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Assassinat de Wayne Lotter : le combat dangereux des protecteurs des animaux en Afrique

Un entrainement avant une opération "rhino" dans le parc national de Kruger en Afrique du Sud. | © EPA/JOHANN HATTINGH

Société

Leur noble cause est également extrêmement dangereuse : les défenseurs des animaux sont aussi la proie des braconniers, comme le rappelle le récent meurtre de Wayne Lotter.

 

Il fait déjà nuit ce 16 août 2017, dans la capitale historique de la Tanzanie, quand une voiture stoppe net le taxi de Wayne Lotter. Deux hommes sortent du véhicule et l’abattent. Si officiellement, les autorités n’ont pas encore pu démontrer le lien entre la passion de Wayne Lotter pour les animaux et ce meurtre de sang-froid, le protecteur des éléphants tanzaniens avait déjà fait plusieurs fois mention de menaces à son encontre.

Ce Sud-Africain d’origine, ancien ranger dans les réserves naturelles de son pays et éternel protecteur de la vie sauvage africaine, travaillait depuis 2006 au sein des PAMS – pour « Protected Area Management Solutions » – racontent les Inrocks dans un portrait de Lotter. Il y luttait pour la faune du pays et contre le braconnage, qui y a fait son grand retour depuis les années 2000. Si les nineties ont illustré la Tanzanie comme un véritable exemple en matière de conservation, notamment des éléphants, la situation a changé dans ce pays du Sud-Est de l’Afrique. Selon une étude de l’Institut de recherche tanzanien de la faune, en partenariat avec l’Association zoologique de Francfort et relayée par le magazine français, la Tanzanie a en effet vu disparaitre la moitié de ses éléphants en cinq ans.

©AFP PHOTO / Daniel Hayduk – Wayne Lotter en janvier 2017, au cours d’une marche pour les éléphants à Dar es Salaam.

Au regard des sommes que gagnent les braconniers vendant à prix d’or leur ivoire et les organisateurs de chasses illégales dans le pays, Wayne Lotter s’impliquait pour une noble cause, mais dangereuse. Aujourd’hui, l’ex-ranger est vu par ses pairs, soigneurs, activistes ou encore primatologues – comme Jane Goodall – comme un « héros de la vie sauvage ». Pour l’« Elephant Crisis Fund », il était « une force puissante contre les cartels de trafiquants d’ivoire tanzanien ». Mais être un héros ne l’a pas empêché d’être assassiné.

Des braconniers « désespérés » et dangereux

Si la cellule d’investigation des crimes graves tanzanienne a arrêté plusieurs suspects – dont la « Reine de l’ivoire », la Chinoise Yang Feng Glan -, aucun coupable n’a encore été débusqué – si ce n’est la violence prête à tout qui règne dans le milieu. « Plus on les poursuit, plus les situations de confrontation entre les braconniers et les rangers seront nombreuses. Il y aura des risques », avait lui-même prévenu Wayne Lotter de son vivant, en février 2016, au New York Times. Quelques jours plutôt, l’hélicoptère d’un pilote britannique à la recherche de traces de braconnage survolait la carcasse d’un éléphant. Les tueurs du pachyderme étaient toujours sur les lieux du crime et Roger Gower n’avait pas du patienter longtemps avant que des balles ne viennent frapper sa carlingue. L’une d’elle avait traversé sa jambe et son épaule, l’obligeant à atterrir d’urgence. Le pilote avait succombé plus tard à ses blessures.

« C’est tragique, ce qu’il s’est produit, mais c’est la réalité de ce qu’il se passe », avait alors déclaré le chef des opérations de « Save the Elephants », une organisation de protection kenyane, au NY Times. « On a des personnes désespérées qui sont armées et commettent des crimes. Quand on conduit des opérations anti-braconnage, on est sur la corde raide ». Plus tôt cette année-là, trois rangers et un officier de l’armée avaient déjà été tués dans le parc national de Garamba, en République démocratique du Congo, par des braconniers de plus en plus militarisés.

©EPA/GREEN RENAISSANCE – Le sauvetage impressionnant d’un rhinocéros noir par Green Renaissance, en Afrique du Sud.

« C’est une cause vraiment très sensible, là-bas », assure la Belge Dominique Roefs, qui a trouvé dans la cause animale le second combat de sa vie, après la protection des enfants abusés. Proche des militants et protecteurs de la vie sauvage africaine, elle confie leur désarroi : « Les gens sont dévastés, ils ne savent plus quoi faire ». Les trafiquants avancent désormais sans peur dans les réserve et les « chasseurs [étrangers] n’ont plus aucune crainte : c’est tellement facile de monnayer la mort d’un animal iconique », avance-t-elle, en référence à la mort du célèbre lion Cecil en 2015. « Les rangers ont un travail énorme à faire, ils sont débordés. Il devient de plus en plus difficile : il y a toujours quelqu’un à soudoyer ».

Tableau de chasse humain

Et quant à la chasse des défenseurs des animaux, « ça n’arrête pas, c’est constant », ajoute-t-elle, avec en mémoire Dian Fossey, la zoologiste américaine assassinée en 1985 avec une machette qu’elle avait auparavant confisquée à un braconnier. La dame s’était fait de nombreux ennemis en combattant les tueurs de gorilles, même si officiellement, ses meurtiers n’ont jamais été retrouvés. Elle a été enterrée aux côtés des grands singes de la province rwandaise de Ruhengery, tandis que son histoire a depuis été racontée dans un livre et un film.

Au Kenya, pays voisin de la Tanzanie, l’histoire de George Adamson, qui s’occupait de réintégrer dans la nature de grands félins, est un autre exemple de la violence des braconniers. L’homme a été tué en 1989 en tentant de sauver son assistant et un touriste des mains de trafiquants. L’activiste Joan Root a quant à elle été assassinée par quatre hommes armés, dans sa maison, en 2006. Elle luttait également activement contre la pêche illégale au Kenya.

« Les braconniers abatteront tous ceux qui se trouveront sur leur chemin », prévient Dominique Roefs, conscientisée aux dangers de la préservation animale, et qui animera une conférence sur le braconnage à l’occasion de l’Animal Day, en septembre prochain.

Une menace internationale

Mais l’Afrique n’a pas le monopole de la peur, quand il s’agit de menacer les défenseurs des animaux. En Asie et en Amérique du Sud, le jeu trouble des braconniers et des revendeurs de bêtes sauvages y bat son plein, et l’on recense plusieurs assassinats liés au combat pour la protection de l’environnement.

En Belgique aussi, c’est d’un meurtre sauvage dont a été victime Karel Van Noppen. Vétérinaire pour le gouvernement, il investiguait dans les années 90 la filière sombre de revendeurs d’hormones de croissance illégales aux éleveurs, néfastes tant pour les animaux que pour les consommateurs de viande. Sa lutte contre la pratique a conduit le crime organisé à s’intéresser de plus près à cet inspecteur de bovins – jusqu’à mettre un contrat sur sa tête. En février 1995, le Docteur Van Noppen est assassiné dans l’entrée de sa maison flamande. Seize ans plus tard, le film de Michaël R. Roskam retourne sur les lieux du crimes et, empreintant les détours de la fiction, enquête lui aussi sur la « mafia des hormones » et la mort du vétérinaire belge.

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