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Au Liban, un violeur ne peut plus épouser sa victime pour échapper à la Justice

L’ONG Abaad avait diffusé une campagne choc. | © Capture d'écran/Youtube

Société

Ce mercredi 16 août 2017, le Parlement libanais a définitivement abrogé l’article 522 du code pénal qui permettait aux violeurs qui épousaient leur victime d’échapper à la justice. Une grande avancée pour le droit des femmes au Pays du Cèdre.

Jusqu’il y a peu, l’article 522 du code pénal libanais, datant de 1948, permettait à un violeur d’échapper à toute poursuite judiciaire s’il épousait sa victime. Alors que depuis des années, les activistes militaient contre l’article 522, la campagne s’était intensifiée ces derniers mois. En décembre 2016, l’ONG Abaad avait tapissé le pays d’affiches représentant des mariées ensanglantées.

Le slogan de la campagne était « Le blanc ne couvre pas le viol », l’ONG avait également produit une vidéo choc mettant en scène une jeune fille pansant ses blessures.

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Sur les réseaux sociaux, le hashtag #undress522 avait prolongé la campagne.
En avril, l’artiste libanaise Mireille Honein s’était engagée dans le combat en accrochant 31 robes de mariée sur la Corniche de Beyrouth, en bord de mer. Trente et une robes pour rappeler que chaque jour de chaque mois des filles couraient alors le risque d’être mariée à leur violeur.

Une victoire pour les femmes libanaises

L’article 522 représentait un double crime, pour celle qui en plus d’être violée se voyait contrainte d’être liée à son agresseur. En décembre, une commission parlementaire avait validé l’abrogation de l’article 522, mais il a fallu encore huit mois pour que le vote intervienne en séance plénière. L’abrogation de l’article a bien sûr suscité beaucoup d’émotions dans les rangs des militants

« Félicitations aux femmes du Liban ! », a quant à elle communiqué l’ONG Abaad sur Facebook.

Cependant certains, comme les membres de l’ONG Kafa (qui se traduit par « assez » en arabe) ne se réjouissent pas tout à fait de la nouvelle. Les effets de l’article ont été maintenus en cas d’une relation sexuelle « consentie » avec une mineure âgée entre 15 et 18 ans et en cas d’une relation sexuelle – non consentie – avec une mineure âgée de 15 à 18 ans, mais avec promesse de mariage (articles 505 et 518).

Dans le reste du monde

Au Maroc, jusqu’en 2014, l’article 475 du Code pénal proposait également que l’homme soit gracié s’il épousait la victime. En Jordanie, le Parlement vient d’abolir une loi similaire au début du mois d’août, même chose en Tunisie il y a quelques semaines à peine. Malgré ces avancées, dans de nombreux pays arabes comme l’Algérie, l’Irak, la Libye, la Syrie, le Koweït ou les Territoires palestiniens, le mariage entre un violeur et sa victime reste une réalité.

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Ces pratiques ne sont pas réservées au monde arabe. Nombreux sont les pays où ce genre de lois sont toujours en vigueur, la Malaisie, l’Indonésie et le Venezuela sont de bons exemples. Le combat est loin d’être gagné.

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