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Procès des attentats à Bruxelles : « Amas hallucinant de tôles, de câbles électriques et disparition totale des sièges au métro Maelbeek… »

Les conditions de transfert des sept accusés détenu ont une nouvelle fois ouvert la séance de lundi matin | © BELGA PHOTO POOL DIDIER LEBRUN

Société

Le procès des attentats de Bruxelles a repris ce lundi. Des fragments du corps de Khalid El Bakraoui mènent à son identification rapide explique celle qui était commissaire judiciaire à la police fédérale et qui a coordonné les constatations judiciaires effectuées à Maelbeek.


Le 22 mars 2016, vers 21h30, les juges d’instruction sont venus exposer l’état d’avancement de l’enquête sur les attentats terroristes aux équipes chargées de répertorier les pièces à conviction dans la station de métro de Maelbeek, où une explosion a tué 16 personnes ce matin-là.

C’est en voyant une capture d’écran des images de vidéosurveillance de la Stib montrant Khalid El Bakraoui, muni de son sac à dos piégé, que les enquêteurs font le lien avec des éléments déjà découverts dans la station de métro. Les empreintes digitales du kamikaze sont alors relevées, permettant son identification formelle, a exposé lundi après-midi, devant la cour d’assises de Bruxelles, celle qui était commissaire judiciaire à la police fédérale et qui a coordonné les constatations judiciaires effectuées à Maelbeek.

La gorge parfois serrée, l’ancienne cheffe d’équipe de la criminelle – affectée désormais au Comité P – a poursuivi lundi après-midi la présentation initiée en matinée des éléments retrouvés dans la station de métro Maelbeek, via des images parfois très dures des corps des victimes soufflées par la bombe déclenchée par Khalid El Bakraoui à 09h10 le 22 mars 2016.

« Des corps abîmés, brûlés, éventrés, transpercés, amputés… »

Plusieurs corps ou fragments de corps ont été retrouvés, parfois enchevêtrés ou superposés. Ils sont fortement abîmés, brûlés, éventrés, transpercés, amputés. Le corps d’une femme est retrouvé sous un dossier de siège de métro, penchée vers l’avant, « vraisemblablement propulsée par le souffle de l’explosion ».

L’enquêtrice et un technicien du laboratoire scientifique de la police judiciaire fédérale de Bruxelles ont également insisté via ces photographies sur la violence de l’explosion, visible aussi par les dégâts infligés à la voiture dans laquelle se trouvait le terroriste au moment de déclencher sa charge explosive. On y aperçoit un « amas hallucinant de tôles, de câbles électriques, une disparition totale des éléments des sièges », a décrit l’ancienne commissaire judiciaire.

 

©BELGA PHOTO THIERRY ROGE

La violence de l’explosion est également attestée par la présence de nombreux étançons, posés pour stabiliser le toit éventré de la rame de métro. Les fragments de portes arrachées ont dû être coupés avant de permettre aux équipes de procéder à leurs constatations. Même à l’autre bout du poste de pilotage, près de l’épicentre de la déflagration, des dégâts sont constatés alors que la rame fait 18 mètres de long, ont soulevé les témoins.

Les enquêteurs ont également retrouvé des éléments permettant d’identifier le terroriste, Khalid El Bakraoui. Une jambe et un morceau de son genou sont découverts dans la voiture où l’explosion a eu lieu. Sa tête, ses mains et son autre jambe sont découverts sur le quai.

Les équipes chargées de récolter les preuves réalisent le soir des attentats qu’il s’agit des restes du terroriste, lorsque les juges d’instruction, accompagnés des procureurs fédéraux, viennent leur expliquer les premiers éléments de l’enquête. Une capture d’écran provenant des premières analyses des caméras de surveillance de la Stib y est présentée, sur laquelle on aperçoit Khalid El Bakraoui, affublé d’un sac à dos, qui entre dans la station de métro.

« C’est à ce moment-là que nous faisons le lien » entre le terroriste présumé et la tête retrouvée sur le quai, a expliqué la témoin. « Notre attention est attirée par la veste bleue matelassée », dont des fragments ont été retrouvés sur une main. Les équipes prélèvent alors ses empreintes digitales et les font analyser d’urgence, ce qui permet d’identifier formellement le kamikaze.

Les indices retrouvés dans les escaliers menant sur le quai du métro attestent également de la panique qui a suivi l’explosion, alors que les marches ont été empruntées par de nombreuses victimes survivantes, abandonnant moult effets personnels. Des fragments humains sont même retrouvés sur les marches.

Le jeudi 24 mars à 22h00, « après près de 60 heures de constatations, nous en avons terminé et, avec l’autorisation des juges instructeurs, j’ai rendu la station à la Stib », a conclu la policière. Cette dernière a terminé son récit en égrenant le nom et l’âge des 16 victimes mortelles identifiées.

Des avocats qui ne décolèrent pas

À l’ouverture de l’audience lundi matin au procès des attentats du 22 mars 2016, la défense a une nouvelle fois dénoncé les fouilles à nu exercées sur les accusés détenus. Les conditions de transfert des sept accusés détenus – Mohamed Abrini, Osama Krayem, Salah Abdeslam, Sofien Ayari, Bilal El Makhoukhi, Hervé Bayingana Muhirwa et Ali El Haddad Asufi – ont ouvert la séance de lundi matin, comme c’est le cas depuis la reprise du procès après la pause de fin d’année.

Les avocats de la défense ont une nouvelle fois dénoncé des fouilles à nu quotidiennes aux justifications approximatives ou mensongères pour certains accusés, ont-ils pointé. Systématiques et non justifiées, elles ont pourtant été interdites fin décembre par le juge des référés de Bruxelles au motif qu’elles violent la Convention européenne des Droits de l’Homme. Le SPF Justice a toutefois indiqué samedi avoir été chargé par le ministre Van Quickenborne de faire appel dans ce dossier.

Ainsi, Me Delphine Paci est revenue sur le motif de fouille de son client, Salah Abdeslam. « Il aurait eu deux livres sur des ‘techniques de combat en cellule’. Je me suis renseignée et il s’avère qu’il s’agit en fait d’un livre reprenant des activités sportives qu’un détenu peut faire en cellule pour rester en forme. Et effectivement, la justification a été rectifiée en ce sens par après », a-t-elle pointé.

De son côté, Me Vincent Lurquin, qui représente Hervé Bayingana Muhirwa, a relevé que son client possédait un casier judiciaire vierge et ne figurait pas parmi les accusés au procès des attentats de Paris. Or, la police justifie les fouilles à nu de l’accusé par une condamnation à 20 ans d’emprisonnement dans ce procès. « De qui se moque-t-on? », a-t-il lancé.

Me Virginie Taelman, qui défend Bilal El Makhoukhi, a dans la foulée annoncé à la cour qu’un huissier de justice se rendrait, mardi à l’aube, à la prison de Haren pour « constater ce qui s’y passe ». « L’État belge est au courant », a-t-elle ajouté.

Avec Belga.

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