Paris Match Belgique

Le sperme des hommes occidentaux est en voie d’extinction

Agressés de toutes parts, les spermatozoïdes sont en voie de disparition | © Flickr @ Grace Hebert

Société

Le scénario semble tout droit sorti du cerveau de l’auteur de La servante écarlate : en Occident, la qualité du sperme des hommes est en déclin constant. Moins 52.4% de spermatozoïdes en 40 ans, et la tendance ne fait qu’empirer… Vers une humanité infertile ? 

Quand La servante écarlate a été publié en 1985, le futur dystopique décrit par son auteur Margaret Atwood semblait extrêmement lointain si pas impossible. Le cadre de ce roman de science-fiction glaçant : une coalition totalitaire où la religion domine la politique et où la fertilité à décliné. Pour éviter que l’humanité ne s’éteigne, les femmes sont divisées en trois classes : les épouses, qui dominent la maison, les Marthas, qui l’entretiennent, et les servantes écarlates, dont l’unique rôle est la reproduction. Une tâche ardue, le taux de natalité étant extrêmement bas en raison de la pollution et des déchets toxiques dans l’atmosphère. Un scénario catatrophe, d’autant qu’il est peut-être moins invraisemblable qu’il n’y paraît.

Lire aussi > La mangue, le contraceptif de demain ?

Moins 60% en 40 ans

Une étude ayant évalué la quantité et la qualité du sperme des hommes occidentaux ces quarantes dernières années révèle en effet que la situation est préoccupante. Entre 1973 et 2011, la concentration en spermatozoïdes a baissé de 52.4% en Occident, tandis que la quantité de sperme produite a décliné de 59.3%. L’étude, qui a été réalisée conjointement par l’école de médecine du Mount Sinai Health System new-yorkais et celle de l’Hebrew University de Jerusalem s’est basée sur les résultats de 185 recherches, soit un échantillon de plus de 43 000 hommes. La cause de leur baisse de (qualité de) production ? Comme dans La servante écarlate, la pollution joue un rôle non négligeable, ainsi que les pesticides, les perturbateurs endocriniens, les ondes ou encore les températures élevées.

 

Face aux agressions quotidiennes, le sperme est en berne – Flickr @ Nathan Rupert

Tendance inquiètante

Et les chercheurs responsables de l’étude ont été les premiers étonnés par ces révélations préoccupantes. La professeur Shanna H. Shawn a ainsi avoué au Washington Post avoir entamé ses recherches avec une approche pour le moins sceptique. « Quand on m’a proposé de travailler sur le sujet au début des années ’90, j’étais tout sauf convaincue. J’ai passé au peigne fin tous les facteurs possibles, essayé de relier la baisse au tabagisme des sujets,… En gros, j’ai tout fait pour faire disparaître cette tendance inquiétante, mais après 25 ans de travail sur le sujet, il faut se rendre à l’évidence : les chiffres parlent d’eux-mêmes ».

Lire également > Traitement par ultrasons contre l’endométriose : une première mondiale

L’infécondité multipliée par 5

En 2004 déjà, le Professeur Frank Comhaire de l’Hôpital universitaire de Gand tirait la sonnette d’alarme dans un entretien accordé à La Libre Belgique. « La proportion d’adolescents ou de jeunes en bonne santé ayant un sperme normal a énormément diminué. On peut dire que le pourcentage d’hommes inféconds ou hypoféconds a été multiplié par cinq en l’espace de 25 ans ». Jusqu’à représenter 38% des causes d’infécondité dans le couple, contre 29% pour les origines féminines et 13% pour les facteurs combinés. Selon les critères de l’OMS, un sperme de bonne qualité a une concentration de 15 millions de spermatozoïdes par millilitre avec un pourcentage de spermatozoïdes mobiles de 40%. Pour juger de la qualité du sien, un spermogramme peut être réalisé afin d’éviter les idées noires, et s’assurer de ne pas tirer à blanc.

 

CIM Internet