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Ces œufs qui pourissent à nouveau la réputation de la Belgique

Une crise de plus pour un État fédéral qui n'avait pas besoin de cela | © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Société

Accusée d’avoir trop tardé à communiquer aux États voisins sur l’existence de « la crise du Fipronil », pointée du doigt pour les expertises peu fiables de son agence pour la sécuritaire alimentaire, la Belgique en prend à nouveau pour son grade dans un article du site politico.eu.

Les partages à peine calmés sur les articles américains pointant la Belgique comme un état corrompu lors des scandales Publifin et Samusocial, les accusations d’incapacité à identifier les terroristes sur son territoire lors des attaques de Paris en 2015 et 2016 toujours dans les mémoires, la situation politique bloquée par les crises gouvernementales francophones,… N’en jetez plus. Si les œufs ne se vendent plus, il se jettent à la face du Royaume noir-jaune-rouge. Et ce ne sont ni les sorties politiques de ces dernières heures réclamant toute la lumière sur la crise sanitaire, et désormais politique en cours, ni les campagnes marketing qui changeront la perception à l’étranger : la Belgique est un État qui ne fonctionne plus. La Belgique a fauté. La Belgique de nouveau responsable d’une crise sanitaire qui touche de nombreux pays européens.  On se croirait revenu en 1999 et à la crise de la dioxine : déjà des histoires d’oeufs et de poulets. Déjà un séisme politique. Cette année-là, on votait quelques semaines après le déclenchement de l’affaire et les écologistes avaient été portés au pouvoir pour la première fois. Le monde politique belge en était sorti passablement ébranlé.

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Près de 20 ans plus tard, c’est dans  une charge plutôt virulente que Politico parle  de « foi brisée dans le gouvernement belge », rappelle la crise de la dioxine de 1999, pointe deux décennies d’incapacité à régler ces problèmes récurrents de communication de crise. « Poor communication, pauvre communication » comme le dit l’article.

Lutter contre le Belgium Bashing

Et toutes les explications du nouveau ministre fédéral de l’Agriculture , Denis Ducarme n’y changeront rien : même si la crise semble avoir démarré aux Pays-Bas, c’est la Belgique qui déguste. D’autant plus, comme le soulignent de nombreux articles internationaux, dont Nice –Matin, c’est une société belge qui a fourni les produits illicites. Et c’est encore la Belgique qui, informée dès mai, s’est tue. Cette charge de Politico qui n’hésite pas à mettre dans le même panier, œufs et terroristes, fait le rapprochement avec la gestion de crise lors des attentats. Là aussi, incapacité des autorités selon le site.

Et en juin dernier, c’est le New York Times qui, au moment du scandale du Samusocial et de la démission d’Yvan Mayeur, décrivait la Belgique comme un terreau favorable à la corruption. Rien que ça. Tout en n’omettant pas de pointer le système politique belge comme étant incompréhensible.  Le même journal avait déjà signalé les faiblesses de la Belgique en terme de lutte contre le terrorisme accusant la bourgmestre de Molenbeek d’avoir été en possession d’une liste de noms de présumés radicalisés plusieurs semaines avant les attaques de Paris.

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Ce Belgium bashing n’a donc pas attendu une histoire de poux et de poules pour être un sport international couru.  En 2016, Didier Reynders, vice-premier Ministre déplorait que le Belgium bashing était avant tout un « auto-bashing », sorte de flagellation nationale. Denis Ducarme, à l’époque simple parlementaire, regrettait lui aussi que la Belgique soit ainsi pointée du doigt. C’est dans ce cadre qu’une campagne annoncée comme « humoristique et décalée » fut lancée début 2017 sous le nom de « 99 raisons pour lesquelles la Belgique est autrement phénoménale » : affichage, réseaux sociaux, site web,… pour un coût total de quatre millions d’euros. Á n’en point douter que cette enième crise rendra ce type de communication plus utile que jamais.

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