Paris Match Belgique

Les Airbnb communautaires prennent leur revanche

Misterb&b apporte respect et confiance aux touristes homosexuels. | © Flickr/Sam Liang

Société

Malgré une charte anti-discrimination adoptée à la fin de l’année 2016, les cas de discriminations sont fréquents sur la plateforme collaborative Airbnb. Les minorités visées par ces refus, insultes et autres désagréments ont décidé de réagir et d’ouvrir leur propre plateforme.

Muzbnb, Noirbnb… De nombreuses plateformes, calquées sur l’ultra-populaire Airbnb, ont vu le jour ces dernières années en réponse aux mésaventures homophobes, racistes ou islamophobes vécues par certains utilisateurs du site. Parmi celles-ci, la plateforme française Misterb&b a probablement pris la plus belle revanche.

Après trois années aux États-Unis, le succès sourit (enfin) aux quatre fondateurs de Misterb&b. François de Landes, Chris Sinton, Marc Dedonder et Matthieu Jost viennent de lever 8,5 millions de dollars, soit plus de 7,2 millions d’euros, auprès de fonds allemand et français, rapporte Les Échos. Pari réussi donc pour le petit frère gay d’Airbnb qui n’était pas parvenu à récolter des fonds en France au moment de sa création en 2014.

Expérience discriminatoire et humiliante

Comme toute plateforme, Misterb&b est né d’une expérience et d’un constat personnels, ceux du cofondateur Matthieu Jost, il y a six ans. Lors d’un week-end en amoureux à Barcelone, l’accueil dans leur location de vacances ne fut pas des plus chaleureux. « Quand je suis arrivé là-bas avec mon copain, notre hôte a très mal pris le fait qu’on était deux garçons à dormir dans le même lit », explique-t-il à Mashable FR. Une expérience humiliante que Matthieu Jost n’a plus jamais voulu revivre.

Déjà actif dans les vacances pour la communauté gay chez Mister10, il a ainsi eu l’idée de lancer une plateforme « où les homosexuels n’auraient pas besoin de faire un ‘coming out’ à chaque réservation », rapporte French Morning. Trois mois après sa rencontre avec François de Landes, qui travaillait pour un site de locations de vacances, le projet était né. « On savait que la cible des voyageurs gays était intéressante. Ils voyagent beaucoup, peuvent improviser. Et quand ils partent en vacances, ils peuvent aussi louer leur appartement », explique François de Landes, responsable aujourd’hui de l’antenne américaine de la plateforme.

Nos interlocuteurs nous imaginaient en site de rencontre.

En ligne depuis 2013, le site ressemble à s’y méprendre à Airbnb. Mais la recherche de financement a certainement été plus difficile que pour son grand frère plus connu. « Je crois qu’en France la communauté financière est encore très conservatrice. Nos interlocuteurs nous imaginaient en site de rencontre. Il y avait beaucoup de clichés », raconte François de Landes à French Morning. Deux ans plus tard, ils décident alors de tenter leur chance aux États-Unis et c’est le jackpot. Les Américains ont, eux, bien compris le potentiel du tourisme LGBT, estimé à 200 milliards de dollars de dépenses par an, selon le site français.

De la discrimination au respect

L’expérience malheureuse de Matthieu Jost, ils sont nombreux à l’avoir vécue lors d’un voyage. Sentiments de gêne, remarques homophobes, réticences voire même refus sont autant de problèmes auxquels sont confrontés la communauté homosexuelle sur Airbnb. Ce qui a d’ailleurs poussé la fameuse plateforme fin 2016 à imposer à ses hôtes une politique de non-discrimination. Les utilisateurs d’Airbnb ne peuvent désormais refuser un voyageur à cause de son genre, sa couleur de peau, de son origine ethnique, de son origine nationale, de sa religion, de son orientation sexuelle, de son identité de genre ou de sa situation familiale. Cette charte est loin d’être respectée tant les cas de discriminations sont nombreux.

Mais Airbnb essaie de contre-attaquer. La plateforme a récemment fermé ses portes à des nationalistes en supprimant leur réservation mais aussi leurs comptes. Un exemple parmi d’autres.

Avec Misterb&b, le touriste sait qu’il ne recevra aucune remarque homophobe ou aucun refus. La plateforme est aujourd’hui active dans plus de 130 pays et n’est pas seulement réservée aux personnes homosexuelles. La seule condition est d’être gay-friendly, nuance. « Certaines femmes hétérosexuelles sont également inscrites sur le site. Elles ont moins le risque de se faire embêter par un hôte trop présent », expliquait le cofondateur Marc Dedonder à L’Obs. Le succès de la plateforme repose ainsi sur un système de confiance et de respect. « Et un certain confort psychologique », comme l’explique le site français.

Muzbnb

Pas le seul communautaire

D’autres plateformes communautaires se sont inspirés d’Airbnb pour répondre aux besoins d’une communauté minoritaire. Noirbnb, dédié aux Afro-américains, ou encore Muzbnb, à destination des touristes musulmans. Fondée en 2017 par un entrepreneur américain, cette dernière propose à ses utilisateurs des locations bien spécifiques pour répondre aux besoins des musulmans. « Il est parfois compliqué de voyager quand on est musulman. Soyons honnêtes — dans le climat actuel, les musulmans sont sujet à une série de stéréotypes et même de harcèlement », explique le cofondateur et CEO de Muzbnb Hadi Shakuur, rapporté par Numerama. « Outre la menace de l’islamophobie, nous avons, en tant que musulmans, des éléments à prendre en compte lorsque nous voyageons, comme savoir où prier [et] où trouver de la nourriture halal ».

Elle vise alors un marché conséquent puisqu’elle s’adresse à une communauté de 1,8 milliard de croyants dans le monde, selon les chiffres de Pew Research Center, en 2015. Mais aussi un tourisme halal en pleine expansion.

CIM Internet