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Le scandale des œufs contaminés va coûter la vie à des milliers de poules

Dimanche 6 août, un exploitant belge a décidé d'abattre toutes ses poules. | © Flickr : Dzīvnieku brīvība

Société

Aux Pays-Bas, plus de 300 000 poules ont été déjà abattues. Des centaines de milliers d’autres pourraient subir le même sort en Belgique.

Plus d’une semaine après les révélations, le scandale des œufs contaminés continue de battre son plein. C’est que les proportions n’ont cessées d’enfler ces derniers jour, entre l’omerta de l’Afsca jusqu’à celle des Pays-Bas, au courant de la contamination depuis 2016, a-t-on appris encore ce mercredi 9 août.

Si les pertes financières de cette crise sont déjà estimées à dix millions d’euros – d’après le syndicat agricole flamand Boerenbond -, les « pertes animales » s’annoncent tout aussi considérables.

Poulaillers à gaz

Voilà déjà plusieurs jours que le massacre a commencé au Pays-Bas. Peu après l’éclatement du scandale, plusieurs millions d’œufs provenant de chez nos voisins hollandais ont été rappelés de Belgique, de France, d’Allemagne et de Suisse pour être détruits. Si à l’heure actuelle, des mesures visent à retirer toutes traces de fipronil du marché européen, la procédure d’assainissement risque de ne pas concerner que les œufs.

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Plusieurs éleveurs néerlandais ont déjà entamé la destruction de leurs cheptels avec plus de 300 000 poules abattues et quelques 150 élevages du secteur fermés, selon l’organisation agricole néerlandaise LTO. À l’heure actuelle, une trentaine de poulaillers devraient encore être traités, élevant ainsi le nombre d’animaux abattus proche du million. Une perte considérable qui pourrait bientôt concerner les éleveurs belges.

Dilemme avicole

Car pour ceux dont les poules ont été touchées par le fipronil, le dilemme est de taille. Impossible pour l’exploitant de commercialiser ses œufs pendant une période de trois mois. Le fipronil nécessitant plusieurs semaines pour quitter complètement le corps des volailles. Patienter tout ce temps ou bien détruire l’entièreté de son élevage ? Le choix peut être vite fait pour les éleveurs qui estiment que maintenir leurs poules en vie n’est plus rentable.

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Dimanche dernier, un oviculteur belge a sauté le pas. Jugeant les conséquences financières de la contamination bien trop coûteuses, cet exploitant de la province du Luxembourg a décidé d’abattre ses poules. « Ça coûte vraiment trop cher », a-t-il témoigné dans les journaux de Sudpresse. « Mes poules coûtent ici environ 1 300€ par jour pour les nourrir. S’il faut les garder un jour de plus, c’est un jour de trop. » Résultat : 36 000 poules ont été gazées dans cette exploitation avicole d’Houffalize. Suite à un tel abattage, l’éleveur s’attend déjà à une grosse perte financière et espère être indemnisé.

Bien-être animal

Révoltées, les organisations de défense animale s’organisent pour protester contre cet abattage de masse. Les pancartes se sont déjà soulevées ce lundi 7 août en Hollande où des activistes ont manifesté contre l’abattage, par gazage au CO2, de 60 000 poules prévu dans une ferme de la province de Drenthe, au nord-est du pays.

Des manifestants devant une exploitation avicole, à Witteveen aux Pays-Bas, le lundi 7 août 2017. AFP PHOTO / ANP / Erik Brinkhorst / Netherlands OUT

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Hier, c’est l’organisation belge Gaia qui a prévenu sur Twitter qu’elle « déposerait plainte à chaque fois qu’un éleveur prendra » la décision d’abattre ses poules.« Il est inadmissible que des éleveurs décident ce genre de choses, il s’agit d’une infraction à la loi », s’est insurgé le directeur de Gaia Michel Vandenbosch. « Il est clair ici que ce monsieur a fait tuer ses animaux alors que ce n’était pas nécessaire », a-t-il ajouté en précisant que le seul intérêt d’une telle décision était avant tout économique. Certes, « il allait perdre de l’argent, mais ce n’était pas une nécessité », estime le directeur de l’association qui entend bien faire respecter la loi sur le Bien-Être animal stipulant que « nul ne peut se livrer, sauf pour des raisons de force majeure, à des actes non visés par la présente loi, qui ont pour conséquence de faire périr sans nécessité un animal ou de lui causer sans nécessité des lésions, mutilations, douleurs ou souffrances ».

L’éleveur cherchait uniquement à faire débloquer son exploitation au plus vite en remplaçant ses poules.

L’éleveur de la région d’Houffalize serait jusqu’à présent le seul à avoir fait exécuter ses poules. Ni l’Afsca, ni Gaia n’ayant eu vent d’autres cas.

Des dirigeants de l’entreprise néerlandaise Chickfriend arrêtés

À ce jour, onze perquisitions ont été menées en Belgique dans le cadre de l’enquête liée à la présence de d’insecticide dans des œufs, a indiqué le parquet d’Anvers. Les perquisitions ont été opérées par l’Afsca et d’autres ont eu lieu aux Pays-Bas. Là-bas, deux suspects ont été arrêtés, a annoncé le parquet néerlandais ce jeudi 10 août.

Des perquisitions ont été menées, lors desquelles des documents et du matériel informatiques ont été saisis, ainsi que près de 6 000 litres de produits interdits.

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