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C’est quoi au juste, l’« alt-right » américaine ?

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Depuis les violences de Charlottesville, l’alt-right américaine refait parler d’elle. Que se cache-t-il sous cette nouvelle bannière extrémiste et existe-t-il une « alt-left » ? Retour sur un mouvement qui a atteint une « apothéose » violente le 12 août 2017.

 

Quoi de plus traditionnaliste et de moins tourné vers la différence que les idées d’extrême droite ? Depuis le 12 août, date à laquelle un jeune homme de 20 ans qualifié par la presse de « néonazi » a décidé d’aller percuter avec sa voiture des manifestants à Charlottesville, le terme « alt-right » refait pourtant surface. « Alt-right », comme « alternative right » : une droite alternative, parce qu’elle propose une autre voie pour ceux que le parti républicain historique a fini par lasser. Une proposition politique et sociale « différente », donc, mais qui rencontre aussi l’autre sens du mot « alternatif » : un mouvement « périodique », qui reprend des idées d’un autre temps.

Le terme est apparu pour la première fois dans la bouche de Paul Gottfried, un Américain juif qui se considère comme un « paléoconservateur », dans un article pour Takimag en 2008. Depuis, l’English Oxford Dictionary en a déduit une définition relativement explicite : l’alt-right américaine a tout l’air d’« un groupe idéologique associé à des points de vue extrêmement réactionnaires et conservateurs, caractérisé par le rejet des politiques mainstream et par l’utilisation des médias en ligne pour diffuser du contenu délibérément controversé ». Ainsi soit-il. Mais plus précisément, on range désormais sous le drapeau – bien souvent confédéré – de l’alt-right des candidats, plus ou moins organisés, au protectionnisme, à l’anti-sémitisme, à la suprémacie blanche, à l’islamophobie, à l’anti-féminisme, à l’homophobie et, de manière avouée, au néonazisme.

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À Charlottesville il y a quelques jours, c’est bien une brigade alt-right qui a débarqué sur les marches de l’hôtel de ville, torches à la main. Aux cris de « Les Juifs ne nous remplaceront pas », les jeunes hommes qui constituaient le cortège nocturne ont fait un inventaire bruyant d’une partie de leurs opinions. Dans un tout récent – et choquant – reportage de VICE sur place, les hommes violents qui ont affronté, le lendemain, une partie de la population de Charlottesville se revendiquent clairement et radicalement de cette droite « alternative ».

Trump, je t’aime, moi non plus

« Je suis ici pour diffuser mes idées, parler, dans l’espoir que quelqu’un de plus capable que moi nous rejoindra (…) Quelqu’un comme Donald Trump, [mais] qui ne donnera pas sa fille à un Juif », balance à la caméra un alt-right vocal au début du documentaire, à propos d’Ivanka Trump et de son mari Jared Kushner. Par le passé pourtant, ces radicaux avaient montré plus de respect et une certaine allégeance envers le nouveau président américain.

En novembre 2016, juste après la victoire de Donald Trump, le discours du suprémaciste américain Richard Spencer en la faveur de « l’élu » avait été accueilli par des cris de joie mêlés à des « Heil Trump » et des bras fermement tendus vers le ciel. C’est que Donald Trump était alors pointé pour avoir de nombreux supporters parmi les rangs de l’alt-right : durant la campagne, Hillary Clinton elle-même avait accusé son adversaire de « normaliser » leurs idées racistes et misogynes. Du côté des Républicains également, on voyait d’un mauvais œil le rapprochement avec les radicaux, souvent hostiles au libéralisme et conservatisme traditionnels, tel qu’on peut le côtoyer au sein du parti de Donald Trump.

Malgré ces attaques, le président avait décidé de nommer à ses côtés Steve Bannon, le fondateur de Breitbart, un site d’information partial et clairement alt-right, qui a pour objectif de diffuser l’idéologie radicale. Quelques mois plus tôt, en mars 2016, les deux « polémistes » américains Allum Bokhari et Milo Yiannopoulos y avaient notamment publié le « manifeste » du mouvement, sous la forme d’un article.

En novembre 2016 pourtant, dans une interview pour le New Tork Times, Donald Trump désavouait et condamnait l’alt-right américaine. Pas plus tard que mardi dernier enfin, il refusait de garantir la sécurité du poste à la Maison blanche du patron de Breitbart. « Nous verrons ce qu’il adviendra de M. Bannon », a-t-il déclaré, selon le New York Times. De quoi agacer ses supporters radicaux, qui ont sans nul doute fait partie de ses électeurs, en novembre dernier.

L’alt-left, un mythe trumpien ?

Après le drame de samedi à Charlottesville, Donald Trump a tardé à réagir. Pour une fois, semble-t-il, le président devait peser ses mots, après un tweet spontané. Les calculer pour leur donner tout leur (double-)sens. Ainsi, il a fermement dénoncé les violences… des deux parties. L’alt-right et les habitants de Charlottesville opposés à la manifestation sous le drapeau des Confédérés, tous dans le même panier.

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©AFP PHOTO / PAUL J. RICHARDS – Les manifestants opposés à l’alt-right, le 12 août.

« Quid de l’alt-left qui a chargé ce que vous appelez l’alt-right ?« , a lancé aux journalistes le président, le 15 août. « Quid du fait qu’ils les aient attaqués avec des clubs de golf ? N’ont-ils pas un problème, eux ? Je crois bien que si ».

Pourtant, jusqu’à nouvel ordre, aucun activiste de gauche ne s’est encore publiquement revendiqué de l’« alt-left », accusée par Donald Trump d’être « très, très violente ». Pour Oren Segal, le directeur de la League anti-diffamation et contre l’extrémisme interrogé par CNN, il s’agit d’« un nouveau nom pour une vieille haine (…) C’est un terme inventé (…) pour suggérer qu’il existe un mouvement similaire à gauche ». Il ajoute ensuite, catégorique : « Mais il n’y a pas d’équivalent à ces groupes antisémites et bigots qui s’appellent eux-mêmes ‘alt-right’ ». L’un des collègues de Segal, Mark Pitcavage, tweetait également à ce propos : « Il y a des extrémistes à gauche, dont des problémtiques ». Mais l »alt-left’ n’est pas un truc. C’est juste une insulte », explique le chercheur.

Si on comprend bien que le président ait utilisé la terminologie pour l’opposer à cette nouvelle droite « alternative », il semblerait qu’un tel mouvement à la gauche n’existe pas. Après avoir été notamment utilisée par Fox News, l’appellation pourrait cependant s’installer, même sans personne pour s’asseoir sous sa bannière, face à l’alt-right.

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