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À Calais, des migrants seraient aspergés de gaz poivre pendant leur sommeil

Des migrants attendent sur le bord d'une route menant au port de Calais, le 3 juillet 2017. | © AFP PHOTO / DENIS CHARLET

Société

Selon Human Rights Watch, les méthodes utilisées par les forces de police contre les migrants constituent des « abus graves » et non sanctionnés.

La police française utiliserait-elle du gaz pour faire déguerpir les migrants de Calais ? C’est en tout cas ce dont elle est accusée dans un rapport publié ce mercredi 26 juillet par l’organisation Human Rights Watch.

Abus policiers

Selon l’ONG, les forces de l’ordre – et en particulier les CRS (Compagnies républicaines de sécurité) – auraient recours « de façon routinière » à la pulvérisation de gaz poivre sur les migrants pendant leur sommeil. Confiscation des sacs de couchages, des couvertures, des vêtements ou encore pulvérisation de gaz sur l’eau et la nourriture, tous les moyens sont bons pour pousser les migrants à quitter la région, selon l’organisation qui dénonce fermement un « traitement inhumain et dégradant ».

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« L’usage de sprays au gaz poivre par la police à Calais est tellement répandu que beaucoup de demandeurs d’asile et de migrants avaient du mal à se rappeler précisément combien de fois ils en avaient été victimes », peut-on lire dans le rapport, intitulé « C’est comme vivre en enfer« .

Interrogé par Human Rights Watch, Biniam T., 17 ans, témoigne : « S’ils nous trouvent quand nous dormons, ils nous aspergent de gaz puis ils prennent toutes nos affaires. Ils font ça tous les deux ou trois jours. Ils viennent et prennent nos couvertures. »

Si les autorités démentent formellement le recours à ces méthodes, 55 migrants (sur 61 interrogés par Human Rights Watch entre fin et début juillet) ont affirmé avoir été aspergés au cours des deux semaines précédant l’entretien. D’autres assuraient avoir été agressés tous les jours, précise l’auteur du rapport Michael Garcia Bochenek interrogé par l’AFP. « Les 55 avaient été aspergés dans leur sommeil », déclare-t-il, indiquant avoir parlé à des groupes de « différentes nationalités » rencontrés dans « des lieux différents », mais dont la concordance des témoignages « montre qu’il y a un sérieux problème ».

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« Allégations mensongères et calomnieuses »

Malgré les multiples compte-rendus publiés sur les abus policiers contre les migrants, « les autorités françaises restent sourdes », rappelle l’organisation de défense des droits de l’homme. « Les autorités devraient envoyer un message clair pour signifier que le harcèlement policier, ou toute autre forme dabus de pouvoir, ne sera pas toléré », a conclu Bénédicte Jeannerod, directrice France de Human Rights Watch.

Le gouvernement a le devoir de sassurer que les migrants sont protégés et qu’ils ont la possibilité de demander l’asile s’ils le souhaitent.

Interrogé par l’AFP, le préfet du département du Pas-de-Calais, Fabien Sudry, a « réfuté catégoriquement » ce qu’il appelle des « allégations mensongères et calomnieuses ».

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