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Upsidedown : Les chasseurs de fantômes d’Afrique du Sud

des chasseurs de fantome en afrique du sud

Rivas Bright, à la traque des esprits en Afrique du Sud. | © Michele Spatari / AFP.

Société

« Silence ! » Une lampe torche à la main, Rivas Bright, 39 ans, frappe distinctement deux coups sur la fenêtre délabrée. Le groupe reste parfaitement immobile : si quelqu’un ou quelque chose répond, ils auront enfin une preuve.

Les « Upsidedown », cinq hommes et deux femmes issus de la classe moyenne blanche, chassent les fantômes en Afrique du Sud. « Ou toute activité paranormale », précise à l’AFP le fondateur du groupe d' »enquête » qui a déjà écumé une douzaine de sites où des faits inexpliqués ont été signalés. En vêtements sombres, la tête rasée et les oreilles percées, le chef de bande, d’ordinaire employé d’une chaîne de magasins, affirme entendre depuis tout petit des sons, voir des ombres. Sa mère « parlait aux esprits » dans la cuisine aussi.

Les phénomènes paranormaux sont étudiés par certains chercheurs et psychiatres mais leur existence n’est pas scientifiquement prouvée. « Disons que nous sommes des croyants sceptiques. Nous avons encore besoin d’éléments prouvant que ce n’est pas le vent par la fenêtre ou des vibrations qui font claquer les portes », explique Nigel Mullinder, 29 ans, le « geek » de l’équipe, employé de casino le jour. A la nuit tombée à Pretoria, dans cette aile désaffectée d’une des plus grandes universités du pays, l’équipe de chasseurs de fantômes ressemble à d’étranges explorateurs ultra-équipés: caméra infrarouge, détecteurs de mouvement et de chaleur, radios, ils utilisent un arsenal de gadgets haute technologie valant plus de 2.300 euros financé eux-mêmes.

« Je peux comprendre qu’on nous prenne pour des fous »

« En gros, on pose des questions dans le noir en suivant des lumières rouges et vertes qui clignotent », résume avec humour Rivas Bright. L’université leur a ouvert ses portes à condition que son nom ne soit pas mentionné. Chaque recoin des salles abandonnées aux murs craquelés est fouillé, analysé. Les gadgets grésillants ou tourbillonnants sont posés sur les planchers défoncés au milieu des tas de feuilles mortes. « On ne veut pas vous faire de mal, ni vous chasser. Tout ce qu’on cherche, c’est des réponses », lance Rivas Bright après avoir sonné une clochette. Le signal pour faire comprendre aux esprits potentiellement présents qu’on s’adresse à eux, selon lui. Mais pas un bruit. Au loin, seulement l’écho de coups de feu tirés dans la capitale d’un des pays les plus dangereux au monde.

« Vous avez entendu? Quelqu’un a appelé mon nom », lance soudain un membre de l’équipe. Chacun à son tour croit percevoir un soupir, un mouvement. Hallucination ? Fantasme ? Un mois plus tôt, le groupe qui compte 3400 abonnés sur les réseaux sociaux, avait déjà exploré les lieux. Ils avaient alors communiqué avec des enfants, disent-ils, dans une salle qui a temporairement servi à entreposer des corps. « C’était une morgue provisoire installée lors de violentes émeutes dans les années 1980 », sous le régime de l’apartheid, explique Rivas Bright.

Les yeux bandés, Nigel Mullinder tente une nouvelle fois d’intercepter un éventuel message à l’aide d’un capteur de radio-fréquences. Tout est filmé pour éventuelle preuve. Il est tard quand des employés de l’université en ronde de nuit interpellent les experts en fantômes. « Allons leur parler des esprits. Ils seront peut-être capables de les calmer », encourage Lucy Tsoeu, 46 ans.  La petite femme ronde est convaincue qu’une âme hante les lieux et prend plaisir à la tourmenter en faisant claquer les portes et en tapant sur une machine à écrire. « Qu’est-ce que je dois faire ? Prier ? Parler fort pour les faire fuir ? » demande-t-elle un peu fébrile. Un de ses collègues, Mpho Mthombeni, 30 ans, renchérit en évoquant des chasses d’eau tirées à répétition au milieu de la nuit, la sensation d’une présence. « Je peux comprendre qu’on nous prenne pour des fous. Mais quand nous obtiendrons cette preuve flagrante et tangible, alors … qui aura été fou ? » interroge un sourire en coin Rivas Bright.

Avec Belga

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