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Anderson Lee Aldrich, l’inquiétant visage de la fusillade du bar gay de Colorado Springs

Anderson Lee Aldrich

Anderson Lee Aldrich.

Société

Les informations concernant l’homme accusé d’avoir tué cinq personnes dans un club gay du Colorado commencent à être dévoilées.

D’après un article Paris Match France de La Rédaction

Alors que l’homme soupçonné d’avoir tué cinq personne le week-end dernier dans un club gay de Colorado Springs, aux Etats-Unis, a été présenté à un juge mercredi, son passé remonte à la surface. Anderson Lee Aldrich, âgé de 22 ans, est accusé d’avoir tiré sur les fêtards membres de la communauté LGBTQ+ samedi soir. Ce sont des clients de l’établissement qui ont permis de le neutraliser au moment de la fusillade, en le mettant à terre et en le rouant de coups. Il a quitté l’hôpital mardi avant d’être conduit en prison puis présenté mercredi à un juge par visioconférence.

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Anderson Lee Aldrich, le visage couvert de bleus, a été officiellement incarcéré sans possibilité de remise en liberté sous caution. Le mobile de son crime reste encore à déterminer mais les autorités ont annoncé qu’il pourrait être inculpé pour crime de haine. Dans ce cas, la justice devra prouver que le tireur était motivé par des préjugés liés à l’orientation sexuelle ou l’identité de genre réelle ou perçue des victimes. En réponse, ses avocats ont fait savoir que leur client se considérait comme non-binaire et utilisait donc le pronom «iel» pour se définir. Mais le procureur Michael Allen, a continué à employer le pronom «il» déclarant que le statut de genre du suspect ne changerait rien à l’affaire. Kristen Prata Browde, coprésidente de la National Trans Bar Association, a déclaré au New York Times que «l’identité de genre d’un suspect ne devrait pas avoir d’incidence sur sa capacité à être poursuivi pour un crime de haine dans cette fusillade». «Le motif d’un crime ne dépend pas du fait que vous soyez ou non membre d’une classe protégée. Légalement, cela n’a aucune signification quant à savoir si les actions de cet individu s’inscrivent dans la loi concernant les crimes de haine», a-t-elle fait savoir. Elle a toutefois indiqué qu’il serait préférable que le tribunal et les procureurs respectent les pronoms et l’identité de genre choisis par le suspect.

La controverse causée par son grand-père

Si l’on sait pour l’instant toujours peu de choses sur Anderson Lee Aldrich, sa famille, en revanche, n’est pas inconnue des médias. D’après le New York Times, l’accusé aurait passé son enfance auprès de ses grands-parents maternels. Son grand-père, Randy Voepel, était membre depuis 2016 l’Assemblée de l’État, représentant du parti républicain dans le 71e district de Californie du Sud, rapporte CNN. Un poste qu’il a perdu récemment alors qu’il était candidat à sa réélection. En janvier 2022, il avait fait scandale en comparant l’assaut du Capitole à la Révolution, déclarant qu’il s’agit «des premiers coups de feu tirés contre la tyrannie». Pour rappel, des milliers de manifestants contestant la victoire de Joe Biden à la présidentielle avaient lancé une émeute dans le bâtiment. Cinq personnes avaient perdu la vie.

Face au scandale provoqué par ses propos, il avait tweeté un peu plus tard : «Je ne tolère ni ne soutiens la violence et l’anarchie qui ont eu lieu le mercredi 6 janvier dans la capitale. La perte de vies humaines, le vol de biens du gouvernement et le mépris flagrant de la loi et de l’ordre sont répréhensibles et inutiles». Il s’était également opposé à un meilleur contrôle des armes à feu, votant contre une loi visant à interdire la publicité pour les armes à feu auprès des mineurs ou encore contre une législation qui facilite les poursuites contre les fabricants d’armes à feu. Ce sont aussi ses positions contre les droits LGBTQ+ qui ont refait surface. Le San Diego Union Tribune indique qu’il avait voté contre plusieurs projets de loi, dont une permettant aux Californiens transgenres de mettre à jour les noms et les sexes indiqués sur leurs licences de mariage et les certificats de naissance de leurs enfants.

Le passé trouble de son père

Le père d’Anderson Lee Aldrich, lui aussi, est sous le feu des critiques depuis le drame. Interrogé par la chaîne CBS 8, Aaron Brink a réagi à la fusillade d’une étrange façon. Alors que le public s’attendait sûrement à ce qu’il montre de l’empathie pour les victimes, il a déclaré que sa première pensée avait été de savoir si son fils était homosexuel ou pas. «J’ai eu peur. Je me suis dit : « oh mon dieu, merde, il est gay ? »», a-t-il lancé avant de montrer son soulagement en expliquant «Mais ouf, il n’est pas gay». L’homme qui a précisé qu’il n’avait plus de liens avec son fils depuis des années, a fait savoir qu’il ne soutenait pas le mariage gay. «Je suis un mormon. Je suis un républicain conservateur, on ne donne pas dans le gay». Il a toutefois ajouté : «Il n’y a rien qui justifie de tuer des gens. Si tu tues quelqu’un, il y a un truc qui cloche. Ce n’est jamais la réponse».

Aaron Brink a également dit être désolé d’avoir «laissé tomber son fils». Il y a six ans, Anderson Lee Aldrich avait en effet obtenu l’autorisation de changer de nom lorsqu’il était adolescent, expliquant auprès de la justice vouloir «se protéger» de son père, alors que ce dernier était connu pour ses antécédents criminels, notamment pour violence domestique contre sa mère. Son nom de naissance était Nicholas Franklin Brink. Le Denver Gazette rapporte par ailleurs que cet homme, divorcé de la mère de son fils, est un ancien combattant de MMA mais également un ancien acteur de films pour adultes. Il se faisait alors appeler Dick Delaware. «J’ai rencontré ce producteur de porno. J’étais en train de baiser avec des filles lors d’une fête, et il a remarqué que j’étais très doué. Il a dit : ‘Mec, tu es un putain de pro. Si tu passes un test, tu seras dans une scène», a-t-il expliqué en 2009 à MMA Junkie. Un temps accro à la drogue, il est apparu dans plusieurs émissions de télévision.

Le drame aurait-il pu être évité ?

La demande de changement de nom d’Aldrich pourrait également avoir été liée au harcèlement qu’il aurait subi en ligne, indique AP. Une publication sur un site Web datant juin 2015 indique qu’il aurait été attaqué, notamment en raison de son poids, de sa pauvreté et de son intérêt pour les dessins animés chinois. AP ajoute qu’une chaîne Youtube ouverte au nom de Brink comprenait une vidéo intitulée «Un homosexuel asiatique se fait agresser».

D’après le New York Post, il aurait en 2021 exprimé son souhait de devenir «le prochain tueur de masse», se plaignant que ses grands parents qui voulaient déménager dans le sud allaient ruiner ses plans. A l’époque, il aurait menacé de les tuer. Le même jour, il se serait ensuit rendu chez sa mère. Elle avait alors signalé à la police que son enfant l’avait menacée avec une bombe artisanale et d’autres armes, selon la police. «C’est là que je me tiens. Aujourd’hui, je meurs», aurait-il dit.

La fusillade de samedi aurait-elle pu être évitée ? C’est la question qui risque d’agiter les débats ces prochaines semaines. Les autorités de l’époque ont affirmé qu’aucun explosif n’avait été trouvé, mais pour les opposants aux armes à feu, cet incident aurait dû être une raison suffisante pour que la police vienne saisir les armes que possédait l’accusé. Le crime survenu samedi semblait en tout cas être prémédité. Selon la police et des témoins, l’agresseur, est entré dans le club vêtu d’un gilet pare-balles, juste avant minuit et a ouvert le feu avec une arme d’épaule, tuant cinq personnes et en blessant 18 autres avant d’être plaqué par des personnes à l’intérieur du club.

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