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Baltimore se débarasse de ses statues problématiques en une nuit

Un socle vide, c'est tout ce qu'il reste de l'une des statues de Baltimore. | © Twitter/Baynard Woods

Société

Des villes américaines ont décidé de faire disparaitre leurs statues de Confédérés suite aux évènements de Charlottesville – Baltimore la première.

« Quelque part devant le grand éternel, Dred Scott est assis avec un scotch et un cigare », écrivait ce mercredi David Simon, le fameux créateur de la série The Wire. Si son nom est inscrit dans chaque générique de la saga de Baltimore, celui de Dred Scott est moins célèbre : au 19ème siècle, cet esclave noir américain intente un procès à sa maîtresse, qui refuse de le libérer de ses chaines, malgré l’abbolition de l’esclavage dans l’Illinois. Le juge de la Cour suprême Roger B. Taney tranche finalement en la faveur de la « propriétaire », refusant ainsi à l’homme et à sa femme la liberté, en même temps que le droit d’être considérés comme des citoyens américains. Dred Scott n’a jamais eu de statue – le juge Taney si.

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Mais c’était sans compter la rapidité et l’efficacité de la ville de Baltimore, à la suite des évènements de Charlottesville, au cours desquels une femme de 32 ans, Heather Heyer, a été tuée par un néonazi au volant de sa voiture. Si la ville a rapidement décidé de mettre à terre ses statues en hommage aux Confédérés, il n’aura pas fallu attendre plus d’un jour pour les voir tout bonnement disparaitre, déplacées au beau milieu de la nuit.

La statue du juge Taney a ainsi été ôtée de son socle, sous les étoiles. « La maire Catherine Pugh a annoncé plus tôt cette semaine que les monuments confédérés devaient être enlevées (…) Elle a décidé qu’il était temps et a demandé de le faire la nuit-même », raconte un porte-parole de la ville à BuzzFeed News.

Des statues ou l’Histoire

D’autres villes ont déclaré vouloir faire disparaitre toute trace d’hommage aux Confédérés, comme à Lexington dans le Kentucky ou à Gainesville, en Floride. Dans l’Alabama, alors que la loi interdit de faire disparaitre ces statues, la ville de Birmingham a posé un drap sur chacun de ces monuments. Lundi à Durham, en Caroline du Nord, les manifestants ont eux-mêmes fait descendre un personnage confédéré de son piédestal.

[Si] On change l’Histoire, on change la culture. – Donald Trump

Mais pour le président Donald Trump, ces « réajustements » de l’espace public ne sont rien d’autre qu’un attentat à l’histoire américaine. « Je me demande, est-ce que ce sera George Washington la semaine prochaine ? », a-t-il demandé à propos du président qui détenait également des esclaves, en son temps. Selon Trump, en agissant de la sorte, les villes « changent l’histoire », rapporte CNN.

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Plus tôt cette année, la ville de La Nouvelle-Orléans avait déjà décidé de supprimer plusieurs monuments. « Mettre littérallement la Confédération sur un pied d’estale dans nos lieux les plus importants – en leur honneur – est un récit incorrect de notre passé, un affront à notre présent et une mauvaise description de notre futur », avait déclaré le maire de la ville, Mitch Landrieu.

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