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Un étudiant à l’IHECS détenu en Turquie pour « terrorisme »

Loup Bureau en Ukraine pour un reportage intitulé "Les enfants de Maïdan". | © Capture d'écran Facebook

Société

Un jeune journaliste français, toujours étudiant en journalisme à l’IHECS à Bruxelles, est détenu en Turquie depuis mardi 1er août. Il est soupçonné d’activités « terroristes » en lien avec des combattants kurdes de Syrie.

Le journalisme est une fois de plus criminalisé. Alors que Mathias Depardon, photojournaliste français arrêté en mai dernier en Turquie, est revenu au pays il y a à peine deux mois, c’est au tour d’un autre journaliste indépendant d’être l’otage du régime Erdogan. Loup Bureau, en passe de terminer ses études à l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales à Bruxelles, a été arrêté la semaine dernière au poste-frontière de Habur entre l’Irak et la Turquie, en possessions de photographies et d’interviews avec des combattants kurdes syriens des YPG, selon l’agence de presse Anadolu mercredi 2 août. Les YPG sont considérés par Ankara comme une extension des séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Deux organisations classées comme « terroristes » pour la Turquie.

Après cinq jours en garde à vue, le jeune Français de 27 ans, qui ne voyageait pas dans le cadre de ses études, a été incarcéré dans la ville de Sirnak, dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie, pour une durée de sept jours, selon Le Monde. « La loi turque prescrit qu’au terme de cette semaine de détention le dossier du prévenu soit une nouvelle fois examiné ».

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« C’est malheureusement quelque chose de courant, voire de systématique en Turquie, d’être accusé de terrorisme, lorsque l’on s’attache à ce genre de sujets », explique Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est-Asie centrale de Reporters sans Frontières (RSF) ce jeudi sur franceinfo à propos de la question kurde, « une question majeure au Proche-Orient en ce moment ».

Pas un amateur

Si certains étudiants partent après leurs études, sac sur le dos, caméra à l’épaule, dans des zones dites dangereuses sans en être véritablement conscients, Loup Bureau n’est pas à placer dans cette catégorie. Futur reporter de guerre, « parce que si lui ne le fait pas, qui le fera ? », le journaliste indépendant a déjà notamment travaillé pour TV5 Monde en Égypte au moment de la Révolution mais aussi, en 2013 dans le cadre d’un reportage auprès des YPG dans le nord de la Syrie.

Passionné par le terrain et, plus particulièrement, les zones de conflit, Loup Bureau essayait de réaliser le même type de reportage dans le Kurdistan irakien, dans le sud-est de la Turquie, d’après Johann Bihr. « Ce sont des zones tendues, où la paranoïa est de rigueur, où les combats font rage entre l’armée turque et les rebelles kurdes du PKK ».

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« La plus grande prison pour les journalistes »

Pendant que le ministère français des Affaires étrangères suit « avec la plus grande attention » la situation du jeune journaliste, la famille et les proches de Loup Bureau se refusent à tout commentaire pour ne pas mettre en péril sa libération.

La liberté de la presse est de plus en plus atteinte en Turquie, notamment depuis la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 et les journalistes étrangers sont dans leur collimateur. « La Turquie est la plus grande prison du monde pour les journalistes, avec plus de 100 confrères derrière les barreaux », précise Johann Bihr. Pour rappel, elle occupe la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse établi par RSF.

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