Au Maroc, les femmes se lèvent contre les violences sexuelles

Au Maroc, les femmes se lèvent contre les violences sexuelles

Manifestation à Casablanca, le 23 août 2017. | © AFP PHOTO / STRINGER

Société

Après la diffusion des images choc d’un viol collectif filmé dans un bus, des militantes féministes ont organisé des sit-in dans plusieurs villes du pays.

Le 18 août dernier, six jeunes âgés de 15 à 17 ans se jetaient sur une femme pour la bousculer et la tripoter. Alors que la victime, atteinte d’un handicap mental, poussait des cris de détresse, ni les passagers du bus ni son conducteur ne sont intervenus.

Diffusée quelques jours plus tard sur les réseaux sociaux, la scène continue d’indigner profondément l’opinion publique. « Horreur à Casablanca », « Des monstres commettent un crime odieux », titre la presse locale tandis qu’est relancé le débat sur les violences sexuelles au Maroc.

L’agression de trop

Si le pays tire aujourd’hui la sonnette d’alarme sur le phénomène du harcèlement des femmes dans l’espace public, c’est pour une autre vidéo tout aussi choquante, diffusée plus tôt ce mois d’août. Des images montrant une horde d’hommes en train de traquer une jeune femme qui marche seule dans les rues de Tanger. L’illustration d’une triste réalité suscitant la même indignation de la part des médias marocains et des internautes. Celle qu’au Maroc, marcher seule dans la rue relève parfois du parcours de combattante.

Deux vidéos et c’est l’agression de trop. Ce mercredi 23 août, ce sont plus de 300 personnes qui ont crié au scandale dans les rues de Casablanca pour dénoncer le viol collectif récemment survenu dans un bus de la métropole économique.

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L’habit ne fait pas le viol ! Nous n’avons pas peur ! Libérez l’espace public !

Organisés par un collectif de militantes féministes sur les réseaux sociaux pour dénoncer le harcèlement dont sont victimes les Marocaines, des sit-in ont eu lieu au même moment à Rabat, Marrakech, Tanger et Agadir. Des manifestations réclamant pour plus de droits, pour une justice « plus équitable et plus compétente », pour plus de libertés et de sécurité pour toutes ces femmes qui « doivent se cacher pour exister ».

Crimes banalisés, victimes accusées

Si l’onde de choc provient principalement de la vidéo de l’agression de Casablanca, c’est qu’elle n’a pas choqué que pour ses images. Plusieurs Marocains ont en effet été outrés par la réaction de certains de leurs compatriotes, ayant pris la défense des agresseurs après leur arrestation. Interrogés dans le quartier Sidi Bernoussi à Casablanca, des habitants ont justifié l’acte des agresseurs par leur jeune âge ou par le fait qu’ils prenaient certaines drogues. « Ce ne sont que des gamins », pouvait-on encore entendre.

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« Il y a un grand danger aujourd’hui, c’est la banalisation de ces crimes, des viols contre des femmes dans l’espace public », confie Salah El Ouadie, poète et président du mouvement Damir (conscience) à l’AFP. « Nous avons besoin que les pouvoirs publics prennent la chose au sérieux, au niveau sécuritaire mais également au niveau du rôle de l’école », a-t-il estimé.

Un phénomène qui manifeste une « crise des valeurs » dans une société tiraillée entre modernité et conservatisme.

AFP PHOTO / STRINGER

Deux Marocaines sur trois victimes de violences

Dans un pays qui se veut, selon les discours officiels, chantre d’un islam tolérant et où les femmes n’ont pas l’obligation de porter le voile, les femmes subissent fréquemment insultes, remarques désobligeantes et autres agressions sexistes dans les espaces publics.

Selon les chiffres officiels, près de deux Marocaines sur trois sont victimes de violences. Et les lieux publics sont les endroits où la violence physique à leur égard est la plus manifeste.

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La loi marocaine « condamne le harcèlement des femmes au travail, mais pas dans les espaces publics », avait concédé à l’AFP Mustapha Ramid, ministre d’État chargé des droits de l’Homme, assurant qu’un projet de loi « complet » incluant pour la première fois le harcèlement dans les lieux publics, était en cours d’adoption au Parlement. Un projet qui stagne tandis que les affaires de violences physiques soumises aux tribunaux marocains en 2014 sont en augmentation par rapport à 2013, selon un rapport gouvernemental publié en 2015.

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