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Paroles d’expert : « On emprunte la route de la 5G sans suffisamment tenir compte des angles morts »

Jérémy Grosman, chercheur à l'Université de Namur : « Pourquoi la Belgique ne se doterait-elle pas d’un organisme similaire au Rathenau Instituut en Hollande, chargé d’organiser la mise en discussion politique des choix technologiques?» | © Photonews

Société

 

Début décembre 2022, un projet de décret ouvrant la voie au déploiement de la 5G a été adopté par le Parlement wallon. Un pas de plus vers la mise en place de cette nouvelle infrastructure de télécommunications sur l’ensemble du territoire belge. Toutefois, comme l’explique Jérémy Grosman, chercheur à l’Université de Namur, bien des questions restent encore ouvertes, notamment sur le plan environnemental.

Paris Match. Où en est-on dans le déploiement de la 5G en Belgique ?

Jérémy Grosman. La Flandre est la région où il est le plus avancé. Les premières antennes 5G ont commencé à être installées, il y a quelque temps, sur les toits et pylônes d’un certain nombre de villes du nord du pays. Et le sigle 5G s’affiche probablement déjà, à certains endroits, sur les téléphones les plus récents. Cette précocité s’explique de deux façons au moins. D’abord, les normes sanitaires flamandes étaient moins contraignantes qu’au sud du pays et à Bruxelles. Ensuite, la 5G n’a pas soulevé de débat public en Flandre : les citoyens et les pouvoirs publics ne paraissent pas avoir exprimé de préoccupations particulières.

 

Jérémy Grosman est chercheur à l’Université de Namur. Son domaine de compétence est l’éthique des technologies. Il a fait partie de l’un des groupes d’experts désignés par le gouvernement wallon pour l’informer sur les impacts potentiels du déploiement de la 5G. © Doc.

La question s’est posée différemment à Bruxelles et en Wallonie ?

Oui, parce que les normes sanitaires en vigueur y rendaient le déploiement de nouvelles antennes plus compliqué pour les opérateurs de télécommunications. Ils souhaitaient que les limites soient rehaussées. Par ailleurs, des citoyens bruxellois et wallons ont posé une série de questions sanitaires, économiques et environnementales. Une discussion publique et politique pouvait difficilement être évitée. En conséquence de quoi, la Région bruxelloise a organisé une forme de consultation, au printemps 2021, en invitant un panel de citoyens et de parlementaires à discuter des enjeux liés à la 5G. Toutefois, cette manière de faire n’a pas eu grand-chose à voir avec une véritable délibération, dans la mesure où le déploiement était présenté comme inévitable. La question qui était posée – comment nous voulons que la 5G soit implantée en Région de Bruxelles-Capitale, en tenant compte de l’environnement, de la santé, de l’économie, de l’emploi et des aspects technologiques – fermait le débat plus qu’elle ne l’ouvrait. Quelques mois plus tard, le gouvernement bruxellois s’est accordé sur un avant-projet d’ordonnance comprenant une augmentation de la norme sanitaire.

En Wallonie, la réflexion a plutôt été confiée à des experts ?

En effet, entre 2020 et 2021, un premier groupe d’experts a été invité à évaluer les conséquences du déploiement de la 5G sur les plans sanitaire, juridique, éthique, économique et environnemental. On peut regretter que le rapport qui en est ressorti n’ait pas été rendu public par les autorités régionales, alors qu’il aurait pu nourrir un débat qui relève de l’intérêt général. Ensuite, entre 2021 et 2022, un second groupe d’experts a été chargé d’étudier une adaptation des normes de rayonnement électromagnétique. Le projet de décret ouvrant la voie au déploiement de la 5G, adopté en séance plénière du Parlement wallon en décembre dernier, entérine essentiellement leurs propositions.

« Il ne faut sans doute pas s’attendre à une révolution comme celle qui fut liée à l’arrivée plus ou moins concomitante des smartphones et de la 4G »

Une autre étape importante avait été franchie en juin dernier, lorsque l’État fédéral a mis aux enchères le spectre – autrement dit la bande passante – dédié à la 5G ?

Oui. Cela a rapporté 1,2 milliard d’euros à l’État. Différents opérateurs – Proximus, Orange, Telenet, CityMesh – sont désormais en train d’installer les quelques milliers d’antennes qui devraient assurer un taux de couverture 5G déjà relativement important dès 2023 (récemment, Proximus exprimait son ambition de couvrir 99 % du territoire belge en 5G pour 2024, NDLR). Dans certains milieux économiques et politiques, on a parfois entendu des cris d’effroi quant au retard pris par la Belgique dans ce déploiement. Force est de constater que celui-ci est en passe d’être rattrapé, sans conséquences majeures pour les économies régionales (fin 2022, le taux de couverture en 5G était en moyenne de 25 % en Europe, avec des pays plus avancés que d’autres : 50 % au Luxembourg, 40 % en France ; hors du vieux continent, certains déploiements sont encore plus importants : 93 % en Corée du Sud, 90 % à Taïwan, 75 % en Australie, 71 % aux États-Unis, 60 % en Chine, NDLR).

 

Différents opérateurs – Proximus, Orange, Telenet, CityMesh – sont désormais en train d’installer les quelques milliers d’antennes qui devraient assurer un taux de couverture 5G déjà relativement important dès 2023. © Belga

À l’autre bout de la chaîne, il y a les futurs utilisateurs de la 5G. Encore faut-il qu’ils disposent de terminaux compatibles ?

Ce sera de plus en plus le cas : la plupart des smartphones de milieu et haut de gamme mis sur le marché sont désormais équipés d’une antenne 5G.

La boucle est bouclée ?

D’une certaine façon. Tout est désormais en place pour que les opérateurs puissent déployer, sans trop de difficultés, cette nouvelle génération d’infrastructure mobile sur notre territoire.

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Quelle est sa valeur ajoutée par rapport à la 4G ?

L’infrastructure 5G annonce essentiellement des vitesses de transfert de données plus rapides et un temps de latence réduit. Elle amène aussi une foule d’autres innovations techniques : des antennes plus performantes, un plus grand niveau de sécurité, la virtualisation d’une partie des fonctions du réseau, etc.

Qu’est-ce que cela va changer pour le consommateur lambda ?

Il ne faut sans doute pas s’attendre à une révolution comme celle qui fut liée à l’arrivée plus ou moins concomitante des smartphones et de la 4G. Par exemple, la 5G permettra d’accéder à des vidéos d’ultra-haute définition, mais quel sera l’intérêt de cette avancée alors que, vu leur taille, les écrans mobiles se contentent très bien de formats moins lourds, que la 4G permet déjà de télécharger en lecture continue ? On annonce aussi la venue de nouvelles applications de réalité augmentée. Mais à ce stade, ce sont plus des effets d’annonce que quelque chose de concret pour les consommateurs.

« Il convient de rester circonspect face aux promesses véhiculées par l’industrie des télécommunications, qui visent à présenter la 5G comme absolument incontournable »

Dans le discours qui promeut la 5G, il est pourtant souvent question de grands progrès qui seraient liés à son avènement ?

Encore une fois, il convient de rester circonspect face aux promesses véhiculées par l’industrie des télécommunications, qui visent à présenter la 5G comme absolument incontournable. Prenons le cas des opérations chirurgicales à distance, encore mises en avant par Proximus il y a peu. Celles-ci ne sont probablement pas nécessaires dans un pays aussi densément peuplé que la Belgique. Et quand bien même, de telles opérations n’auraient probablement pas besoin d’une connexion mobile, puisqu’elles s’effectueraient selon toute vraisemblance au moyen d’une connexion fixe, généralement plus rapide, réactive et stable. Il en va de même pour la ville intelligente ou la voiture autonome, qui n’ont pas un besoin absolu de 5G pour se développer. À vrai dire, quelques minutes de réflexion permettent généralement de mettre en doute nombre de promesses faites par les opérateurs de télécommunications. Il suffit de se demander, pour chaque application annoncée, si la 5G est la seule technologie réseau qui la rend possible. Parfois, c’est le cas, mais le plus souvent la réponse est négative. Pour l’instant, les secteurs où la 5G semble pouvoir faire une réelle différence demeurent encore relativement limités. Cela concerne principalement des activités de production industrielle, de logistique et de maintenance. L’exemple de la Corée du Sud, où le déploiement de la 5G a pourtant commencé dès 2019, ne nous avance pas beaucoup plus sur les applications concrètes. On peut y voir un indice du fait que l’urgence économique n’était peut-être pas aussi pressante que ce qu’on a pu prétendre.

 

Jérémy Grosman : « Les opérations médicale à distance n’auraient probablement pas besoin d’une connexion mobile, puisqu’elles s’effectueraient selon toute vraisemblance au moyen d’une connexion fixe, généralement plus rapide, réactive et stable.» Photonews

N’aurait-on pas pu limiter l’implémentation de la 5G aux sites des acteurs industriels et économiques qui en ont l’usage ?

C’est une bonne question. L’intérêt relativement modéré de la 5G pour des usagers privés aurait pu plaider en faveur de déploiements ciblés. Cela aurait été tout à fait possible. Par exemple, des industriels allemands ont obtenu qu’une partie des bandes de fréquence leur soient réservées afin de déployer des réseaux 5G privés. Des groupes d’intérêts écologiques, comme le « Shift Project », ont également suggéré des scénarios de déploiement ciblé afin de limiter l’impact climatique associé à l’importante consommation électrique du réseau.

 La mise en discussion publique des choix technologiques est encore loin d’être une évidence. La tendance générale est plutôt à identifier — quelque peu naïvement — prouesse technologique et progrès sociétal 

 

Pourtant, ce n’est pas la voie qui a été choisie dans de nombreux pays, et maintenant en Belgique, où l’on se lance dans un déploiement sur tout le territoire.

Cela démontre que la mise en discussion publique des choix technologiques est encore loin d’être une évidence. La tendance générale est plutôt à identifier — quelque peu naïvement — prouesse technologique et progrès sociétal. Dans le cas de la 5G, on peut, en grande partie, y voir la réussite d’une opération de lobbying visant à imposer l’idée du déploiement généralisé comme la seule option viable.

 Quels sont les principaux bénéficiaires de l’opération ?

Les infrastructures de télécommunications représentent, dans la plupart des pays développés, un des premiers postes d’investissement : en Belgique, l’Institut belge des services postaux et des télécommunications (IBPT) parle d’à peu près 1,5 milliard par an. Pour les États, la vente des droits d’usage du spectre électromagnétique aux opérateurs de télécommunication représente une rentrée non négligeable. De plus, l’infrastructure 5G ouvre aux plates-formes numériques (Google, Amazon, Microsoft, etc.), bien que de façon plus indirecte, de nouvelles opportunités de services et de revenus. Enfin, de façon évidente, la 5G rapporte d’abord et avant tout aux industriels qui produisent et déploient les équipements (Ericsson, Cisco, Qualcomm, etc.). Ce sont eux qui, in fine, dictent le rythme des générations de télécommunications.

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Pour les opérateurs qui investissent dans la 5G, la recherche de rentabilité est évidemment un paramètre essentiel.

Bien évidemment. Or leur modèle économique dépend, pour l’essentiel, de la quantité de données échangées et facturées. Pour assurer des retours sur leurs importants investissements (enchères, infrastructure et entretien), ces opérateurs vont très probablement encourager la multiplication des usages et stimuler la croissance du trafic (objets connectés, nouvelles applications, etc.).

Avec quelles conséquences sur le plan sociétal ?

Un des principaux enjeux sociétaux prend le nom d’hyperconnectivité. Tout le monde a déjà eu cette impression d’avoir perdu le contrôle de l’usage de son téléphone, comme si une démangeaison nous imposait de le regarder toutes les trente secondes. La chose existait déjà avec la 4G. Disons qu’avec la 5G, dans la mesure où elle s’accompagnera probablement d’une intensification des usages existants, on continue à avancer résolument sur le même chemin. Pour autant, on va parfois trop vite lorsqu’on interprète les relations aux jeux vidéo selon le prisme de l’addiction, qu’on lie l’usage des smartphones aux troubles de l’attention ou qu’on entend corréler réseaux sociaux et troubles dépressifs. Je serai plus prudent : l’enjeu est d’apprendre à négocier une relation productive à cette foule d’objets et de services qui n’existaient pas il y a une dizaine d’années. Pour autant, la question ne me semble pas pouvoir faire l’économie d’une véritable réflexion collective. Il serait trop facile de demander à chacun de résister individuellement à ces dispositifs, continuellement perfectionnés par des armées d’employés travaillant pour les plates-formes numériques dans le but de capturer notre attention. Cet enjeu doit aussi être abordé de façon collective, sous les angles de l’éducation aux médias, de l’éthique de l’ingénierie et de la santé mentale.

 « L’histoire des sciences et des techniques nous rappelle suffisamment qu’on se rend compte parfois tardivement que certaines innovations industrielles sont autrement plus nocives qu’on ne l’avait imaginé »

Qu’en est-il de l’impact potentiel de la 5G sur la santé physique ?

Le principal problème est l’exposition aux rayonnements électromagnétiques. Il importe relativement peu qu’il s’agisse de 4G ou de 5G. Les normes sanitaires visent à limiter cette exposition et donc l’impact des ondes sur nos corps. Toutefois, en Belgique, le déploiement des antennes 5G s’accompagnera d’une augmentation de l’exposition et, à Bruxelles et en Wallonie, d’un rehaussement des normes. C’est de là que provient l’inquiétude d’une partie des citoyens. Pour le dire de façon un peu caricaturale, les « méfiants » affirment que ces normes sont insuffisantes. Ils invoquent l’existence d’effets néfastes pour la santé dont elles ne tiendraient pas compte, effets qui seraient attestés par différentes études toxicologiques mais qui demeurent controversés au sein de la communauté scientifique. Les « confiants » affirment eux, au contraire, que ces normes sont largement suffisantes. Ils invoquent généralement le fait qu’elles sont plus exigeantes que dans la plupart des autres pays européens, où aucun problème de santé publique n’a encore été constaté.

On ne peut que constater, par ailleurs, que des personnes un peu partout dans le monde se déclarent électrohypersensibles.

La question n’est pas évidente. Pour dire les choses brutalement, nous nous retrouvons d’une part face à des personnes électrohypersensibles qui souffrent et, d’autre part, face à des recherches biomédicales qui n’ont pour l’instant débouché sur aucun consensus robuste. N’étant pas un expert des questions sanitaires, je me contenterai de deux remarques de nature plus générale. D’abord, l’histoire des sciences et des techniques nous rappelle suffisamment qu’on se rend compte parfois tardivement que certaines innovations industrielles sont autrement plus nocives qu’on ne l’avait imaginé. Ensuite, la plupart des experts s’accordent sur la nécessité de poursuivre des études sanitaires, notamment sur les bandes de fréquence plus élevées, sur les vivants non mammifères et sur l’électrohypersensibilité.

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Le déploiement de la 5G ne pose-t-il pas aussi question du point de vue environnemental ?

À ce stade, c’est sans doute la question environnementale qui est la plus prégnante, alors que le dérèglement climatique est devenu un enjeu crucial. En 2019, les estimations portaient à près de 4 % les émissions carbonées mondiales dues à la production et à l’utilisation des technologies numériques. C’est déjà plus que les 2 % habituellement attribués au transport aérien civil. La plupart des études estiment que la consommation électrique associée à l’ensemble des réseaux mobiles atteint aujourd’hui une part d’à peu près 0,5 %. On considère généralement qu’il faut doubler ce chiffre pour tenir compte des consommations électriques associées aux terminaux. Il est plus que probable que la croissance de la consommation de données et la croissance du nombre d’antennes vont mener à une augmentation de la consommation électrique associée à l’infrastructure mobile. Certes, on argue parfois que les gains d’efficacité de la nouvelle infrastructure (l’énergie consommée pour une donnée transmise) devraient permettre de limiter l’impact énergétique global. Mais cela est mis en doute par certains opérateurs eux-mêmes. En juin 2020, interrogé par des sénateurs français, un représentant de Bouygues Telecom déclarait : « Il est erroné d’affirmer que la 5G permettra des efforts en matière d’énergie. Après la première année de déploiement, la consommation énergétique de tous les opérateurs affichera une augmentation importante. » Une étude de l’UCLouvain a récemment cherché à évaluer avec plus de précision l’impact de la 5G sur la consommation électrique belge. Il en ressort que le scénario actuel de déploiement aboutirait à une augmentation significative de la consommation électrique des réseaux mobiles : à l’horizon 2025, il pourrait s’agit d’une croissance de 27 % à 81 % par rapport à la consommation associée à la 4G en 2020.

« D’un point de vue énergétique et climatique, on ne peut pas dire que la marche triomphale de la 5G s’inscrive dans le sens de l’histoire »

N’est-il pas aussi objecté par les défenseurs de la 5G que celle-ci permettrait de réduire la consommation énergétique globale par le biais d’économies dans le domaine de la logistique ou de la production ?

Certes, mais au-delà des slogans, il n’existe aucune étude sérieuse qui le démontre. La plupart de ces affirmations sont reprises de rapports commandés par des lobbys industriels à différentes sociétés de consultance. Tous souffrent des mêmes biais : ils se contentent d’évaluer les effets positifs indirects de l’implémentation de la 5G sur divers secteurs d’activité, en se dispensant d’étudier sérieusement les effets négatifs indirects. De telles prévisions demeurent d’ailleurs hautement spéculatives : je n’échangerais jamais une relative certitude concernant l’effet direct de la 5G sur la consommation d’électricité contre une relative incertitude concernant son effet indirect sur d’autres secteurs. D’un point de vue énergétique et climatique, on ne peut pas dire que la marche triomphale de la 5G s’inscrive dans le sens de l’histoire.

Un regard prospectif ne s’impose-t-il pas également en termes d’impact éventuel sur les libertés individuelles ?

C’est un type d’impact qui doit être pris au sérieux. La société américaine Gartner, spécialisée en conseil et recherche dans le domaine des nouvelles technologies, conjecture qu’une grande partie des équipements reliés au réseau 5G pourrait être constituée de caméras de surveillance. Encore une fois, ici aussi, la 5G ne change pas fondamentalement la donne. Mais en facilitant l’installation de ce genre de dispositif, elle pourrait bien accentuer une tendance à l’intensification de la collecte de données personnelles. Cela peut légitimement être questionné. Le problème est alors de trouver l’équilibre adéquat entre exigences sécuritaires et démocratiques.

Jérémy Grosman : « La société américaine Gartner, spécialisée en conseil et recherche dans le domaine des nouvelles technologies, conjecture qu’une grande partie des équipements reliés au réseau 5G pourrait être constituée de caméras de surveillance.» © Photonews

La 5G, un train fou qui avance dans le brouillard ?

La formule est sans doute trop forte. Disons plutôt qu’on emprunte la route de la 5G sans suffisamment tenir compte de certains angles morts. Bien des questions restent à étudier et à débattre sur le plan sociétal, environnemental et démocratique. C’est un problème structurel : la plupart des décisions technologiques ne font pas l’objet d’importantes discussions démocratiques. La parole sur ces questions est trop souvent monopolisée soit par des communicants au service de l’industrie, soit par des complotistes aux théories alambiquées (par exemple, certains illuminés ont évoqué le spectre d’un vaccin mortel contre le coronavirus activable par la 5G, NDLR). L’enjeu, à la fois technique et démocratique, est d’échapper à cette polarisation « technophiles contre technophobes » et de parvenir à discuter de façon sereine et exigeante des conséquences sanitaires et sociales, économiques et environnementales de la 5G ou autres technologies. Pourquoi la Belgique ne se doterait-elle pas d’un organisme similaire au Rathenau Instituut en Hollande, chargé d’organiser la mise en discussion politique des choix technologiques ?

 

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