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Le Royaume-Uni ne rembourse plus l’homéopathie et boude la médecine alternative

En Belgique, l’assurance maladie ne rembourse pas les médicaments homéopathiques ou phytothérapiques. | © PHOTOPQR/LE DAUPHINE LIBERE/Patrick GUYOT.

Société

Jugés inefficaces et trop coûteux par le service public de santé anglais, les médicaments homéopathiques ne seront bientôt plus remboursés. En Belgique, ils ne l’ont jamais été et ne sont pas prêts de l’être.

L’homéopathie ? « Au mieux un placebo » et un « gâchis » de fonds, a jugé en début de semaine le National Health Service britannique (NHS), le monstre public de la santé en Angleterre. Un constat de plus en plus général, tant du côté des institutions que celui des malades, et qui vient de déboucher sur le déremboursement des petites billes blanches sur le territoire britannique.

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L’homéopathie est « au mieux un placebo et un gâchis des ressources financières du NHS qui devraient être allouées à des traitements efficaces », a justifié son directeur, Simon Stevens. « Le public s’attend à ce que le NHS utilise chaque livre à bon escient et nous mettons aujourd’hui en place des mesures pour dégager des fonds pour des médicaments et des traitements modernes », poursuit-il.

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Défendue à l’époque par le prince Charles qui vantait ses vertus curatives, l’homéopathie – de plus en plus controversée – est en passe de devenir la risée des pharmacies anglaises, au même titre que 16 autres types de traitements considérés « inefficaces ». Pour renflouer ses caisses – et économiser l’équivalent de 280 millions d’euros chaque année -, le système de santé britannique cessera dès lors de rembourser la phytothérapie, les Omega-3, les compléments alimentaires, les antidouleurs, les antidépresseurs, etc. En bref, tout traitement qui n’a pas su faire ses preuves sur le plan stricto médical.

Des mesures d’économies qui ont été aussitôt dénoncées par la Royal Pharmaceutical Society (qui représente les pharmaciens du royaume), sauf pour le retrait de l’homéopathie « qui n’a pas de fondement scientifique ou pharmaceutique » et aurait dû être supprimée des prescriptions « depuis longtemps ».

© PHOTOPQR/LE DAUPHINE LIBERE/Patrick GUYOT.

Au diable la médecine parallèle

Plus de 650 000 euros : c’est ce qu’ont coûté les prescriptions de traitement homéopathiques au système de santé anglais sur les cinq dernières années. Si le chiffre représente une goutte d’eau dans l’océan des dépenses globales, il apparaît démesurément élevé aux yeux de la médecine classique pour qui l’homéopathie n’est qu’une vaste blague, ne lui accordant que peu de légitimité. Cette décision tranchée intervient ainsi dans un contexte ou le National Health Service ouvre un plan d’économie de plus de 200 millions d’euros pour l’année à venir.

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Du côté des défenseurs de la pratique, on qualifie la décision de « non rentable puisque les patients qui utilisaient l’homéopathie se verront prescrire encore plus de médicaments conventionnels pour un coût global encore plus élevé », a déclaré la responsable de la British Homeopathic Association Cristal Sumner.

La décision finale devrait être rendue en octobre prochain mais le sort de ces « médicaments parallèles » semble faire peu de doutes. Les citoyens du royaume qui préféreront la médecine douce devront à l’avenir mettre la main au porte-monnaie.

© AFP PHOTO / MYCHELE DANIAU

Les Belges, pas prêts d’être remboursés

Bien que très controversée, l’homéopathie séduit de plus en plus de Belges. Selon le Centre de connaissance belge, quelque 6% des Belges disent en avoir recours. Même si elle représente une infime fraction par rapport aux médicaments traditionnelles, sa production se porte même plutôt bien – ne pesant pas moins de 25 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015 sur le marché belge.

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En Belgique, l’assurance maladie ne rembourse pas les médicaments homéopathiques ou phytothérapiques mais l’assurance complémentaire des mutuelles peut intervenir d’un certain montant par an. Un système encore critiqué par certains médecins qui continuent de penser « qu’on a raison de ne pas rembourser ce truc là ». « Il n’y a aucune étude scientifique validée qui mettrait en concurrence un médicament homéopathique contre un allopathique et démontrerait que le premier est plus efficace que le second », explique Freddy Wuyard, médecin généraliste. « Pour les scientifiques un peu puristes, l’homéopathie relève donc de l’effet placebo, qui en effet fonctionne en médecine », ajoute-t-il.

Quand à savoir si le traitement homéopathique pourra un jour être pris en charge par l’État belge, « nous sommes en Belgique, pays où tout est possible et où tout est son contraire donc il n’est pas interdit de penser que il y aura un jour des remboursements pour les produits homéopathiques », déclare M. Wuyard. Si la perspective dépendra de nombreux facteurs, ce n’est certainement pas la ministre de la santé Maggie de Block qui accélérera le processus.

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