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Pour le Boerenbond, un abandon de l’agriculture industrielle est « utopique »

Fini le rêve de la Petite maison dans la prairie | © Flickr @ RichardBH

Société

Né en Flandre à la fin du 19e siècle, le Boerenbond a pour objectif de rassembler les entrepreneurs agricoles et de défendre leurs intérêts. Face aux retombées du scandale des oeufs contaminés, l’association a un oeuf à peler avec ceux qui prônent un abandon de l’agriculture industrielle. 

Anne-Marie Vangeenberghe, la porte-parole du Boerenbond, ne tourne pas autour du pot. Oui, les pratiques frauduleuses dans le secteur agricole sont inacceptables. Mais non, abandonner l’agriculture industrielle n’est pas la solution. Que du contraire : selon elle, il s’agit tout simplement d’une « utopie« .

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Ils sont pourtant nombreux à s’être indignés contre l’agriculture de masse suite aux révélations que des millions d’oeufs empoisonnés au pesticide avaient été distribués. En Wallonie, le Mouvement d’Action Paysanne a ainsi dénoncé que « les travers de l’industrie de masse. Ce sont uniquement des poulaillers industriels qui sont en cause, et l’Afsca a une fois de plus appliqué la règle du « deux poids, deux mesures ». Une position que ne partage pas le Boerenbond.

« Pas d’agriculture industrielle en Belgique »

D’autant que selon Anne-Marie Vangeenberghe, on ne peut pas vraiment parler d’industrie de masse en Belgique. « Certaines personnes sautent sur toutes les occasions pour taper sur l’agriculture industrielle, mais la vérité c’est que chez nous, c’est à toute petite échelle. Il ne suffit pas simplement d’automatiser la production, on ne peut pas vraiment parler d’agriculture industrielle en Belgique ».

Facebook @ Boerenbond

Force économique

Mais certainement d’une industrie de l’agriculture : instrumental dans l’ascension de la bourgeoise flamande, le Boerenbond est un puissant acteur économique et social au nord du pays. Qui n’hésite pas à s’attaquer au géant suédois IKEA quand la chaîne propose des steaks-frites à 2.5 euros, au motif que c’est une gifle pour les agriculteurs, à peine payés pour leurs produits.

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Des agriculteurs que le Boerenbond défend bec et ongles, quitte a répéter en boucle le même refrain : lors de découverte de foyers de peste aviaire dans le Limbourg en 2003, déjà, et suite aux oeufs contaminés aujourd’hui : « non, ce n’est pas pareil que la crise de la dioxine ». D’ailleurs, Anne-Marie Vangeenberghe insiste,

L’auto-contrôle mis en place dans le secteur agricole a marché. C’est suite à des analyses internes que l’alerte est venue, et dire qu’on n’a rien appris de la crise de la dioxine, c’est un mensonge.

Utopie dangereuse

La vérité selon le Boerenbond ? « Le secteur a appris de ses erreurs passées, et s’est adapté. Mais demander un abandon de l’agriculture industrielle, c’est une utopie. Les gens qui plaident pour une agriculture à plus petite échelle essaient de tirer avantage de toutes les situations. Ici, ce sont des acteurs extérieurs qui ont fauté, mais ce sont tout de même nos agriculteurs qui sont remis en cause ». Une remise en question qui n’a pas lieu d’être : « ceux qui réclament un retour vers une agriculture où tout est fait à la main doivent être prêts à payer leurs produits deux à trois fois plus cher. Non seulement ce serait extrêmement coûteux, mais ce serait aussi fort compliqué pour les agriculteurs, et en plus, ce n’est même pas certain que les produits seraient plus sûrs pour la consommation ! Si il y a moins d’analyses, il y a plus de risques que la nourriture soit contaminée ».

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