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À Mons, la solidarité s’organise pour préparer l’examen d’entrée en médecine sans se ruiner

Les étudiants se serrent les coudes face aux coups durs du système | © BELGA / LAURIE DIEFFEMBACQ

Société

Dès l’annonce de la mise en place d’un examen d’entrée en médecine, les agences privées proposant des formations préparatoires se sont multipliées. Des formations « résultats garantis » qui coûtent jusqu’à 1 000 euros les deux semaines. De quoi motiver le Comité Inter Universitaire des Etudiants en médecine à lancer des cours gratuits. 

Robin sait combien réussir sa première année de médecine lui a coûté. Aux frais d’inscription et d’achats de fournitures et syllabi se sont ajoutés 720€, soit  douze séances de tutorat en physique. Le prix à payer pour atteindre le niveau nécessaire à la réussite de son examen, raté une première fois en première session et indispensable à la réussite de son année. Surnommé « papy », son professeur de physique était un sympathique physicien à la retraite. Une retraite tout sauf tranquille : « c’était connu parmi les étudiants que ceux qui allaient chez lui avaient un taux de réussite très élevé à l’examen, alors les places s’arrachaient à ses cours particuliers. Certains étudiants étaient forcés de suivre les cours par groupes de 6, et le mercredi, c’était le chassé-croisé devant chez lui ». Un business juteux. « On s’était amusés à calculer combien d’argent il pouvait se faire comme ça, et on avait estimé qu’il devait facilement gagner 2 000 euros par mois », se souvient Robin. Qui, s’il ne regrette rien, avoue tout de même avoir conscience de sa chance d’avoir des parents qui ont pu allonger des centaines d’euros pour ses cours particuliers.

Développement malsain

Un privilège dont ne bénéficient pas tous les étudiants. C’est cette injustice qui a donné l’idée au Comité Inter Universitaire des Etudiants en médecine de proposer une préparation alternative, mais aussi et surtout gratuite, à l’examen d’entrée en médecine. Giovanni Briganti, co-président du Comité et étudiant en 5e année, est à l’origine du mouvement. Pour cet assistant à l’université originaire d’Italie, pas question de voir fleurir le système à deux vitesses présent dans son pays d’origine. « En Italie, il y a un examen d’entrée en place depuis longtemps, et j’ai pu voir de mes propres yeux le développement malsain du business des agences privées pour préparer les examens. Quand j’ai appris que l’examen allait être mis en place ici, je n’ai pas été surpris de voir rapidement des agences proposer leurs services ».

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Les étudiants ont été nombreux à présenter l’examen à Bruxelles en juillet – BELGA / NICOLAS MAETERLINCK

D’une pierre deux coups

Les dates limites d’inscription pour les cours préparatoires mis en place par les différentes universités dépassées, certains étudiants désespérés n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers des organismes privés. A condition toutefois de pouvoir se les payer: compter 1 000 euros en moyene pour les programmes de préparation à l’examen. Inadmissible, pour Giovanni Briganti. « On se bat pour un enseignement supérieur accessible à tous, donc on trouve ces tarifs tout bonnement scandaleux, et ça nous a donné envie d’agir ». La solution : des cours en master class, donnés par des professeurs et des étudiants assistants. L’occasion de se concentrer sur des matières clés, afin d’augmenter les chances de réussite des étudiants. Mais aussi faire un pied-de-nez à ceux qui cherchent à profiter de la détresse des étudiants pour se faire de l’argent. « On a aussi voulu faire un coup médiatique, montrer qu’il y a une autre solution que les agences privées ».

Diffusion en ligne

Une solution que les étudiants attendaient avec impatience: « la réponse a été immédiate, beaucoup d’étudiants se sont manifestés pour dire qu’ils étaient désespérés et qu’ils étaient ravis de pouvoir avoir cette opportunité ». Une opportunité que le Comité veut la plus égalitaire possible : « comme les cours se tiendront à Mons, on va s’arranger pour qu’il y ait aussi des podcasts en ligne pour les étudiants des autres facultés ».

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