d’Afrique de l’Est, cette tradition – de plus en plus interdite dans le pays – demeure très implantée au Malawi. Malgré la rébellion des ONG qui dénoncent ces coutumes ancestrales, c’est l’omerta totale autour de la réalité de ces camps « d’éducation sexuelle ». Encore plus sur les « fisi » (les hyènes)ces hommes payés par les familles pour « initier » leurs fillettes à l’acte sexuel – comprenez : les dépuceler.

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Si les autorités insistent sur le fait de bannir cette pratique (interdite depuis 2013), beaucoup de fillettes subissent encore des relations sexuelles avec une hyène pendant ou au sortir de leur séjour initiatique. C’est le cas de la jeune Awa qui affirme avoir eu une relation sexuelle forcée et non protégée avec un « homme âgé » présent au sein de la communauté.

« Lavage de cerveau »

Sur le viol, puisqu’il s’agit bien de cela, la famille d’Awa ainsi que les autres personnes interrogées sur place demeurent très discrets. La remise en question d’une telle tradition semble lente et difficile. « Combien ont la force de remettre en cause cette culture quand votre mère, votre grand-mère vous disent que c’est bien ? Combien ont la force de dire qu’une hyène est un violeur ? », questionne Joyce Mkandawire, de l’ONG Let’s Girls Lead interrogée par le quotidien français. Pourtant, « ces camps sont un lavage de cerveau de ces filles qui deviennent femmes trop vite », précise-t-elle. « Les conséquences sont désastreuses. Et après le camp, beaucoup de filles se marient et quittent l’école ». Au Malawi, une fille sur deux est mariée avant ses 18 ans.

La suite du reportage en cinq volets d’Amaury Hauchard est à découvrir sur LeMonde.fr

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