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Harcèlement de rue : 5 conseils pour réagir, à destination des hommes

Vidéo Société

Le harcèlement de rue est une réalité pour 100% des femmes. Mais comment réagir, a fortiori quand on est un homme, face à une telle situation ?

 

Les images fascinent tristement et choquent durablement. Le décor est tout ce qu’il y a de plus banal : une station de métro ou un tram bruxellois – le plus souvent bondé. Dans la rame, parmi les passagers, une jeune femme est interpellée par une bande d’hommes. « Pssst, pssst. T’es bonne ! », lui lance l’un deux. La suite, on la connait – du moins lorsqu’on est une femme : 100% des utilisatrices du réseau de transport en commun – français – ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement ou d’agression sexuelle, selon un document publié en 2015 par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Plus récemment, une enquête de Vie féminine révèle quant à elle que 98% des femmes ont déjà subi un « comportement sexiste » dans l’espace public.

Pour rappel, la vidéo montre bien des cas de « harcèlement », puisqu’il s’agit d’actes répétés subis par un individu, même s’il est le fait de personnes différentes. L’association « Stop harcèlement de rue » définit celui de la rue par des « comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeller, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle ». Pour les femmes, au-delà de chaque agression individuelle, la répétition de ces comportement est à l’origine, entre autres choses, d’un environnement particulièrement hostile et liberticide. « La drague est une main tendue, le harcèlement est une main qui s’abat », précise l’association à l’adresse de ceux qui s’interrogeraient encore sur la différence entre les deux interractions. Il n’a pas de visage, d’âge ou d’origine – contrairement à ce que peuvent laisser penser les images.

 

Par ailleurs, 65% des femmes ont été victime de harcèlement de rue avant 15 ans – un âge où l’on n’est pas forcément armé pour riposter. Dans la rue, « salope » est l’insulte qui les frappe le plus, juste avant « pute ». Un dernier chiffre « pour la route » ? 75% des insultes en question proviennent d’hommes. Pourtant, à en croire le collectif « Would you react » derrière la vidéo – dont les protagonistes sont des acteurs, sauf les témoins -, si tous les hommes ne font évidemment pas partie des agresseurs, ils réagissent moins à ce type de violence que les femmes, particulièrement révoltées dans les images. « Beaucoup de femmes savent ce que ça veut dire, être harcelée. Elles ont déjà vécu la situation », décrypte Irène Kaufer de l’ASBL belge Garance, qui lutte depuis 2000 contre les violences basées sur le genre. « Il y a beaucoup d’hommes qui estiment que ce n’est pas très grave. Même une insulte, ils ne se rendent pas compte à quel point c’est lourd ».

Alors les hommes, effrayés, indifférents ou simplement pris au dépourvu ? Témoin de harcèlement de rue, il s’agit d’intervenir pour protéger et rassurer la victime, et de vocaliser ce qui ne va pas avec l’agresseur – si l’on s’en sent capable. « Il ne faut pas qu’ils laissent passer, qu’ils fassent comme s’ils n’avaient rien vu, encore moins en rigoler », demande Irène Kaufer. Sa collègue Irène Zeilinger est quant à elle l’autrice d’un petit manuel de riposte, baptisé Non, c’est non. « Il est important que des hommes disent à d’autres hommes que cela ne se fait pas, qu’on ne peut pas s’amuser entre hommes de la peur qu’on provoque chez les femmes – car c’est surtout de ça qu’il est question, ça n’a rien à voir avec le fait de séduire. La parole d’un homme, c’est encore autre chose que celle d’une femme ».

©Flickr/Jeanne Menjoulet

Et pour partir mieux armé face aux agressions urbaines et sexistes, voici cinq conseils « d’allié » pour réagir lorsqu’on est un homme – mais aussi une femme.

1/ Confronter directement

Hollaback !, une organisation qui vise à contrer le harcèlement de rue, a élaboré la stratégie « des cinq D ». Le premier tient pour « direct », une confrontation frontale avec le ou les agresseurs. Avant toute chose, il s’agit d’évaluer la situation afin de ne pas compromettre sa sécurité, et encore moins celle de la victime. Mais si votre intégrité physique – et mentale, l’impact psychologique de tels échanges étant réel pour les personnes déjà fragilisées – est assurée, il s’agit de réagir.

Pas n’importe comment pourtant : « Le plus important est de rester court et succinct », explique Hollaback ! « Essayez de ne pas engager un débat, car c’est comme cela que la situation empire. Si l’agresseur répond, faites de votre mieux pour assister la personne visée, plutôt que d’interragir avec l’agresseur ». « C’est inapproprié, irrespectueux », « Laissez-la tranquille », « C’est homophobe/raciste/etc. » sont des exemples de réactions.

2/ Distraire

Une autre stratégie est de distraire subtilement la femme visée par l’agression. « L’objectif est simplement de mettre fin à l’incident en l’interrompant ». Par exemple en parlant de quelque chose qui n’a aucun rapport avec la situation : l’heure, le lieu où l’on se trouve, voire même le temps. « Un comportement qui fonctionne très bien », assure Irène Kaufer de Garance, « c’est simplement de s’asseoir à côté de la victime et de lui parler, d’entamer une conversation avec elle ».

Vous pouvez tout aussi bien feinter de connaitre la personne ou simplement vous interposer physiquement, tout en continuant ce que vous étiez occupé à faire – lire, pianoter sur votre téléphone, renverser votre café « accidentellement », etc.

3/ Déléguer

Secrètement, discrètement ou non, la victime demande souvent de l’aide autour d’elle, même d’un simple regard. Vous pouvez faire de même, en demandant l’assistance du chauffeur de bus, de la sécurité du magasin, d’un professeur, de la police ou d’un ami. Faites intervenir une personne à même à réagir pour « travailler » ensemble – sans l’obliger pour autant à le faire.

Attention cependant, « certaines personnes peuvent ne pas se sentir à l’aise ou en sécurité (…) en présence de la police », rappelle le site d’Hollaback. « Pour beaucoup de gens et de communautés, une histoire de mauvais traitements par les forces de l’ordre a mené à une peur ou à un manque de confiance dans la police (…) Faites appel à votre meilleur jugement ».

©Flickr/Giuseppe Milo

4/ Réagir a posteriori

Pas en mesure d’intervenir durant l’incident ? Vous pouvez toujours le faire après en vous assurant que la victime va bien. « Beaucoup de cas de harcèlement ont lieu en passant ou très vite », explique Hollaback. Davantage que demander si « tout va bien », on peut dire qu’on est désolé, s’enquérir de si l’on peut être d’une quelconque assistance, proposer de lui tenir compagnie jusqu’à sa destination ou la raccompagner chez elle, ou encore offrir d’apporter votre témoignage au cas où la victime souhaite porter plainte.

Évidemment, il ne s’agit pas de jouer le professeur ou de tenter d’expliquer la situation par une tenue, une parole ou une attitude. C’est tout bonnement inutile et mène souvent à l’inverse de ce que vous vouliez faire : réconforter la personne harcelée. Il s’agit encore moins de « profiter de la situation » pour demander un numéro, rappelle Irène Kaufer.

5/ Documenter

En Belgique depuis 2014, on peut porter plainte contre les harceleurs. Ceux-ci peuvent être punis d’un mois à un an de prison et d’une amende pouvant aller jusqu’à 1 000 euros. Dans certains cas – si votre sécurité n’est pas compromise et si la personne agressée est déjà « secourue » -, vous pouvez ainsi également faciliter la plainte en documentant la scène, en filmant les alentours, en notant les détails de la scène – plaque d’immatriculation, nom de la rue, numéro du bus, l’heure et la date. Il est important de réaliser des captures qui soient le plus stables et claires possible.

Le plus important reste de demander directement à la victime ce qu’elle souhaite faire de ces preuves. Il ne s’agit jamais de poster en ligne ces instants souvent humiliants sans sa permission : « Si le document devient viral, cela peut conduire à une victimisation et à un niveau de visibilité que la personne pourrait ne pas vouloir », assure Hollaback.

« Rappelez-vous, tout le monde peut faire quelque chose. À ce moment de notre histoire, il est d’autant plus important que nous soyons là les uns pour les autres en tant qu’alliés actifs. Les recherches ont montré qu’un regard complice pouvait significativement réduire le trauma d’une personne visée. L’une des choses les plus importantes est de lui faire savoir, de quelque manière que ce soit, grande ou petite, qu’elle n’est pas seule », conclut l’association internationale, également présente en Belgique.

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